PERTE
Les révolutions, même lorsqu'elles sont acculées à repousser la violence par la violence, agissent dans le sens con-
traire. Elles libèrent l’homme et le relèvent à un degré supé-
rieur. La Révolution est une transformation radicale ou fondamentale, un changement de régime, de direction, de principe. La Révolution est un acte d'émancipation humaine et sociale. |
La Révolution s'oppose, comme principe, à la réforme, laquelle n’est qu'une modification de détail, la suppression
d’un abus, tandis que la Révolution est la destruction de la
base même d’une forme politique et sociale arrivée à sa fin. La réforme, si utile et nécessaire qu’elle soit, n’est qu'une
amélioration, tandis que la Révolution est une transformation,
un changement total. La Révolution détruit et construit. La réforme répare et consolide. La Révolution fait table
rase et maison neuve. La réforme met des étais à des
bâtisses chancelantes. L'Histoire est en même temps une suite ininterrompue de réformes et de révolutions, mais les dernières sont des dates privilégiées, les fêtes de l'Humanité en marche vers son émancipation. |
Il. — D'où vient une révolution ?
‘f Anertie Sociale ”
En supposant même, dit Lombroso, que l’on voulüt et que l'on püt contester la loi d'inertie dans le monde organique, on ne le pourrait certainement pas dans le monde moral.
En effet, on a beau croire que nous sommes en grand progres, st nous établissonis une carte graphique du progrès sur le globe, nous voyons à quelles misérables proportions il se réduit. On peut dire que toute l'Afrique, sauf quelques points envahis par les Aryens, l'Australie et une bonne moitié de l'Amérique, sont dans l’état préhistorique ou tout au plus
dans l’état des grands empires asiatiques des premières épo-
ques historiques. Dans l'Amérique du Sud, à Haïti, la civili-
sation n'a fait que changer les apparences de la vie primitive en substituant à l'immobilité un équilibre instable qui est presque pire encore. ps
__ Même chez nous, dans les pays les plus civilisés, si on élimine les vieillards, les paysans, les prêtres, la plus grande partie de l'aristocratie et de la bourgeoisie des villages, tout à fait ennemis du progrès, combien restera-t-il de partisans du mouvement progressif ?
Et dans l’Europe, en Grèce, en Espagne, en Croatie, en Sardaigne, en Corse, quelle barbarie ne dominait pas il y a peu d'années seulement ? Et nous ne voudrions pas dire qu’elle n'y domine pas encore, même dans les cercles les plus éclairés.
Non seulement la continuité et la très grande fréquence des cas dans lesquels l’homme, même le plus civilisé, en proie à de fortes passions, devient farouche (comme au temps ca choléra en Italie, des espions prussiens à Paris, de la révolte de Palerme et des grèves de Decazeville), montrent de quelle légère couche est formé le vernis de notre civilisation ; on peut même dire qu'en temps de calme, l'étude des mœurs de nos peuples prouve que, malgré les vissicitudes et les croisements, elles ont varié de bien peu depuis l’époque barbare
Lombroso, qui a fait des recherches scientifiques sur les révolutions, donne, en dehors de « l'inertie sociale », une autre explication de la stagnation historique : le misonéisme, la haine du nouveau.
III, — Misonéisme,
La preuve la plus certaine de l'extension et de la prédominance de la loi d'inertie dans le monde moral, c’est cette haine du nouveau, si peu remarquée, que nous appelons misonéisme ou néophobie, et qui naît de la difficulté et de la répulsion que nous éprouvons quand nous devons substituer une sensation nouvelle à une ancienne; or, cela est si commun chez les animaux qu’on peut dire que c’est un caractère physiologique. À la suite d’une première communication que nous