‹ La révolution socialeChapitre 37 sur 172 · XVI. — Pour la petite propriété · texte numérisé non relu

XVI. — Pour la petite propriété

Babeuf se défend contre les accusations portées par ses adversaires de vouloir la ruine du « bas peuple ».

Que de charlatanisme, dit-il, que d’astuce, que de grossiers mensonges, que de sophismes maladroits, que de calomnies usées, que de phrases banales dans cette proclamation du

Directoire sur les écrits, discours et rassemblements prétendus

séditieux ! On a voulu y faire croire que nous demandions le pillage de la plus mince boutique et du plus mince ménage, comme s'il n'appartenait pas au Gouvernement seul d’avoir su opérer adroitement ce pillage. Comme si, par son régime de famine, 1l n'avait pas trouvé le secret de faire transporter chez l’agioteur et chez tous les fripons dorés par les malheureux eux-mêmes tout ce qui était contenu dans leurs simples ménages et leurs minces boutiques. Comme s'il restait quelque chose à piller encore. Comme si nous n'avions pas toujours clairement annoncé que nous voulions remonter, fortifier les minces boutiques et les petits ménages, en y faisant rentrer au moins l'équivalent de ce que le brigandage légal en a fait sortir ? Comme si toutes les fortunes ordinaires n'avaient point dû être rassurées par nos déclarations franches ! Comme si nous n'avions pas toujours dit que nous ne voulions que démolir les fortunes colossales et améliorer toutes les autres !

On a fait, dans la proclamation du Directoire, un appel aux gros riches, aux fameux propriétaires, aux puissants voleurs. Comme si nous pouvions les craindre, comme si nous ne pouvions pas, nous, faire un appel au grand nombre composé non seulement de ceux qui n'ont déjà plus rien, mais encore de tous ceux qui n'ont que des fortunes médiocres, et de tous ceux à qui il ne reste que des débris de la leur, qui fut décomposée et se décompose encore chaque jour par l'effet du système abominable qui existe ! — (Zbid., p. 303-

M ve

C'est la même tactique que les adversaires du socialisme emploient encore aujourd’hui. Les socialistes seraient les ennemis des petits propriétaires.

Le voleur capitaliste crie en désignant le socialiste: « Au voleur ! »

Tout en faisant disparaître la petite boutique, la petite banque, les petits métiers, le paysan petit propriétaire, le capitaliste dénonce la menace socialiste.

On aurait dit que la réalité d’expropriation capitaliste est un moindre mal qu'une prétendue menace des socialistes d’effectuer la même expropriation ? Même si les socialistes avaient l'intention d'exproprier de force le petit propriétaire, celui-ci pourrait encore retrouver son bien — et avec proft — dans la propriété commune dont il deviendrait le bénéf- Claire épalsatmiautres

Mais la vérité est tout autre. C’est le capitalisme qui ruine la petite propriété. Le socialiste ne fait que le constater et prévenir les petits propriétaires contre toute illusion. Le socialisme restituera la propriété aux propriétaires, sous la seule forme possible et avantageuse dans l’avemir : sous la forme de propriété sociale. Quant aux petits propriétaires que le capitalisme aura épargné jusqu'à la Révolution sociale, le socialisme prèchera d'exemple en faisant ressortir, par l’expérience, les immenses avantages de la possession et de la production en commun. Libre aux petits propriétaires survivants de végéter sur « leur » petit lopin de ‘terre.

La liberté du suicide physique ou économique ne saurait être matériellement entravée, même dans la société communiste. Mais cette folie propriétaire, comme toute autre, ne trouvant pas d'aliment dans les conditions d’une société en lutte contre elle-même, tendra de plus en plus à disparaitre et finira par s’éliminer totalement, et de bon gré. |

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