De Tott, Mémoires, II. p
.... *^lin<;r iv.->crvc à ceux qui veulent bien résider à la chambrée » (de Toit). Avec deux petites pièces de quatre, prises jadis sur les Russes, de Toit instruit cinquante canonniers. Dès le début, il manque déchouer parce que les fouloirs sont en poil de cochon. L'énergie de l'instructeur l'emporte :
Le Grand Seigneur donna ordre aussildt de faire parvenir à son année les canonniers instruits et toutes les choses nécessaires à cette nouTelle invention. On se cont<>nta d'obéir à la lettre. Plusieurs balles de toile .inglaise, achetées pour faire des sacs à cartouches, fournirent de jolis habits d'été à ceux qui inspectaient le travail; cinquante pièces de quatre, mal fondues, mais accompai^oécs de nouveaux fouloirs, furent embarquées sans affûts, parce que l'ordre n'en avait point parlé. Les cinquante canonniers eurent ordre de les accompagner à Varna, où ils durent laisser lears canons en.ublés sur le rivage, faute de moyen de les trausporter. Et ce fut tout le fruit <\<- Il ponctualité des ministres du Grand Seigneur '.
1)0 Tott fabrique des pontons, fond des canons en prenant VEncyclopédit comme guide : — « c'était la première fonte que j'eusse vue ». Un hatli-humayoun (édil suprême) lui conlie la création d'un corps d'arj lilleurs et d'une école d'artillerie, où le cheikh-uiialnm vient en personne déclarer licite l'usage de la baïonnette, arme des Infidèles. Une autre école de mnlhi'inatiques est ouverte, spécialement destinée A la marine :
Plusieurs capitaines de vaisseau à bart>e blanche, en se joignant aux autres écoliers déjà d'an ftge mûr, me
I !'•• l.'!l. U ,,,, li,p. tt.
dispensaient de défendre les espiègleries; au bout de trois mois, ils étaient en état d'a|ipliquer sur le terrain les quatre problèmes de la trigonométrie rectiligne; c'était assez pour des écoliers de soixante ans; j'étais convenu avec sultan Moustapha que cette instruction serait perfectionnée par la pratique et que deux frégates constamment armées évolueraient dans le canal qui sépare Conslantinopie et les îles des Princes.
La réforme navale est arrêtée par la hauteur des turbans qui gênent la manœuvre. Et Mustapha III meurt (1774). Son frère Abd-ul-Hamid I" enjoint dans son premier édit « de soigner les établissements de son prédécesseur » et prend plaisir aux exercices de sa nouvelle armée. Mais le harem et les embarras du trésor imposent tout aussitôt la paix de Kaïnardji (1774) :
Le gouvernement turc, concentré dans la capitale, fut bientôt rendu à ses anciens errements. On continuait cependant les anciens établissements que j'avais fondés; mais les fonderies, l'école d'artillerie et celle des mathématiques n'offrant plus à mon activité que des objets à suivre sans espoir de les augmenter, je me déterminai à revenir en France, sans cependant annoncer à la Porte un abandon qu'elle ne paraissait pas désii^er; elle me pria même de nommer aux différents établissements des vekils (lieutenants). Le Grand Seigneur me fit revêtir, loi'sque je pris congé, d'une très belle pelisse de martre zibeline. Mais je reçus des adieux auxquels je fus plus sensible. Le bâtiment, qui devait me conduire à Smyrne, avait déjà levé l'ancre et déployait ses voiles, lorsque plusieurs bateaux l'abordèrent. Je me vis alors entouré de tous mes élèves, chacun un livi'e ou un instrument à la main. « Avant de nous quitter, me disaient-ils avec attendrissement, donnez-nous au moins une dernière leçon ; elle se gravera mieux dans notre mémoire que toutes les autres. » Celui-ci ouvrait son livre
