‹ La Révolution TurqueChapitre 6 sur 29 · loi divine réprouve et qui est une des principales · texte numérisé non relu

loi divine réprouve et qui est une des principales

anses de décadence de l'empire.

'..:■. halli-chérif de lH39est un précieux document :

Il décrit avec sagacité les « principales causes de

■lence »>, Hlizam, rouchvfl^ etc. Tous les haitê

i -uivront ne feront que répéter cette description

lu mal, sans imposer le remède.

Le grand-vizir reçoit Tordre de veiller à l'entière exécution de ce haili-chérif; le Sultan prononce « la malédiction céleste sur tous ceux qui oseraient en enfreindre les stipulations »; il fait jurer aux ulémas, cheikhs, imans, pachas, généraux et fonctionnaires, — comme il jure lui-même, — d'observer les lois et règlements et de ne prononcer sur aucun rapport, public ou secret, de la capitale ou des provinces, sans l'avoir soumis aux lois constituées. Il jure en plus « d'accorder le suffrage impérial à toutes les mesures qui seront arrêtées plus tard dans le grand conseil à la majorité des voix ».

Par des ordonnances, subséquentes (1845, 1849, 1850), une université ottomane est créée et des tribunaux mixtes de commerce, mi-partie chrétiens, mi-partie musulmans. Surtout par une troisième ou quatrième Ordonnance Nouvelle, Nizam DJehid (1843), l'armée est une fois encore organisée... Mais le grand-vizir réformateur, Rechid-pacha, est destitué (1841), rappelé (1846), disgracié (1848) et remis en place (1849), au gré des colères ou des craintes du parti religieux : la Turquie nouvelle connaît la même instabilité du pouvoir central que la Vieille Turquie.

Cette grande réforme à l'européenne sert du moins à gagner l'amitié des puissances, surtout de l'Angleterre. Pour sauver la Turquie de l'invasion égyptienne, Londres se coalise avec l'Autriche, la Russie et la Prusse (15 juillet 1840); la flotte anglaise en Syrie et en Egypte impose à Méhémet-Ali le traité de novembre 1840 : l'Arabie, la Syrie et la Crète, annexées récemment au pachalik du Caire, sont rendues aux Turcs; Méhémet-Ali ne garde que l'Egypte.

Mais ce rebelle abattu, dix autres apparaissent : durant tout le xix* siècle, la révolte provinciale continue d'être la conséquence inévitable des réformes. La seule annonce d'un régime nouveau, relève les espoirs des chrétiens, diminue leur patience aux maux héréditaires, exaspère leurs rancunes, les encourage aux réclamations justes ou exagérées. Inversement cette annonce, inquiétant les intérêts et blessant l'orgueil des musulmans, les incite, dans tout l'empire, à l'exercice plus rigoureux des abus traditionnels qu'ils appellent leurs droits ou, dans certaines régions, à la défense de leurs privilèges : en 1844, révolte des Albanais, qui ne veulent pas du service militaire; de 1840 à 1845, cinq années de massacres au Liban; en 1848, révolution des Principautés danubiennes; en 1849, révolte des musulmans de Bosnie, qui défendent leurs iimars contre les percepteurs de dîmes; dans toute la Turquie d'Europe, discussions, rixes, assassinats, vengeances échangées; en Asie, rébellion des Kurdes et des Arabes. Au bout, le massacre ou l'insurrection des chrétiens amène une intervention des puissances. En 1845, les Anglais débarquent en Syrie. En 1848, les Turcs franchissant le Danube, les Russes entrent en Moldavie; la convention de Balta-Liman (1849) installe une occupation mixte, turque et russe, mais livre en vérité le Danube au passage du Tsar.

De nouveau les puissances occidentales s'émeuvent : la querelle des Lieux Saints survenant entre catholiques et orthodoxes, Paris et Londres s'unissent, et la guerre de Crimée sauve la Turquie (1854- 1855). Le traité de Paris proclame l'indépendance et l'intangible intégrité de l'empire ottoman, interdit

à n'importe quelle puissance d'intervenir dans ses affaires intérieures, ferme les détroits à tous vaisseaux de guerre étrangers, interdit tout arsenal dans la mer Noire, neutralise les bouches du Danube, supprime le protectorat russe sur la Serbie et les Principautés, bref refait une Turquie souveraine et non plus vassale de Pétersbourg.

Mais à la tyrannie russe succède la surveillance occidentale. Contre les Russes, les Turcs n'ont obtenu Tintervention de l'Occident que sous promesse de nouvelles réformes. En mai 1853, la Russie exigeant « des garanties solides et invariables dans l'intérêt de l'Église orthodoxe », c'est à toutes les communautés non musulmanes que le Sultan a renouvelé leurs privilèges * :

Depuis mon avènement, mon gouvernement impérial, se ralliant à mes intentions sincèrement bienveillantes et à mes vœux réels, et remplissant les devoirs impérieux de la royauté et de la souveraineté aussi bien que les saintes obligations du Califat, n'a pas cessé d'appliquer ses efforts à assurer aux sujets de toutes les classes une protection particulièrement efficace et à leur garantir la jouissance complète des privilèges dont ils ont été investis de tous les temps pour l'exercice de leur culte et l'administration de leurs intérêts ecclésiastiques.

