I. Il promulguerait sans délai la nouvelle Constitution
II. Dans les affaires de l'État, il ne prendrait lavis que de ses conseillers responsables.
III. Des partisans de la constitution seraient nommés secrétaires et chef du secrétariat du Palais.
Abd-ul-Hamid accepte ces conditions. Il est proclamé (!'''■ septembre). On gagne deux semaines à préparer la cérémonie d'investiture : on espère encore dans les sarcasmes de lord Disraeli contre Gladstone. Abd-ul-Hamid II est investi (15 septembre); aux félicitations des notables, il répond : « Je n'ai qu'un désir; le progrès de notre pays et la paix pour tous mes sujets. Mes actes confirmeront mes promesses de réformes. »
Mais son premier acte est d'appeler au Palais comme aides de camp et secrétaires la camarilla de Mahmoud Djelaleddine et des Saïds. Et son
discours d'avènement, que Midhat avait préparé, orné de toutes les formules européennes, Constitution, Légalité, Réforme, Progrès, et farci de promesses rénovatrices : abolition de l'esclavage, écoles mixtes, contrôle financier, économies, — ce « discours du trône », qu'aurait applaudi un parlement britannique et qui prévenait toutes les demandes des puissances, — Abd-ul-Hamid en supprime les phrases essentielles. Midhat-bey, dans son livre, donne les deux versions; les phrases en italiques sont les phrases supprimées. Voici quelques passages :
Confiant dans l'appui du Très-Haut, Nous poursuivrons Notre but qui est de fortifier l'Empire et de faire participer ous Nos sujets sans exception à tous les bienfaits de la liberté, de la paix et de la justice. [Comme la Turquie fait partie du concert européen, elle doit, dans le but d'aller de ; air avec ses voisins dans la voie du progrès, se conformer 2UX mêmes méthodes; et comme le système constitutionnel est un des principaux facteurs du progrès des nations, Nous Jéclarons adopter ce mode de gouvernement en tenant compte Its lois du Chéri et d^s coutumes de Notre peuple.)
Si depuis quelque temps la désorganisation qui règne dans les affaires de l'État a pris de telles proportions; sj la gestion de Nos finances n'a plus la confiance publique; si Nos tribunaux n'inspirent plus de respect; si, enfin, tous les efforts prodigués en vue d'assurer la liberté et la paix à Nos sujets sont demeurés stériles, la faute en est à la non-observation des lois et règlements; de là, la nécessité de mettre en première ligne la stricte observation des lois, de surveiller les dépenses et les revenus de l'Etat. En conséquence, chaque département de l'administration doit 'abstenir de dépenses inutiles : les dépenses des Palais Imp»:iaux seront réduites au strict nécessaire; la liste civile des l'rinces sera diminuée; Nous offrons la somme de 30 000 L. t. ■i déduire de Notre propre liste civile et fixons les dépenses mensuelles de Notre Palais à 30 000 L. t.)
9i LA REVOLUTION TURQUE
La nécessité de convoquer une Assemblée générale, compatible avec les mœurs, les coutumes et les aptitudes de nos populations, se fait de plus en plus sentir... {Dans le but d'élaborer des lois constitutionnelles, Nous ordonnons que les ministres, les savants docteurs de la loi et tous ceux dont le savoir pourrait contribuer à la perfection de l'œuvre commune se réunissent en conseil et leur rapport, revu par le Conseil des Ministres, sera soumis à Notre approbation....)
Ayant observé que les puissances européennes ne sont parvenues à ce haut degré de prospérité que par elle, nous désirons que Nos sujets, à quelque classe qu'ils appartiennent, puissent profiter des bienfaits de la science [et afin que le progrès du pays produise le bonheur de tous Nos sujets sans distinction, et pour leur inculquer ces idées. Nous décréions la fondation d'écoles où Vinstruction et Véducation seront données en commun à tous)... En outre il faut procéder immédiatement à la réforme administrative, financière et judiciaire des provinces.
{L'achat et la vente d'esclaves étant contraires aux prescriptions du Chéri et aux principes de l'humanité et de la civilisation, Nous affranch\ssons les esclaves et les eunuques de Nos palais et déclarons qu'à partir de ce jour la traite des esclaves est formellement interdite dans Notre Empire. Nous fixerons une date pour l'affranchissement graduel de tous les esclaves.)
Les Jeunes Turcs, en tolérant cette duperie, ne font que s'aliéner les dernières bienveillances de TEurope. Après un mois de répit (28 août-28 septembre), les ambassadeurs recommencent leurs protestations. Projet autrichien, projet anglais, projet russe : trois solutions sont offertes. La plus radicale, celle du prince Gortschakoff, est une occupation militaire des provinces où la révolte et le massacre sévissent, tandis que les flottes agiront dans le Bosphore. La plus modérée, celle de Londres, est une intervention
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diplomatique à Constantinople, où une Conférence décidera de la réforme et de la paix.