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(".lii i.v|.ii.iùt;t 1' ' ' ' • • *■-•:-('; celui-là, avec une longue bail -n sextan pour prendre hauteur; uu autre me laiia.it des questions sur le rjuartier de réduction et tous m'ar''omi>;i£:nèrent jusqu'à plus de deux : iinr <ni • , séparâmes avec un attendri*- i',!,' , Ir-s Turcs ; as sujet.^
- .- , . -. iVr,,rM)<» à leuropécnne montre en
raccourci ce qui toutes celles qui viendront
après. Les défaites, la menace instante tl une invasion ou d'un»' JnltM'vention »'{r;iiiLo''it«s nciivcnl iiii in«lant • ■iM!> Njaitiv. ,1,- r.-!ii:i.i[i
aux proj(;i.s dc-s Murupecns; initc d abord, le fanalisnio {)()pulaire consent: les premiers résultats excitent p.irluuf If- iHiiiiir- nuImi!!'-. ^l;(i- sil.'.l qu»- !>' danj^'er s éloigne, la rérormr i'>t abandonner ; ^m le papier ou sur le terrain, les ordoniiances «1 1* établissements sul>>-i-lcnf , coni!: ;iiii>n- du
baron de'i'ott. qui s Cidisfiit dans le satue de\arna. La cn{>ita!f voil f|ii«'l<]ue<5 tinifnnnes et quelques
t'hah^^- iju 'Il jMii- . ;i - m.lll^fll !■- .I< qu MTfll t S«"ul«V
nient de ikhinciux moyens de tvrafuiie t'{ font ensuite payer au rata l'inquiétude t|ii i i»*
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10 puunuul parier eu lour faveur m, et la . i-l « d'avoir éirard à ces reprénenlaliona ».
De nouveau, contre cette intrusion des Russes, la réforme à Teuropéenne de Tarmée et de la marine apparaît aux Turcs et à leurs amis d'alors, les Fran çais, comme l'indispensable précaution. Abd-ul Hamid h' (1775-1789) laisse faire. Mais, TAngleterrt lui promettant « l'assistance de tous ses vaisseaux », il reprend la guerre contre la Russie, qui déjà tieni l'empire turc pour son bien et le partage avec l'Au triche (1784-1789) : la Valachie, la Moldavie et k Serbie tombent sous la main des deux alliés. Pai fortune, la Révolution française donne aux roi; d'autres soucis; la Porte récupère les Principauté; aux traités de Sistova et de Yassy (1790 et 1792) Alors Sélim III (1789-1809) et son ministre kutchui Hussein-pacha, le petil Hussein, réforment l'armée et la marine.
Les forteresses réparées, des ingénieurs, officiers instructeurs, soldats et ouvriers appelés de Suède e de France, les écoles de marine et d'artillerie réta blies, une bibliothèque française avec YEncyclo pédie, le français enseigné, des livres et manuels d( toutes sortes traduits, une flotte construite suivan les derniers modèles, des corps organisés et dressé; à l'européenne, un bataillon de renégats enrôlés e commandés par Vinglis pacha Campbell, un commen cément de conscription essayé en Karamanie et une petite armée à l'ordonnance nouvelle, nizam djehid mise en campagne : tant d'efforts eussent peut-être abouti, si l'expédition de Bonaparte en Egypte (1798-1800), puis les coups de main des Anglaii sur Constantinople et sur Alexandrie (1806 et 1807 n'eussent réveillé le fanatisme populaire. Contre k réforme, éclatent les révoltes provinciales, qui er
sont l'accompagnement obligé : les Serbes s'agitent; le pacha de Widdin se rend presque indépendant; la Roumélie est au pouvoir de « grandes compagnies ». Contre le Sultan f/iaour, le janissaire demande un felva de déposition : « Un padichah, qui par sa conduite et ses lois viole les principes du Chéri (loi religieuse), mérite-t-il de rester sur le trône? » Le mufti répond : « Cela ne se peut; mais Allah sait ce qui est le mieux ». On massacre les réformateurs et leurs partisans. Puis Sélim est déposé, assassiné : la V'ieille Turquie met en sa place Mustapha IV, qui règne six mois (juillet 180d-janvier 1809).
