‹ La révolution socialeChapitre 73 sur 172 · METRE CURE PL SU RAC · texte numérisé non relu

METRE CURE PL SU RAC

XI. — Les « démocrates » se couvrent de gloire en supprimant la République,

Sur la place Lafayette et dans les rues voisines, un combat acharné durait depuis plusieurs heures. Les insurgés y ont construit, avec des tonneaux d'arrosage, des planches et des pavés, une barricade très haute, que défendent Îes ouvriers mécaniciens de la Chapelle-Saint-Denis, commandés par [Ie capitaine de la garde nationale Legénissel, dont la compagnie tout entière a passé à l'insurrection.

Les insurgés occupent aussi les maisons qui forment l'angle de la place et des rues Lafayette et d'Abbeville. Un peu plus bas, deux autres barricades, également fortes, barrent la rue de Bellefond et la rue du Faubourg-Poissonnière, à la hauteur de la fabrique de gaz. Cette position est formidable. Plusieurs bataillons de la 2° légion, quelques compagnies du 7° léger et de la garde mobile, commandés par le général Lafontaine, arrivent successivement par le faubourg Poissonmière, où les insurgés n'ont pas opposé de résistance, en vue de la barricade qui traverse la place Lafayette. On fait les trois sommations, mais inutilement. Le feu commence. 1,es insurgés ripostent. Pendant vingt minutes, les balles pleuvent des deux côtés et frappent un grand nombre de combattants. Le général Lafontaine fait battre la charge; on marche sur la barricade la baïonnette en avant; une vingtaine de soldats, pour protéger ceux qui montent à l'assaut, brisent les

portes des maisons à coups de crosse et s'emparent des fenê-

tres de vive force. Enfin la barricade est enlevée ;: mais l’avantage est chèrement payé. Les insurgés ont montré un courage et un sang-froid qui étonnent la troupe. La garde nationale a perdu une vingtaine d'hommes. Le sang rougit les pavés. On voit passer sur un brancard le brave Lefèvre, qui comman-

dait en second le 3° bataïllon de la 2° légion et qui s'était avancé avec quelques tirailleurs jusqu'à l'angle des rues de Dunkerque et de Denain. Atteint mortellement d’une balle au foie : « La barricade est-elle prise ? dit-il d’une voix expirante à ceux de ses camarades qui viennent l’entourer. — Elle est à nous, lui répondent-ils.— Eh bien, vive la République ! » murmure Lefèvre en élevant sa main avec effort ; et « chacun s'unissait en silence à la noble simplicité d’un patriotisme qui, à ce moment, remplissait et excitait tous les cœurs ».

Dans le même temps, une colonne de troupes, commandée par le général Rapatel, poussait jusqu'au faubourg Saint- Denis, attaquait au pas de course et prenait successivement, en moins d'une demi-heure, cinq barricades élevées à une petite distance l’une de l’autre dans la rue Saint-Laurent et autour de l’église du même nom. Le commandant Bassac, à la tête du 5° bataillon de la garde mobile, affrontait le feu avec une intrépidité qui électrisait sa jeune troupe. Quatre insurgés périssent de sa main; il en désarme deux autres. Le général Rapatel, qui voit ces prodiges de courage, va vers lui, lui tend la main, et l’embrassant sous le feu de la barricade : « Vous et votre bataillon, lui dit-il, vous vous couvrez de gloire. » (STERN.)

La bataille est terminée. La Révolution et la République sont écrasées. Napoléon le Petit peut venir. Mais les représailles commencent de plus belle.

« Il faut en finir » avec les révolutionnaires qui eurent le tort de réclamer leur salaire pour l’œuvre révolutionnaire accomplie. Et des milliers prennent la route de l'exil. Les prisons se remplissent. La bourgeoisie est noble. Elle paye largement sa dette. On connaît la fin. Le 2 décembre 1851, Bonaparte à pris la place des démocrates traitres à la Révolution et à la République, tenant sous sa botte impériale, la France pendant une vingtaine d'années et préparant Metz et Sedan. Une fois de plus, la majorité rurale conservatrice eut le dernier mot. L'évolution capitaliste n’était pas encore suf-

fisamment avancée dans les campagnes. La classe ouvrière fut calonmniée auprès de ses frères des villages. Et c’est dans cet abime qui séparait Paris et les campagnes que la Seconde République démocratique s'est effondrée. La Révolution sociale ne peut sortir que de la solidarité des travailleurs, de tous les travailleurs des villes aussi bien que des campagnes.

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LE CHARTISME

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