‹ La rhétorique d'AristoteChapitre 225 sur 281 · LIVRE III, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XIV

bien, parce qu’on écoute plus volontiers les orateürs vertueux. L'auditeur est attentif, quand on lui présente des choses grandes, qui le touchent personnellement , qui excitent son admiration, ou Jui donnent du-plaisir. ἢ faut donc lui faire croire que telles sont les choses qu’on va lui dire. Pour le rendre inat- ὖ tentif, il faut lui ‘persuader que la question est peu importante, qu'elle ne le touche nullement, qu’elle est triste. Mais il ne faut pas perdre de vue que tout cela est hors du sujet, et s'adresse au jugement perverti d’un auditeur qui écoute volontiers ce qui est en dehors de la cause. Supposez un autre auditeur, vous. n'ayez plus besoin d’exorde, mais d’un exposé sommaire “ἀὰ sujet, qui soit au discours ce que la tête est au corps. II fant aussi, au besoin, rendre l'auditeur attentif dans toutes les par: ties du” discours; ar l'attention se soutient partout àilléurs moins qu’au coinmencement. 11 est donc ridicule de la,recomiimauder au début, lorsque tout le monde écoute avec le plus, d'attention. Ainsi, quand le moment est venu, il. faut dire : « Prêtez-moi votre attention, car ce n'est pas plus mon affaire que la vôtre ; » ou bien : «Je voté dirai la chose la plus terrible que vous ayez jamais entendue ; » ou « la plus ‘admiraz ble. » C’est faire comme Prodicus, qui, voyant ses auditeurs s’assoupir, s'écria qu'il allait dire une chose qu'il n'enseignait que pour cinquante drachmes$. H est bien évident qu’on ne parle pas ainsi à l'auditeur en tant qu’auditeur; car l’homme qui commence à parler accuse toujours ou cherche à détruire les motifs de crainte qu’il peut avoir : « Prince, je ne dirai pas que je suis venu avec empres$ement®; » ou bien; « Pourquoi ces préambules 12? » C’est ce que font aussi ceux qui soutiennent ou semblent soutenir une mauvaise cause. Il vaut mieux alors insister sur tout autre chose que sur la cause elle-même. Aussi les esclves ne répondent jamais à la ques: tion, mais vont chercher des détours et des préambules.. Noùs ayons dit comment on rend l'auditeur bienveillant, et nous avons également fait connaître chacune des choses qui concernent l’exorde. Mais si Homère a dit avec raison : « Faites

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