Mais les officiers formés par les écoles tiennent pour les modes nouvelles; sur le Danube, une conspiration militaire s'oi^nisc : révolte déclarée, marche contre Stamboul, prise du sérail, massacres, pillages, déposition de Mustapha, proclamation de Mahmoud II (janvier 1H09). Les conjurés sont les maîtres; leur chef est nommé grand-vizir; Mahmoud est acquift, dit-on, aux idées de Sélim; dans un conseil de Tempire, dans un divan solennel, le grand-vizir expose la nécessité d'une complète refonte de l'armée, qui tf le premier souci des réformateurs. Discours- Lrramnu' :
l'ei»uiui' •• .• l'ius de vénération que moi pour ce glorieux corp» <lesjani:isair«s, auquel j'ai l'honneur d'appariéoir. Il serait invincible à présent comme il l'était autrefois, si ties abus pcrnicioux ne 8*y élaienl ^lisst^ r{ nVn avaient alléré les admirables institutions, liais le> au lieu
<i'«Hre donnés au courage et au mérite, - lus; les
ca.seme8 sont désertées; les exercices prescrits par les ordonnances sont oubii<'->> ]>'>i janissaires de garde ou de
patrouille rançonnent les raïas, au lieu de veiller à la sécurité publique. Résultats : une crasse ignorance de l'art militaire; une indiscipline complète; l'inutilité de ce corps glorieux qui a fait trembler l'univers; les billets de solde et de pensions détournés et rachetés à vil prix par les Juifs.., Le Sultan, notre redoutable maître, qui travaille à rendre à cet empire sa gloire et sa puissance, sent qu'il est indispen.sable de revenir aux anciennes institutions.
Pour ce retour aux « ancienne.s institutions », le grand-vizir propose et le divan ratifie sept mesures, parmi lesquelles « l'adoption immédiate dans toutes Jes troupes ottomanes des armes perfectionnées et de la tactique savante des Infidèles, — mesure sanctionnée par les fetvas ». Dix mois de réformes (janvier-novembre 1809). Puis la Vieille Turquie et le janissaire tuent ce grand-vizir patriote et remettent véritablement tout en l'état ancien.
Il en résulte dix-sept ans de revers (1809-1826) : défaites et traités désastreux, insurrections des Arabes Wahabites, des Serbes et des Monténégrins, empiétements de Méhémet-Ali en Egypte, révolte d'Ali de Tebelen en Épire, soulèvements de la Morée, des Principautés danubiennes et des raïas orthodoxes dans toute la Roumélie, indépendance grecque. L'Europe parle enfin d'intervenir. La Vieille Turquie se décide alors à sacrifier le janissaire; les ulémas eux-mêmes demandent la réforme, qui seule pourra sauver l'empire (1826). De nouveau, un divan solennel est réuni chez le cheikh-ul-islam ; le grandvizir fait accepter son plan :
Autrefois les janissaires étaient des soldats. La désorganisation s'étant mise en ce corps, nos ennemis n'ont pas manqué cette occasion de nous nuire : ils ont osé porter
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leurs mains impures sur la blancheur éclatante de l'œuf de l'honneur musulman. Vengeance, peuple de Mahomet!... Unissons nos efforts pour élever devant notre pays le rempart d'une armée aussi instruite que brave... La force est aujourd'hui dans l'étude et la pratique des arts militaires. Le Coran dit : <« Employez contre les Infidèles tous les moyens qui sont en votre pouvoir... »
I.os janissaires résistent : ils sont exterminés; quatre cent mille figuraient sur les registres de solde; quarante mille environ ser>'aient elTeclivement dans la capitale et les provinces; dix mille peut-être sont mis à mort. Une année à l'ordonnance, l'armée du nizam, est recrutée, que la guerre contre la Russie met à répreuve (48^1829). Cette armée nouvelle ne peut fermer la roule de la capitale aux Infidèles; ib passent le Danube, le Balkan, prennent Andrinople et ne signent la paix en cette ville que moyennant privilèges et protection russe aux Principautés danuhionnos, autonomie aux Serbes, indépendance aux Grecs. Cette armée nouvelle inquiète pourtant les Russes : « Le Tsar, écrit Pozzo di Borgo, a mis le syt«tèmc turc & l'épreuve et l'a trouvé dans un commencement d'organisation qu'il n'avait pas eue jusqu'ici; si le Sultan a pu nous opposer une résistance plus vive et plus régulière, alors qu'il avait à peine réuni les éléments de son nouveau plan de réformes et d'améliorations, combien l'aurions-nous trouvé plus formidable s'il avait eu le temps de lui donner plus de solidité! »
1^ suppression des janissaires engage en des réformes plus étendues Mahmoud, que l'exemple et les méthodes de Pierre le Crand ont séduit : avec l'arni»''«>. c'est radmiuislration, l'iNliu-ntinn, le C08>
1<)« TVKQOt.
