‹ La révolution socialeChapitre 66 sur 172 · IV. — Campagne de calomnie contre les républicains · texte numérisé non relu

IV. — Campagne de calomnie contre les républicains

La tactique des royalistes déguisés, dit Georges Renard, qui combattent alors derrière les modérés, consiste à déna- turer et à fausser en les exagérant les idées émises au Luxembourg ou dans les clubs; à entretenir et à grossir les craintes qu'elles inspirent ; maïs elle consiste aussi et surtout à salir, sous le bouclier de l’anonyme, les hommes qui les propagent. Il fut fait grand emploi de cette méthode dans les journaux conservateurs, dès qu'ils se crurent certains de l'impunité. D'abord prudemment respectueux du peuple, ils s'étaient habitués, le voyant si débonnaire, à provoquer le monstre, à le piquer, à le harceler, comme un taureau pour

le combat. Largement pourvus d'argent, ils pouvaient payer le talent et pousser les gens de lettres dans une voie où la plupart, appartenant à la classe bourgeoise, ne demandaient qu'à s'engager. Ce furent des moqueries sans fin sur la sueur du peuple, des parodies de la Marseillaise, des railleries acérées contre les étrangetés qui s'épanouissaient dans une grande ville en fermentation. Ce furent aussi des calomnies grossières, énormes, dédaignées par cela même de ceux qui en étaient victimes, mais qui, sans cesse répétées, colportées, ne laissaient pas de faire impression. Qui fixera Jamais les - limites où peut atteindre la crédulité humaine, surtout quand elle est entrainée par la haine ou la peur ? Telle feuille élégante du moment, comme le Lampion, fut une fabrique incessante de bons mots qui étaient souvent de mauvaises actions. De spirituels forbans de la presse inventèrent à jet continu des histoires qui faisaient le régal des salons. Albert l'ouvrier, Louis Blanc le socialiste, paraissaient dangereux ; il fallait les déshonorer pour les annihiler. Et Albert se transformait en millionnaire, Louis Blanc refusait de louer à des gens du peuple la maison qu'il ne possédait pas, mais dont on donnait l'adresse faubourg Saint-Germain. Les hôtes du Luxembourg étaient de nouveaux Lucullus; ils prenaient pour nappe un châle de l’ex-reine Amélie ; ils se nourrissaient de purée d’ananas, menu merveilleux pour des repas qui coütaient six francs” par jour et par tête. Ledru Rollin, le démocrate, n'était pas plus épargné. Le Constitutionnel lui prètait un déjeuner fin à Trianon et une chasse à courre à Chantilly. Un autre jour, on contait qu’il devait 25,000 francs à un orfèvre pour un achat de bijoux. Dans les villages, on allait dire bientôt que le duc Rollin faisait des orgies avec deux femmes de mœurs légères, la Marie et la Martine. (On dénaturait ainsi les noms de Marie et de Lamartine. membres du Gouvernement, pour en faire des noms de filles.)

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V,. — La dissolution des ateliers nationaux. Re

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