V. — Dans les prisons républicaines
Blanqui fut toute sa vie durant un républicain fervent et
fidèle. Il ne sépara jamais la cause du prolétariat de celle
de la République. On peut même dire qu'il fut avant tout républicain, considérant la République — ainsi que la laïcité — comme condition nécessaire de l'émancipation sociale. Cependant pour toute récompense, les deux Républiques, la seconde et la troisième, — dont il était fondateur et le plus glorieux martyr, — l’enfermèrent en prison. Les républicains modérés se méfiaient du républicain Blanqui, pour qui la République était autre chose qu’un vain mot et une étiquette.
Blanqui avait été, le 26 mars, élu membre de la Commune, dans le XVIII® arrondissement, par 14.953 voix, et dans le XX° par 13.859. Des membres de la Commune songèrent à obtenir son élargissement en l’échangeant contre les principaux otages. Le vieil ami de Blanqui, B. Flotte, s’en occupa mais ne réussit pas dans ses démarches, qu’il a racontées avec documents à l'appui.
Blanqui resta six mois au. fort du Taureau, en butte à un épouvantable régime, dont le récit, dû à sa plume, a paru dans la République française du 15 janvier 1872 sous le titre Un prisonnier politique en 1871. Dans sa casemate il écrivit une note concernant les causes de la lumière zodiacale, communiquée le 8 janvier à l'Académie des Sciences et insérée dans la République française du 27, et l'Eternité par les astres, hypothèse astronomique déduite de la double infinité du monde en durée et en étendue. Le 19 novembre 1871, il était transporté à Versailles. Le 16 février 1872, après onze mois de séquestration, il passait devant le 4° Conseil de guerre, siégeant en cette ville. Malgré les dépositions catégoriques de MM. Dorian et Edmond Adam, affirmant
qu jl y avait eu promesse le Le 31 tobre dé dexercer
aucune poursuite, il était condamné à à ” déportation dans une enceinte fortifiée. Le Conseil de revision ayant, le 11 avril,
cassé ce fsenen pour vice de forme, Blanqui États
20, traduit devant ie 6° Conseil de guerre, et la même peine de
la déportation dans une enceinte fortifiée était prononcée contre lui. Enfermé à la maison centrale de Clairvaux, le
17 septembre 1872, c'est là qu’il devait subir sa peine transformée — les médecins l'ayant déclaré impropre au voyage — en détention perpétuelle.