lume, les mœurs, la vie publique et privée qu'il veut, de force, renouveler, — Textérieur plus que le fond : il supprime le turban, adopte l'habit à la franque, frappe des monnaies à son effigie malgré la défense coranique. Rien ne l'arrête, ni les grands incendies de Stamboul et de Péra, ni les résistances de la foule, ni les prédications des fanatiques qui l'insultent en public : « Padichah giaour, tu attires la malédiction du Prophète sur nous tous ». Il entend « mettre sous la protection de son ombre les peuples et les raïas de ses provinces, faire luire la lumière d'équité et de miséricorde, imposer la plus complète harmonie entre tous ses sujets, sans distinction d'origine ni de culte ». Au système féodal et à la mangerie, il voudrait substituer une bureaucratie à l'européenne.
Mourad III (1574-1596) avait déjà tenté une sorte de centralisation de l'empire par l'institution des eyalets et des livas, grands et petits gouvernements, qui soumettaient tous les peuples, musulmans et chrétiens, et tous les sujets, raïas ou possesseurs de fiefs, civils ou militaires, laïques ou religieux, aux officiers impériaux, pachas, moulcsselims, uoïvodes, etc. Mais la vénalité turque a mis ces gouvernements aux enchères et chacun des grands pachas s'est taillé une royauté effective, avec son armée particulière, qui le met à l'abri de la révocation et du lacet. De Tott, qui nous a raconté plus haut la révolte du pacha de Bagdad, ajoute :
D'autres lentalives ne furent pas plus heureuses et ces exemples, imités pur d'autres pachas moins riches et moins éloignés, réduisirent la Porte à la seule ressource d'assassiner ou d'empoisonner ceux de ses officiers qu'elle voulait
Ijuair.... Ceux des pachas et autres vexateurs, qui, par une rétribution habit»ielle d'une partie de leure rapines, savent assouvir l'avidité de la Sublime Porte, jouissent de la portion qu'ils se réservent avec une sorte de sécurité.
Plus le pouvoir du Grand Seigneur est étendu, moins il est facile de limiter celui des officiers qui le représentent. Les pachas sont les gouverneurs et les fermiers de leurs pachaliks; ils donnent à chaque district des gouverneurs et des fermiers particuliers; ceux-ci distribuent dans chaque canton d'autres sous-fermiers non moins despotes, de manière que, dans cette cruelle hiérarchie, chaque subalterne perçoit le double de ce dont il est comptable.
D'Ohsson, dans son Tableau général de l'empire ottoman, é<Til m lfi()6 :
Un pacha, ayaiu acquis à prix d'or le gouvernement [annuel] dune province, met à pressurer ses habitants autant de précipitation que d'audace, car il est incertain de Conserver son office et presque assuré de l'impunité... I-<- faste de ces satrapes les entraîne à commettre des iniquités : la maison dun pacha à trois queues est composée d'au moins cinq cents personnes; il en est qui entretiennent à leur service plus de deux mille individus, indépendamment de leurs gardes; leur harem est composé dun grand nombre de femmes; ils ont dans leurs écuries Icux à trois cents chevaux. Ils paient d'ailleurs des droits considérables, à leur nomination et ii la Un de chaque iinné<>, s'ils sont continués dans leur office. Ils faut qu'ils donnent [à Constantinople] de l'argent pour obtenir leur dttce, pour s'y maintenir et pour faire éiari. r \>-^ plaintes jue provoquent leurs injustice»...
