‹ La révolution socialeChapitre 95 sur 172 · RU · texte numérisé non relu

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(Même procès.) Le général aurait répondu: « Non, il ne faut pas tirer, mais seulement les repousser à la baïonnette ». (Même procès.)

Mais à ce moment, au plateau inférieur, le commandant

Vassal et ses hommes sont en grand danger. Une foule énorme d’hommes armés et de femmes commencent à gravir les but-

tes. La place Saint-Pierre est noire de monde.

Le général Lecomte est alors dans la nécessité de se rapprocher du commandant Poussargue.

« Déjà, a déclaré ce dernier, une partie de la foule s'était

mêlée à une compagnie du 88° de ligne. J’ordonnai au capitaine Franck de faire apprêter les armes; ce que voyant les

gardes nationaux se couchèrent à plat ventre. Ils se relevèrent, voyant qu'on ne tirait pas.

Le général s’approcha de moi.

— Que faire ? lui dis-je.

— Ne tirez pas. Faites redresser les armes et si vous êtes

attaqués, défendez-vous à la baïonnette. »

Puis le général descend au plateau inférieur, encore occupé par les gardiens de la paix, les gardes républicains et des hommes du 88° de ligne.

La situation est devenue désastreuse. Le général, voyant ses

hommes entourés de toutes parts, donne à nouveau l’ordre de charger. Les gardiens de la paix et les gardes républicains

se préparent à obéir, mais la foule s’est mêlée plus intimement aux soldats.

Les femmes leur crient :

— Est-ce que vous tirèrez sur nous ? Sur vos frères & Sur nos maris ? Sur nos enfants ?

Les soldats sont de plus en plus hésitants. Les officiers les menacent. IIS sont entourés et injuriés par les femmes.

Enfin les soldats du 88 de ligne mettent la crosse en l'air.

Alors ce sont des cris frénétiques de: « Vive la ligne ! A bas Vinoy ! IA bas Thters ! »

V, — Le général Lecomte fait prisonnier.

Les lignards n'écoutent plus leurs chefs. Beaucoup les injurient. Tous fraternisent avec les 152° et 228° bataillons de la garde nationale. Les municipaux et les anciéns sergents de ville sont entourés, bousculés, désarmés. Nombre dé gardiens de la paix jettent leur képi, seule partie de leur costume qui les distingue des gardes nationaux, et parviennent ainsi à se dérober dans la foule.

D'ailleurs leur commandant, Vassal, a pris les devants. Il s'est réfugié dans la maison n° 3 de la rue des Rosiers, où deux femmes vont lui proposer un déguisement. (Procès dit des assassins des généraux Clément Thomas et Lecomte. Déposition V’assal.)

Quant aux gardes républicains, ils sont faits prisonniers et, heureusement pour eux, conduits sous escorte à la mairie.

Le général Lecomte est désarmé par ses propres soldats, et frappé par la foule qui s’imagine tenir Vinoy !

Seuls le commandant Poussargue et ses chasseurs tiennent encore au plateau supérieur. |

Pour l'historique de leur résistance, il est intéressant de donner ici l'impression simultanée des assaillants et des assaillis.

«.... Garcin conduisant le flot des insurgés montait toujours. Comme il était en tête et qu’il voulait monter le premier, le comman-

dant Poussargue lui donna un coup de poing qui de fit reculer. Il essaya alors de passer de mon é€ôté et je disposai mon poing pour le repousser. Garcin crut que je lui tendais la main pour gravir le talus, très escarpé en cet endroit, et il voulut me saisir le poignet, mais jé le repoussai violemment. » (Déposition du capitaine Franck au procès Garcin, mars 1878.)

Mais le poste détaché de la tour Solférino a lâché pied. Le commandañt Poussargue est lui-rmmêmé séparé du capitaine Franck par une poussée de la foule, au moment où, le voyant très menacé, il veut se porter à son secours avec la seule compagnie qui lui reste. Les chasseurs pressés de toutes parts se débandent. Le commandant et ses officiers sont pris. La partie est perdue.

Voici maintenant les impressions d'Arthur Chevalier, garde au 160° bataillon (ancien bataillon Blanqui) sur cette phase de l’action.

« On a décidé d’escalader la butte, sous les ordres du capitaine Garcin et du lieutenant Piger. De tous côtés une masse considérable fait irruption par tous les passages. Le côté de la rue Ramey n’était pas construit comme maintenant, ce n’était à cette époque que terrains vagues. [l y avait là soldats, gardes nationaux, femmes, enfants. À peiné à découvert, les chasseurs de Vincennes qui étaient à mi-côte mettent un genou à terre et nous mettent en joue. Il paraît qué de général Lecomte a commandé le feu. Les femmes et les enfants crient. les hommes sont affolés. Une panique s'empare de tous et on redescend la butte dans un désordre complet. A l'abri des maisons, on reforme iminédiatement une colonne de laquelle on élimine cette fois les femmes et les enfants. On recommence l'attaque. Cette fois, les chasseurs sont débordés et entraînés. »

Peu après, sous les huées de la foule victorieuse, le général Lecomte et plusieurs de ses officiers sont conduits au poste du Château- Rouge, que commande le capitaine Simon Mayer, du 70° bataïllon.

IT est alors o heures du matin.

Gardes nationaux et soldats du 88 gagnent ensuite le boulevard Ornano. Ils le descendent jusqu’au boulevard Rochechouart où, depuis le matin, se trouvent, l’armée au pied, sous une pluie fine et incessante, les restes du 88° de marche.

Voyant arriver leurs camarades, la crosse en l’aif et frater-

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nisant avec la population, les soldats suivent le RER et. crient: « Vive la Garde nationale ! »

Le colonel essaie bien de contenir ses hommes, mais il est bientôt entouré par la foule et jeté, avec son chef de batail-

lon, dans une boutique du boulevard Rochechouart. Ainsi, à neuf heures et demie, la colonne d'attaque du

général Lecomte et l’aile droite de la petite armée chargée :

d'occuper les buttes n’existaient plus.

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