CHAPITRE XW
Des mœurs des nobles.
$I. Des nobles.
Parlons maintenant des biens qui viennent de la fortune, et disons quelles sont les mœurs qui résultent de chacun de ces biens. Les mœurs de la noblesse consistent en ce que celui qui la possède est plus avide d’honneurs. En effet, tous les hommes, lorsqu'ils possèdent un bien, ont coutume d’entasser pour l’accroître ; or la noblesse est un héritage d'honneur légué par les ancêtres !. Le noble est porté à mépriser, même ceux qui ressemblent à ses ancêtres, parce que les choses sont plus honorables et donnent plus de vanité, de loin que de près. On est noble par la vertu même de la race; on est généreux, quand on conserve ce bien qui vient de la nature ; ce qui n'arrive pas généralement aux nobles, dont la plupart au contraire s'avilissent. Il en est des générations humaines comme des fruits qui naissent dans les champs. Quelquefois, si la race est bonne, il naît pendant quelque temps des hommes supérieurs, et puis la race dégénère 3, Les races heureusement douées s’abâtardissent et produisent des caractères extravagants, comme on le voit par les descendants d’Alcibiade et du premier Denys; les natures solides et reposées tournent à la sottise et à la lourdeur d'esprit, comme le prouvent les descendants de Cimon, de Périclès et de Socrate.