('haque province supporte ses dépenses kx .n- n, les frai» le son administration, ceux que nécessitent l'entretien de es plaifs forles, h; transport des vivres et munitions, le •as>ai;f des troupes. Le» taxes imposées sur le peuple »e nulliplient sous le nom de su/iyon^, acarii, ischtirat, etc.. outes comprises sous le nom de djebayat ou ttkialif
sehaoca, impôts vexatoires, qu'on leur donne parce qu'ils ne sont pas autorisés par la loi religieuse. Les fréquents déplacements des pachas les obligent à passer sans cesse d'une contrée à l'autre et le pays est tenu de leur fournir ce dont ils ont besoin; il faut encore leur offrir des présents ainsi qu'aux principaux de leur suite... Les effets du despotisme se manifestent d'une façon frappante dans la misère des provinces. Les habitants quittent les lieux qui les ont vus naître, les chrétiens pour chercher un asile hors des frontières de l'empire, les mahométans pour se retirer dans la capitale où la tyrannie est moins accablante.
Gousinery, en son Voyage dans la Macédoine^ (p. 46-48), raconte :
Abdi-pacha avait un moyen de répandre l'épouvante partout où il était destiné à gouverner : c'était de faire périr subitement, lors de son installation, un certain nombre de victimes, coupables ou innocentes. Le jour de son entrée à Salonique, après avoir fait placer quatre pièces de canon devant la porte de son palais, il manda le commandant de la tour des janissaires et l'interrogea sur le nombre et sur les délits de ceux qui s'y trouvaient renfermés. Ils étaient au nombre de neuf et coupables seulement d'indiscipline civile, genre de faute qui méritait à peine vingt jours de réclusion. A neul heures du soir, il les fit tous étrangler, sans autre forme de procès. Cette exécution fut suivie, selon l'usage, de neuf coups de canon, qui répandirent la consternation dans la ville.
A Aïdin-GuzelHissar, l'ancienne ïralles, en Lydie, un Turc vint lui proposer une somme très considérable à toucher chaque mois, si Son Excellence consentait à lui remellve des bouiourouUUs (ordonnances) signés en blan'\ pour avoir le droit de faire la police dans toute l'étendue
1. Voyage dans la Macédoine, par M. E.-M. Gousinery, ancien consul général à Salonique, Paris, 1831.
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son dt'parlemcnt. Le pacha consentit...; l'homme en profila d'une manière atroce, II rôdait partout; les emprisonnements et les avanies se succédaient rapidement; les réclamations auprès du pacha demeuraient sans efTet. Il vit un jour un marchand de l'île de Scio doiintr de l'argent à des enfants turcs qui se battaient pour une jietite monnaie que l'un d'eux avait trouvée : afin de calmer la dispute, le marchand avait donné une monnaie semblable au plus faible des dt-u.x enfants. Sur-le-champ, une dénonciation grave fut portée contre lui; il fut arrêté sur l'accusation d'avoir donné de l'argent à des enfants turcs pour les pervertir. Les Sciotes, alarmés et craignant que l'avanie ne devint générale pour le corps de leur nation, terminèrent l'alTaire moyennant six milles piastres ou mille francs environ.