Après deux mois de notes et contre-notes, la proposition de Londres l'emporte; mais les intentions des Trois Empereurs restent menaçantes et, le 31 octobre, un ultimatum russe exige un armistice de six mois pour les Serbes vaincus. La Porte cède. Pourtant Disraeli rappelle à Pétersbourg que le traité de Paris et la Conférence de Londres en 1871 ont stipulé Tindépendance et l'intégrité de l'empire ottoman. Réplique de la Russie : « La Turquie ayant, la première, violé les engagements du traité de Paris, les puissances ne sont plus tenues à respecter l'indépendance et lintégrité de l'Empire » (19 novembre 1876). C'est là-dessus que le concert européen se met d'accord pour la Conférence de Constantinople. Abdul-IIamid revient aux Jeunes Turcs et à la constitution (23 novembre 1876) :
A mon illustre Vizir iHdhat-Pacha,
Nous avons pris connaissance de la Constitution que vous Nous avez communiquée officieusement. Nous y avons noté des passages incompatibles avec les mœurs et les aptitudes de la nation... Un des objets auxquels Nous attachons une grande importance est de sauvegarder les droits souverains. Nous désirons donc que la Constitution soit discutée au Conseil des Ministres et qu'elle subisse des retouches dans le sens que Nous venons d'indiquer.
Les mots « sauvegarder les droits du souverain » étaient une allusion à un article 113, sur l'état de siège, quAbd-ul-Hamid désirait insérer dans la constitution. Midhat, soucieux de promulguer cette constitution le jour où siégerait la Conférence, se laisse
convertir par les explications du Sultan. Au premier secrétaire de Sa Majesté, il répond (26 novembre) :
Dans l'impossibilité déjà de remercier Sa Majesté de Ses bienfaits et des nombreux témoignages de bienveillance dont Elle me comble chaque jour et à tout moment, je ne sais comment exprimer ma gratitude pour le nouvel et insigne honneur que j'ai si peu mérité de recevoir une lettre autographe de Sa Majesté, m'invitant à fournir des explications sur le texte de la Constitution que j'ai remis officieusement à Sa Majesté. Je reconnais moi-même que la plupart des articles contenus dans ce rapport demandent à être modifiés et transformés...
Ma fidélité à mon Souverain et mon amour pour mon pays m'obligent à émettre l'opinion qu'il y a deux moyens de surmonter la crise actuelle. Le premier consiste à mettre à exécution, avant la réunion de la Conférence, les réformes pour notre organisation intérieure, ainsi que nous l'avons déclaré et promis à toutes les puissances; le délai assigné à cette mise en vigueur expire au plus tard dans trois ou quatre jours. I, 'autre moyen serait d'accepter les propositions formulées par les puissances et de se résoudre à vivre éternellement sous leur tutelle. Si le premier n'est pas adopté ou bien si la promulgation de la constitution est retardée jusqu'à la réunion de la Conférence, la seconde alternative nous sera imposée.
MiDHAT.
Le temps presse en effet. Du 11 au 22 décembre, les plénipotentiaires des puissances se réunissent à Constantinople. La Russie voulait exclure les Turcs que rAngletcrre voulait admettre ; les délégués ottomans ne sont pas invités aux séances préliminaires dans lesquelles on arrête le programme suivant : statu quo ante hélium avec les Serbes vaincus; cessions territoriales aux Monténégrins victorieux; auto-
nomie de la Bosnie et de l'Herzégovine, de la Bulirie: garanties diverses de cette autonomie mililire, financière, administrative, religieuse, etc.; libertés municipales en Roumélie orientale; occupalion de ces provinces par les troupes belges jusqu'à lexéculion des réformes...
L'Angleterre a dû se rallier à ce programme. Pour tâcher encore de l'émouvoir, le 19 décembre, .Midhatpacha est nommé grand-vizir. L'ambassadeur anglais, sir Henry Elliot, pense que tout est sauvé. Il écrit à son ministre, lord Derby :
Constantioople, 19 décembre 1876.
Mylord,
Midbat-pacha a été nommé Grand-Vizir à la place de Mehmet Ruchdi-pacha. L'importance de cette nomination, en ce moment, est très grande : Midbat-pacha est, à n'en pas douter, le plus énergique et le plus libéral des hommes d'État turcs. C'est un homme d'action, quoique ses décisions soient parfois trop hâtives. H a toujours soutenu l'égalité des musulmans et des chrétiens et désire une autorité constitutionnelle, au-dessus du pouvoir du Grand Vizir aussi bien qu'au-dessus de celui du Sultan. 11 est opposé à la centralisation et disposé, au contraire, à donner aux populations des provinces une prépondérance considérable dans leurs affaires locales.
Il m'a parfois parlé de son opposition énergique contre l'établissement d'institutions spéciales dans les provinces slaves; mais c'est un homme qui écoute les avis et peut être amené à en voir la nécessité dans les circonstances présentes. Il a toujours manifesté le désir de suivre les conseils du gouvernement de Sa Majesté •.