En février-mars 1854, la France et l'Angleterre envoyant leur ultimatum à Pétersbourg et signant avec la Porte leur traité d'alliance, le Sultan a renouvelé ses engagements : égalité de tous les sujets devant la loi ; admissibilité de tous à toutes les fonc-

1. Voir ces textes dans A. SchopofT, Les Réformes et la Protection des chrétiens.

lions, sans distinction de culte; témoignage en justice accordé aux chrétiens: tribunaux mixtes; abolition du kharadj. En mai 1855, une proclamation de la Porte décrète la levée d'un contingent chrétien :

l.e service militaire étant un devoir pour tous les sujets de l'empire, les sujets non musulmans qui n'y contribuaient pas fourniront un contingent. Eu égard au chiffre des populations musulmanes et à leur habitude de manier les armes, la plus grande partie des forces militaires sera toujours composée de musulmans.

En février 1856, quand les alliés signent au congrès de Vienne les préliminaires de paix avec la Russie, parait le hatti-humayoun de Gulhané (18 février 1856) que les ambassadeurs à Constantinople ont, depuis un mois, examiné, revu, corrigé, et cette « charte de la Turquie nouvelle » n'est que la reproduction d'un mémorandum remis par eux à la fin de janvier.

En 38 articles, ce hatii-humayoun de 1856 confirme et développe le halti- chéri f de 1839 : liberté de culte et privilèges ecclésiastiques (art. ii-xii); égalité de tous les sujets et admission à tous les emplois (xiiixiv) ; liberté d'enseignement (xv) ; tribunaux mixtes, réforme judiciaire et pénitentiaire (xvi-xxiii) ; réforme fiscale militaire et administrative (xxiv-xxxii) ; grand conseil de l'empire (xxxrv -xxxv) ; banques, rouies, canaux (xxxv-xxxvii) :

Art. XXXI. — Aux allocations affectées aux travaux publics viendront se joindre les impositions spéciales, qui seront prélevées sur les provinces appelées^ à jouir de rétablissement de voies de communication.

Art. XXXVI. — Les dispositions de la loi sur la corruption, la concussion et la malversation seront appliquées.

à tous Nos sujets, à quelque classe qu'ils appartiennent et quelles que soient leurs fonctions.

Art. XXXVIII, — On devra s'attacher sans cesse à aviser scrupuleusement aux moyens de mettre à profit les sciences, les connaissances et les capitaux de l'Europe.

De ce haiti-hiimayoun, les seuls derniers mots du dernier article seront respectés : « les capitaux de l'Europe » vont tenir une place chaque jour grandissante dans l'empire; la Finance deviendra, en face du Palais, de la Porte et des Églises, l'une des puissances de l'État. Mais l'article XXXI mérite aussi qu'on s'y arrête : les travaux publics vont compléter le système de concussions, corruptions et malversations, que déplore l'article XXXVI ; désormais, les routes s'ajoutant à la justice, à l'armée et aux impôts, la Turquie aura ses « Quatre Mangeries », — comme d'autres États ont leurs Quatre Contributions, — et jusqu'à nous ce système va durer.

Les réformes de Mahmoud et d'Abd-ul-Medjid n'ont rien changé au régime turc; les réformes d'Abdul-Aziz et d'Abd-ul-Hamid l'aggraveront en le codifiant. Les voyageurs des xvi" et xvii" siècles, Belon, Tournefort et Paul Lucas, s'ils revenaient aujourd'hui, retrouveraient les vieilles « mangeries » dont ils se plaignaient si vivement : l'Empire n'est toujours qu'une terre conquise, dont le Turc ne fait qu'extraire le maximum de revenus.

Seul le conquérant, le Turc de race, a droit aux biens de ce monde, à la vie matérielle, au pain quotidien; l'indigène, converti à l'islam, obtient par tolérance sa part de butin. Mais, en dehors du Turc et du musulman, malgré tous les décrets, lois, règlements et traités internationaux, le sujet ottoman reste lail-

lable et corvéable : depuis le grand-vizir jusqu'au dernier des gendarmes, le personnel de la Porte ne vit que pour « manger », et si l'on veut résumer cet Art de manger en négligeant les recettes accessoires, qui, depuis le simple faux en écritures publiques, vont jusqu'au vol avec effraction, il est Quatre Mangeries : l'armée, la justice, les routes et l'impôt.

Tout musulman dans l'empire doit sept années de service militaire. L'enrôlement des chrétiens, souvent décrété, n'a jamais été requis. Mais les montagnards musulmans d'Europe et d'Asie refusent cet impôt du sang. Les seuls paysans des plaines anatoliennes sont enrôlés : l'état civil n'existant nulle part, il est facile aux agents de la Porte de prendre ou d'exempter qui bon leur plaît, c'est-à-dire qui bien les paie. Le musulman pauvre est donc enrôlé, puis maintenu sous les drapeaux le double ou le triple de son temps réglementaire, et même, il est repris une seconde fois après libération, s'il faut combler les vides que causent les exemptions vendues à d'autres.

Installé dans les garnisons lointaines d'Europe, d'Arabie ou d'Afrique, il est laissé sans solde, sans habits, sans souliers, sans pain : le ministre, les préfets et les officiers pillent les caisses, les magasins et les arsenaux même. Déguenillé, affamé, rongé de fièvre et de syphilis, le malheureux soldat est acculé au brigandage ou à la révolte. En district musulman, il crève longtemps de faim avant de piller l'habitant. En district chrétien, toute caserne devient le fléau du pays à trois lieues à la ronde.

Un Livre bleu de 1856, sur les malheurs du soldat

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