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CHAPITRE I EVANS PADÉCLIN DE LA RÉVOLUTION

I, — Vers la défaite.

Les élections ont dévoilé la véritable situation du pays. Res La révolution fut mise en minorité. Le prolétariat ne repré- À: sentait qu'une petite minorité de la nation. Et c’est une mino- à rité de cette minorité qui a fait la Révolution de Février. La majorité des ruraux, qui présentaient les deux tiers de la France ont défait ce que le peuple révolutionnaire de Paris

avait fait. Le suffrage universel, la suppression de la royauté . avaient la sympathie de la majorité. Ces conquêtes restèrent acquises. Mais la « question sociale » et les solutions prolé- ie tariennes faisaient horreur à la majorité. On ne tint pas | . compte du prolétariat.

Il. — L'agitation avant les journées de Juin.

On ne se communique plus que de mauvaises nouvelles. Presque chaque jour on apprend qu'un nouveau corps de ER métier est entré en grève. Depuis le mois de mars, les ouvriers 2 ont des altercations très vives avec les patrons, dont ils ÉS repoussent les tarifs. Un très grand nombre d’entre eux, particulièrement les chapeliers, les tisseurs, les mécaniciens, plutôt que d'accepter l'augmentation de salaire qui leur est offerte, se font inscrire aux ateliers nationaux. À tout moment on voit passer des colonnes d'ouvriers mêlés à des.

gardes mobiles et à des gardes républicains, qui se promènent

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par les rues en tenant des propos menaçants. On sait que les montagnards licenciés n’ont jamais cessé de se réumir. Ils se vantent de pouvoir compter sur cinquante mille hommes qui se tiennent prêts pour une insurrection prochaine; ils affirment que Caussidière reste leur chef; ils répètent que, s'il avait été libre au 15 mai, l’émeute aurait triomphé; ils font afficher sa candidature à la présidence de la République.

On entend crier par les rues des feuilles dont le titre seul épouvante : le Tocsin des travailleurs, le Robespierre, la Carmagnole, le Journal de la Canaille. Les nouveaux journaux bonapartistes fomentent l'esprit de révolte avec un incroyable cynisme. Les représentants, selon ces feuilles, ne sont que des commis oisifs à raison de vingt-cinq francs par jour, qui, lorsque le peuple demande du pain, lui donnent une pierre. Les membres de la Commission exécutive sont des Sardanapales gorgés d’or et repus de festins. On excite le prolétariat contre la bourgeoisie, les pauvres contre les riches. On en vient jusqu'à publier des listes de banquiers, de notaires, et d’autres capitalistes, en donnant l'indication de leur fortune.

Enfin l’annonce d’un banquet des travailleurs pour lequel 15,000 souscripteurs sont déjà inscrits dans les bureaux du Père Duchesne, et qui se rattache, dit-on, à un complot pour délivrer les prisonniers de Vincennes, est considéré par tout le monde comme un rendez-vous pris pour une insurrection générale.

Les nouvelles qui viennent de la province ne sont pas plus satisfaisantes. Dans un grand nombre de départements, la perception de l'impôt des quarante-cinq centimes que l’Assemblée a sanctionné est l’occasion de luttes à main armée. Le Gouvernement provisoire n’avait rencontré presque aucune difficulté dans la perception de cet impôt, quelque pesant qu’il füt pour la petite propriété. Dans beaucoup de départements très pauvres, mais républicains, il avait été recouvré avant les élections dans la proportion surprenante de 77 0/0. Mais à partir du mouvement électoral, les choses ont changé

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d'aspect. Beaucoup de candidats, pour se rendre populaires, se sont engagés à faire abolir l'impôt par l’Assemblée. Ils disent aux paysans que le Gouvernement provisoire n'avait pas le droit de l’établir. Les agents de la candidature Louis- Napoléon annoncent que le neveu de l'Empereur le payera en entier sur ses revenus ou encore qu il le fera payer par Îles Anglais. Il n'est jamais bien difficile de persuader aux pauvres gens qu'il leur est loisible de refuser l'impôt, aussi le succès de cette propagande est-il rapide. Sur tous les points ‘où elle s'exerce, l'impôt ne se recouvre plus qu'avec une difficulté excessive. En beaucoup de lieux. an le refuser au cri de: Vive l'Empereur |!

Dans le département de la Creuse, où la propriété est extrèmement divisée, une troupe de paysans s'est levée au son du tocsin; armés de fourches, de faux, de gourdins, de piques et de serpes, ils se sont jetés dans les campagnes, en menaçant de mort les propriétaires qui paieraient l’impôt. A Guéret, un engagement avec la garde nationale eut lieu; dix personnes furent tuées, cinq blessées.

Sur d'autres points de la France les révoltes éclatent pour d'autres motifs. Dans Île département de Vaucluse, dans la ville de Saint-Etienne, à Rive-de-Gier, les ouvriers quittent les fabriques et se rassemblent par petits groupes ; ils prennent, sans dire pourquoi, la route de Paris. Dans les départements de l'Ouest et du Nord, les émissaires du bonapartisme mettent tout en mouvement. Mille bruits absurdes sont colportés dans les fêtes de villages, dans les foires, dans les marchés. À Lisieux, à Fécamp, à Chartres, à Saintes, les crieurs de journaux annoncent que Napoléon, proclamé empereur, marche sur Paris à la tête de 40,000 hommes ; dans le Morbihan et le Finistère, où l'opinion penche vers le général Cavaignac, on a dit qu'il a été tué et que Bonaparte est nommé président de la République. Dans les Ardennes, on distribue des proclamations et des appels aux armes. À Nimes, à Toulouse, où les discussions prennent le caractère de

guerres religieuses entre catholiques et protestants, on y mêle, sans que personne en comprenne la raison, le cri de: Vive l'Empereur ! (STERN.)

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