Le pacha, après six mois de séjour, se trouvant à la veille de partir, appela son agent et lui demanda s'il avait bien profilé de son emploi; celui-ci répondit par mille bénédictions et par des prières qu'il faisait h Dieu pour la prospérité de Son Excellence. Le pacha, feignant alors de se mettre en cob'-re, lui dit qu'il n'avait jamais vu un scélérat de sol» espèce, qu'il fallait que la mort en purgeAl la terre, et, sans différer, il donna ordre qu'on lui tranchiU la tête, ce (|ui fui exécuté suus les fenêtres et sous les yeux de Son Excellence, qui s'empara de tous les biens de son
i w..i ., -i.-U 1 aux a\auif.> des puchas, nombre de musulmans ('•(aient (Mitres dans Vodjah des janissaires : ils (igurnionl du moins sur les contrôles de celle franc-maçonnerie militaire afin d'en obtenir les privilcjifcs ou la protection. I.es proprit'tnires de biMU-Uces surtout, tenus nu service en temps de guerre, s'ariiliaienl à celle confrérie qui ne leur im[K)sail aucune charge nouvelle. Le massacre des janissaires dans la «'apilale «•tant suivi du massacre dans l(-s pr(>\in<M's. la plupart des grands seigneurs,
beys et dérébeys (beys de la vallée), disparaissent et le pouvoir des pachas-gouverneurs y gagne d'autant.
Mahmoud en réduit le nombre afin d'en mieux surveiller la gestion : au lieu de disposer à leur gré de toutes choses dans leurs gouvernements, les pachas ne seront plus que les agents du pouvoir central, « les yeux et les mains » du sultan. Mais ils continuent de cumuler tous les pouvoirs militaires, administratifs, judiciaires et financiers; ce sont des vice-rois, fort mal contrôlés par la capitale et dont l'opposition féodale d'autrefois ne contrebalance plus la tyrannie; leurs subordonnés, civils et militaires, pénètrent partout, interviennent en toutes les affaires publiques et privées; et les fonctions, grandes et petites, continuant à être vendues, la mangerie ne fait qu'empirer.
Les féodaux, par intérêt personnel, défendaient quelquefois leurs raïas et, les tondant de près, perdaient tout à lès égorger. Le nouveau fonctionnaire, pressé de rentrer dans ses avances et de faire fortune, écorche, égorge même pour mieux tondre. C'étaient les chrétiens des villes qui avaient le plus à souffrir de la Vieille Turquie : la surveillance des consuls européens désormais les protège, et ce sont les paysans musulmans et chrétiens, au fond des campagnes, qui deviennent la proie du mangeur. Or la Turquie n'étant toujours qu'une contrée agricole, c'est sur le seul producteur de richesse publique que le nouveau système s'appesantit; et le paysan chrétien pouvant s'enfuir ou se révolter dans les montagnes où l'a confiné la conquête, c'est sur le musulman des plaines que tombe la charge pour l'écraser. Au cours du xix" siècle^ l'effet le plus sûr
cette bureaucratie est de ruiner et de dépeupler les villages musulmans, surtout les villages proprement turcs, sur lesquels pèse en outre tout le fardeau de la conscription ; car les Arabes et les autres peuples islamisés, Druzes, Kurdes, Albanais, Poraaks et Bosniaques, savent défendre leurs privilèges et même se faire payer en argent et en puissance, leur rétive fidélité.
En limitant le pouvoir politique cl social des ulémas, en abattant la féodalité turque, en appauvrissant le cultivateur musulman, la réforme de Mahmoud ébranle les plus sûrs appuis de la conquête, et l'on comprend que, de toute la force de son inertie, l'islam, représenté par les gens de religion, selTorcc d'annuler les effets du nouveau régime :
Mahmoud rencontrait à chaque pas d'insurmontables préjugés relii;ieux et nationaux, qui lui interdisaient Temploi de spt^cialiâtes du dehors... En cherchant autour de lui des coopéraleurs réellement capables et expériinenl»^s, on n'en trouvait auriiii. Pris individuellement, les gens bien intentionnés, honorables et même patriotes, se rencontraient en '•; mais, s'il fallait agir, l'ignorance était chez que chei les autres et, lorsqu'ils arrivaient ftu pouvoir, linlérét ou la peur paralysait en eux toute •••"•rgie .. Le comte d'Orlof disait alors : « Plus j'observe Turcs, plus je suis convaincu qu'ils succomberont sous I ' ' ' ur propre incapacité' ».
CoUo réforme aurait du moins profité au |X)uvoir
<1(' In F*orte, si une longue paix à l'intérieur et à
lérieur eût tourné les efforts de l'autorité centrale
vers la pacification des provinces, si les révolutions