Traduit par Midhat-bey, Midhat-pacha, p
LA EÉTOLCnON TCROCE. '
Le 23 décembre, les plénipotentiaires turcs prennent enfin séance avec leurs collègues européens. C'est alors que la constitution est promulguée par le premier secrétaire de Sa Hautesse, du haut d'une estrade magnifique, aux sons du canon et de la musique militaire. Conseil des ministres responsable. Sénat et Chambre des Députés, liberté de la presse, inamovibilité des juges, enseignement primaire obligatoire : rien ne manque pour « fonder dans l'empire le règne de la liberté, de la justice, de l'égalité et le triomphe de la civilisation ».
Hatli-humayoun du 22 décembre 1876.
Depuis peu, la puissance de Notre empire décline. II ne faut point en attribuer la cause à Nos relations extérieures, mais au fait que l'on s'est écarté du droit chemin dans l'administration des affaires intérieures et au relâchement des liens qui rattachent les sujets à l'État. Mon Auguste Père, feu le Sultan Abd-ul-Medjid, avait octroyé la plus ancienne des réformes, le Tanzimat : il a été, à juste titre, considéré comme le régénérateur de l'Empire. Mais c'est à Notre règne que la Providence a réservé le soin d'accomplir cette heureuse transformation, qui est la garantie suprême du bien-être de Nos peuples. Je rends grâces au Ciel d'avoir pu en être l'instrument....
C'est pourquoi dans le Ilatt que Nous avons promulgué à l'occasion de Notre avènement au trône. Nous avons déclaré l'urgence de créer un Parlement. Une commission spéciale, formée des plus grands dignitaires, ulémas etf fonctionnaires de l'Empire, a élaboré avec soin les bases; de Notre constitution, qui a été ensuite étudiée et approu-' vée par Notre conseil des Ministres. Cette Charte fonda- ; mentale consacre les prérogatives du Souverain, la liberté et l'égalité civile et politique des Ottomans devant la loi, la responsabilité et les attributions des ministres et des fonctionnaires, les droits de contrôle du Parlement, l'in-
dépendance complète des tribunaux, l'équilibre réel du budget, enOa la décentralisation administrative dans les l'iovinces, tout en réservant Taclion décisive et les pouvoirs du gouvernement central.
Tandis que Safvet-pacha annonce à la Conférence la grande nouvelle, on lit au peuple ce halli-humayoun; on le baise dévotement et Midhat-pacha célèbre la bonté du Maître :
Notre auguste Maître, le sultan Abd-ul-Haraid, vient, par cette constitùlion, d'octroyer à tous Ses sujets des droits nouveaux qui, comme un flambeau resplendissant, doivent les éclairer dans la voie du progrès et de la civilisation. C'est ce même flambeau qui a conduit, des ténèbres de l'ignorance dans le sentier de la lumière, les nations de l'Europe dont les libres institutions ont ofTerl un exemple salutaire à l'univers entier.
Celte charte que notre gracieux Souverain daigne nous accorder est une œuvre sublime qui fera de Sa Majesté le régénérateur de la nation. Nos compatriotes doivent donc se féliciter de l'honneur d'être les sujets d'un souverain aussi éclairé que le nôtre....
Prière du mufti d'Andrinople ; salve de cent un coups de canon; cortège d'ulémas, de prêtres chrétiens, de softas, de populaire et de drapeaux avec linscription Liberté; illuminations et défilés aux torches; télégrammes des provinces; visite du grand-vizir au patriarche grec; haie d'enfants grecs portant des branches de lauriers et chantant l'hymne d'un Pindare phanariote à la gloire de Midhal-pacha ; réconciliation de la Croix grecque et du Croissant; embrassements ; pleurs de joie!
Abd-ul-Hamid et les Jeunes Turcs estiment que les travaux de la Conférence vont être superflus,
mais les plénipotentiaires des puissances continuent de siéger, d'élaborer un programme, et le général Ignatielï déclare « que le cabinet de Berlin pousse la Russie aux résolutions belliqueuses ». C'est en vain que les plénipotentiaires ottomans invoquent « la volonté de la nation » et que Midhat-pacha implore une dernière fois la bienveillance de TAnglcterre, mère des parlements :
Télégramme confidentiel (en français) de Midhatpacha à Mnsurus-pacha, ambassadeur ottoman à Londres^.
Depuis quelques jours, l'idée d'un rapprochement direct avec la Russie s'est révélée inopinément autour de nous... On dit que la Russie ne tiendrait ni à l'autonomie des trois provinces, ni aux réformes administratives et gouvernementales. Il nous suffirait, pour détourner les dangers d'une guerre, de recourir à sa générosité. Elle ne demanderait pas mieux que de laisser la Turquie jouir de son indépendance et de son intégrité,... et de nous aider de ses conseils, en sa qualité de puissance voisine, directement intéressée à la tranquillité de notre pays...
Menacés d'une guerre dans laquelle ils n'espèrent trouver aucun allié; placés en face d'exigences qu'il leur devient impossible de concilier avec l'indépendance et l'intégrité de l'empire; placés aussi en face de l'exaspération nationale, les ministres actuels de Sa Majesté, au dernier moment, ne prendraient conseil que de leur patriotisme mortifié et, dût la guerre entraîner la perte du pays, ils pi'éféreraient entrer dans cette voie du désespoir à se prêter à des combinaisons tendant à faire de la Turquie une province de la Russie...
Nous conjurons lord Derby de ne pas nous abandonner dans les dangers qui nous menacent et qui pourraient