‹ La révolution socialeChapitre 65 sur 172 · SE QUE 5: VUE · texte numérisé non relu

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cés et voulant agir avec humanité, considérant d’ailleurs l'Etat comme engagé envers les ouvriers par des promesses formelles, cherchent un mode de dissolution lent et ménagé qui ne jette pas brusquement dans la détresse les familles de 75,000 braves ouvriers dont le seul tort est de manquer d'ouvrage. D'autres, au contraire, traitant de complaisance coupable la compassion, l'équité des premiers, veulent, sur l'heure, sans transition ni ménagement, chasser de Paris et disperser à tout prix, sans s'occuper de leur trouver du pain, ces lazszaroni, ces janissaires, comme ils les appellent dans leur langage aussi injuste qu'imprudent. (STERN.)

Le grand nombre des ouvriers dans les ateliers dits nationaux est dû à différentes circonstances. Les modérés . facilitent l’embrigadement pour soustraire le plus d'hommes possible à l'influence redoutée du socialisme. Le capital fait grève; l'argent émigre et se cache; les fabriques se ferment tantôt par peur, tantôt pour augmenter l'embarras d’un pouvoir qui a reconnu le droit au travail. On rencontre sur les listes d'inscription, souvent bâclées à la hâte, des enfants de dix à douze ans. Ce sont des maîtres d'apprentissage qui se procurent ainsi un revenu supplémentaire. Des patrons aussi ont la prétention de faire descendre les salaires au prix dérisoire que paient les ateliers nationaux et leur personnel les abandonne alors avec indignation. Les ouvriers, de leur côté, veulent saisir l’occasion de relever la valeur du travail; ils se mettent en grève d'autant plus aisément qu'ils sont sürs de vivre, sans toucher à leur fonds de réserve, quand ils en ont un. Peut-être même quelques-uns voient-ils [à un moyen de faire capituler la classe patronale, Puis des travailleurs de province affluent, poussés par la misère et par l'espoir d’avoir part à la manne officielle. A la fin de mai, les garnis parisiens comptent 30,000 locataires, au lieu de 8 à 10,000, chiffre ordinaire en cette saison. Enfin, trop heureux de vivre en lazzaroni payés, des professionnels de la fainéantise (si l’on peut ainsi parler) comme il en existe en tout

temps, viennent réclamer du travail avec d'autant plus d'’insistance qu'ils savent qu’on n’en a pas à leur donner.

L'accroissement est donc rapide. A la fin de mars, il arrive à 40,000 hommes, sans compter les femmes, et la dépense journalière s'élève à 70,000 francs. Le 15 avril, K. Thomas dit avec une espèce de fierté: « Bientôt vous serez cent mulle ! » Ce beau chiffre est, en effet, atteint au début de mai. Cependant, où en est-on pour les travaux ? Il y en a beaucoup de projetés: les habitations ouvrières à édifier, canaux à creuser ; chemins de fer à construire; camp de Saint-Maur à défricher. On demande au Gouvernement des avances pour les entrepreneurs en bâtiments. Mais le Gouvernement n'a point d'argent. Rien ne se fait. On n'occupe plus les hommes qu'un jour sur quatre. Et ce n’est plus seulement la misère, c'est la démoralisation pour la classe ouvrière. Elle s'habitue à recevoir l’aumône, à perdre son temps au cabaret ou en promenades bruyantes qui ressemblent à des émeutes; la presse retentit des plaintes et des craintes de la bourgeoisie. (RENARD.)

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