‹ La Révolution TurqueChapitre 9 sur 29 · Protocole, n · texte numérisé non relu

Protocole, n

de s'immiscer soit collectivement, soit séparément dans les rapports de S. M. I. le Sultan avec ses sujets, ni dans l'administration intérieure de son empire.

Trois années se passent: les réclamations territoriales du Monténégro, la révolte de la Crète (1858) et le massacre des chrétiens à Djeddah (13 juillet 1838), la panique financière, Tarrèt du commerce et les menaces de famine sont les seuls effets de ces promesses. Un complot contre le sultan réformateur échoue à la dernière minute. Le 5 octobre 1839, un mémorandum des puissances contractantes exprime « le regret de voir que la Turquie ne s'aide pas par elle-même, qu'elle ne procède pas à une application graduelle et soutenue des réformes, qu'une suffisante impulsion ne se manifeste pas pour atteindre le but marqué par le firman de 1856 ».

Troubles au Liban; indépendance monténégrine; murmures de l'armée, privée de solde; rébellion de Stamboul, privée de pain; troubles en Turquie d'Europe où l'exemple de l'unité italienne encourage les espoirs des nationalités (mai 1860). La Russie, qui commence sa politique panslaviste, demande une enquête internationale sur la situation des chrétiens en Bosnie, Herzégovine et Bulgarie. Londres, qui ne veut pas d'ingérence spéciale dans ces provinces slaves, n'en proclame pas moins la nécessité d'un complet changement ;

Il est impossible de faire des vastes territoires de l'empire une ferme livrée à l'exploitation des pachas. Cette exploitation ne peut pas continuer au profit exclusif de la race conquérante... Sans doute l'habitude des affaires, une ancienne suprématie et même un certain tact, une

certaine force instinctive donnent à la race des Osmanlis une position [privilégiée] sur les autres races de l'empire. Mais il ne faut pas que les Turcs s'endorment sur leur possession actuelle, ni qu'ils s'exagèrent le rôle que cette possession leur attribue. Pour rester à la tête du pays, il faut faire preuve de qualités supérieures.

Paris voudrait qu'une note collective « réveillât l'apathie de la Porte, en témoignant de la sollicitude de l'Europe, comme de sa volonté de voir enfin se réaliser des réformes souvent promises et toujours attendues » : les ambassadeurs seraient « autorisés à ouvrir avec les ministres ottomans des pourparlers sur l'application graduelle du halti-humayoun et l'exécution pratique de ses principales dispositions ».

On se met d'accord pour une tournée du grand-vizir dans les provinces européennes. Kabrizli-pacha, muni de pleins pouvoirs, débarque à Varna : les grands massacres de Syrie le rappellent; l'expédition des Français et l'établissement d'une province privilégiée sous la garantie des puissances présagent le tout proche avenir dont la continuation des troubles menace la Turquie. Londres et son turcophile ambassadeur ne voient de salut pour l'empire que dans un contrôle direct ou indirect, mais efficace de l'Europe :

Un conseil à la fois délibératif, exécutif et judiciaire, aurait pour mandat principal de veiller à l'application des réformes; il se composerait de douze membres nommés pour cinq ans, choisis parmi les fonctionnaires du rang le plus élevé et dont quelques-uns seraient chrétiens.

Une partie des conseillers, investis de pouvoirs très étendus, seraient accrédités dans les provinces en qualité de hauts commissaires; chacun d'eux aurait à surveiller

une circonscription déterminée. Les autres, résidant à Constantinople, prononceraient sur toutes les affaires dont leurs collègues ambulants les auraient saisis. Les ambassades pourrah'nt déférer à leur jugement les fonctionnaires dont elles auraient à se plaindre, et il leur serait loisible d'assister par leurs drogmans à Venquête qu'elles auraient ainsi provoquée.

Le nouveau conseil prendrait à tâche d'organiser tout d'abord une bonne police, de réformer les tribunaux, d'abolir le système des dîmes, d'instituer des écoles qui seraient ouvertes à tous, d'adjoindre partout aux gouverneurs des mustechars (vice-gouverneurs) chrétiens qui de trois en trois mois adresseraient au conseil un rapport faisant connaître les vœux et les plaintes de leurs coreligionnaires 1,

Les rivalités des puissances, surtout la défiance qui s'est mise entre Londres et Paris, empêchent de réaliser ce projet efficace. La Porte s'en tire par l'inspection d'un général en Turquie d'Europe et par la promesse (février 1861) de réformer les dîmes, les autres impôts ruraux et la police provinciale.

La mort d'Abd-ul-Medjid (25 juin 1861) permet de ne rien exécuter.

Les puissances continuent leurs discussions théoriques : Paris tient pour la réforme centralisatrice et persiste à croire que « le haili-humayoun renferme tous les éléments d'une rég-énération ». L'Autriche se rallie à l'opinion du prince GortschakolTqui ne voit de remède que dans le retour aux privilèg^es et au

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