XIX. — Les Élections de Paris
Le parti républicain fondait de grandes espérances sur les élections du département de la Seine, qui devait nommer à lui seul trente-quatre représentants. Les délégués ‘des clubs et des corporations d'ouvriers s'entendirent pour former une liste, qu'ils recommandèrent aux suffrages populaires. Cette liste contenait vingt noms d'ouvriers et quatorze noms de s0cialistes et de démocrates connus, la plupart anciens détenus politiques. On s’abstint de porter ceux de Blanqui et de Cabet, que les intrigues de la réaction avaient réussi à déconsidérer aux yeux d’une partie du peuple. Malgré cette exclusion, la liste républicaine eut peu de succès; aucun de ses ouvriers ne fut élu; en revanche, les ouvriers millionnaires, que les journaux royalistes avaient appuyés pour se donner un vernis de républicanisme, furent tous admis. Les membres du Gouvernement provisoire et les ministres furent tous élus à Paris; on eut si peur d'en oublier qu'on porta jusqu’au libraire Pagnerre, devenu secrétaire du gouvernement. Les membres démocrates et socialistes du gouvernement eurent beaucoup moins de voix que leurs collègues ; le complot réactionnaire du 16 avril portait ses fruits.
Ce fut le jeudi 4 mai que l’Assemblée nationale se réunit pour la première fois dans la salle provisoire qui lui avait été construite dans la cour de l’ancienne Chambre des députés. Les partis se trouvaient dessinés d'avance par la place qu'ils occupaient. Les anciens députés se placèrent à la droite et au centre, les républicains démocrates et socialistes, qui formaient à peu près un dixième de l’Assemblée, à gauche, surtout aux bancs de la Montagne: nom trop glorieux et trop
lourd pour les républicains de notre époque : la Montagne de la Convention n'eûüt pas laissé périr la République : réduite à quelques hommes, elle défendit jusqu'à la mort les principes de la Révolution. (L. MinarD.)
hs "à