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III. — Les ateliers nationaux

Ils étaient la conquête éphémère des vainqueurs de février. Fort de l’appui de la province, le Gouvernement était décidé, selon le mot célèbre de l’époque, à en finir. Les bénéficiaires de la Révolution résolurent d’en finir, une fois pour toutes, avec les ouvriers et les héros de la Révolution. Les alliés bourgeois de février se transformèrent en massacreurs de. juin. Mais avant de raconter la fin tragique de la Révolution qui fut en même temps la fin de la liberté, jetons un coup d'œil sur ce qui était la tragi-comédie des ateliers nationaux.

Les ateliers nationaux étaient nés d’une nécessité impérieuse que personne n'avait jamais songé à contester. Long- . temps la partie modérée du Gouvernement provisoire s'était flattée d'en disposer à son gré, soit au jour des élections, soit pour combattre urme émeute, soit, comme aû 15 mai, pour faire avorter ce qu’on appelait les manifestations populaires. Dans ce dessein on les avait tenus en jalousie contre les corporations du Luxembourg, qu'on leur représentait comme des privilégiés. Mais les choses ont tourné dans les mains même du Gouvernement contre ces prévisions. Peu à peu des éléments nouveaux se sont infiltrés dans les ateliers et en ont changé le caractère, ou plutôt cette masse confuse et flottante qu'on a poussée là, pour en débarrasser la place publique, s'est animée insensiblement d’un esprit commun; elle s'est disciplinée, organisée, par sa propre force; elle constitue, à l'heure dont je parle, une armée véritable, mais une armée qui ne connait pas ceux qui l'ont créée et qui s’est donné, par l’élection, des chefs de son choix auxquels seuls elle obéira au jour décisif, La rivalité avec les corporations a cessé d’exister par les soins d'un nouveau Comité qui, après la dissolution de la

Commission du Luxembourg et la retraite de M. Louis Blanc, | s'est formé sous la direction d’un ouvrier. Les délégués des

corporations ont noué des rapports réguliers avec les délégués des ateliers nationaux. Le vote du 5 juin a consommé l’alliance par l'élection de Pierre Leroux, Lagrange et Proudhon. A cette époque également a commencé à s'exercer dans l'un et l’autre de ces centres populaires la propagande du parti bonapartiste. lle n'y épargne pas l’argent. Avoir pour soi les ateliers nationaux était, dans ces temps révolutionnaires, un point capital. Le nombre des hommes enrôlés depuis leur fondation s'était accru avec une promptitude in- croyable. On se rappelle que, d’après l’état approximatif | dressé à l'Hôtel de Ville le 2 mars, on ne comptait pas plus de 17,000 ouvriers sans travail dans Paris; mais au 15 mars

D Ienchifire réel, de ces ouvriers s'élevait déjà à 49,000; le à 20 juin, il dépassait 107,000. Dans ce nombre, 15,000 hommes,

entrés par fraude dans les ateliers, ne sont pas des ouvriers

véritables ; on compte environ 2,000 forçats ou reclusionnaires L libérés. Il reste donc 75,000 hommes, prolétaires, artisans ou - artistes qui appartiennent à la ville de Paris et qui ont le > droit d'y rester. Pendant le long espace de temps qui s’est écoulé depuis la formation des ateliers, on n'a jamais trouvé à occuper sérieusement plus de 10,000 hommes par jour. Une

somme de 4 nullions, votée par l’Assemblée, a été dépensée

en pure perte. Les ouvriers n’ont pas fait autre chose, suivant l'expression de Caussidière, « que gratter la terre et la transporter d’un endroit à un autre. » Ils se sont indignés de plus en plus, en voyant que rien ne se prépare pour améliorer cette condition d’oisiveté et de travail dérisoire qui les humi- He EC-dänser croit à vue d'œil. Un tel état de choses ne saurait se prolonger sans amener la démoralisation complète des ouvriers, la ruine des finances, l'anarchie dans Paris. Il - faut donc qu'il cesse au plus tôt : c'est ce que personne ne met en doute. | Seulement, quelques esprits, tenant compte des circonstan-

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