‹ La révolution socialeChapitre 61 sur 172 · XX. — La classe ouvrière au Palais de · texte numérisé non relu

XX. — La classe ouvrière au Palais de

(Palais du Luxembourg)

Médicis.

Mais le cœur du peuple de Paris allait vers le Palais du À Luxembourg où siégeait la Commission de Louis Blanc.

Ce fut un spectacle, écrit Stern, d’une nouveauté étrange pour la France et pour l’Europe, où l’on observait à ce moment avec inquiétude tous les pas, tous les actes, toutes les paroles du peuple de Paris, de voir le palais de Marie de Médicis, ses cours, ses escaliers, ses galeries de marbre, ses vastes et majestueuses enceintes chaque jour traversées par de longues files de prolétaires, inattentifs à ces magnificences de l’art florentin et de la royauté française, recueillis en eux-mêmes, absorbés par une pensée unique, et qui poursuivaient avec une ardeur concentrée, digne d'un succès. meilleur, un but qu'il ne leur était pas donné d'atteindre.

La salle de délibération de l’ancienne chambre des pairs avait été choisie pour la convocation du Parlement de l'industrie. Les huissiers, en tenue officielle, vêtus de noir, l'épée au côté, étaient venus reprendre, dans l'Assemblée des vestes et des blouses, l'office qu’ils remplissaient huit jours auparavant auprès des habits brodés:; et cette invariabilité dans l'apparat du pouvoir, quand le pouvoir même avait, pour 4 ainsi dire, changé de pôle, mettait en saillie, de la manière … les plus pittoresque, l'élément comique presque toujours mêlé aux plus tragiques vicissitudes de l’histoire.

Le 1% mars, à neuf heures du matin, deux cents délégués des différentes corporations ouvrières prenaient place sur les sièges de cette pairie chargée naguère de condamner à la mort ou au cachot les soldats et les confesseurs de l'égalité républicaine. M. Louis Blanc occupait le fauteuil du chancelier duc Pasquier. L'ouvrier Albert, en qualité de vice-président, était assis au bureau, à ses côtés. M. Louis Blanc nous

dit lui-même (Pages d'histoire, p. 49) qu'il éprouva en ce. moment une impression solennelle et profonde ; mais combien | cette impression eût été douloureuse si la joie qu’il ressentait = __ à présider au triomphe extérieur de ses idées lui eût permis de voir, dans un avenir bien rapproché, l'impuissance d’un système et d’une volonté, si énergique qu’elle fût, à changer les conditions essentielles de la vie sociale. Bien que M. Louis Blanc eût deviné les motifs qui déterminèrent le Gouverne- : ment provisoire à lui faite tenir, loin de l'Hôtel de Ville, ce qu'il nomma plus tard les assises de la faim, il croyait néanmoins, et cette croyance très vive faisait tout à la fois sa force et sa faiblesse, qu'il s'emparait ainsi de la révolution sociale et s'imposait à l'opinion. M. Louis Blanc avait trop d'élévation dans l'esprit pour jouer, comme M. Ledru-Rollin, à la terreur ; il respectait trop sincèrement le peuple pour le vouloir faire servir d’instrument à ses desseins personnels. Mais il ambitionnait d'être reconnu par tous comme l'organe éloquent des vertus et des douleurs sans voix de la masse populaire ; il voulait donner à cette masse incohérente la conscience de sa force; il espérait opérer dans l'esprit de la bourgeoisie, par le déploiement de cette force calme, mais inébranlable du

prolétariat, une conversion qui rendrait toute violence inutile. (Daniel STERN.)

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