‹ La rhétorique d'AristoteChapitre 242 sur 281 · LIVRE 1, CHAP. 1, PAGES · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAP. 1, PAGES

61, 1. M. Rossignol ἃ donné, dans le Journal des Savants (septembre 1812), une explication très salisfaisante du mot ἀντίστρυφος ; nous la réproduisons en partie : « Le mot ἀντίστροφος paraît n'avoir primilivement désigné que l’évolution par laquelle le chœur, après être allé de droite à gauché autour de l'autel, retournait de gauchè à droite, Un peu plus tard, en vertu de la même signification , il désigna, dans la languë des philosophes : 1° la conversion qui, dans certaines propositions, substitue le sujet à Pattribut où l’attribut au sujet; 2° la rétorsion qui, dans l’argumentation, consiste à retourner contre l’adversaire les armes dont il s’est servi pour attaquer. Les grammairiens, s’emparant à leur tour d’évriorecoce, l'employèrent pour signifier lé rapport de deux mots composés en sens inverse, comme Θηρικλῆς et Κλεισιθήρα, Πάτροκλος οἱ Κλεοπάτρα, Cependant, comme la préposition qui entre dans ἀντίστροφος a aussi le pouvoir d'exprimer la position de deux objets qui font face et correspondent l’un à l’autre, ce mot fut encore employé pour désigner une ressemblance réelle ou apparente. Mais la signification sous laquelle on le rencontre le plus fréquemment, c’est la signification qui indique une ressemblance apparente. 9

(I, 2. Εἰκῆ ταῦτα δρῶσιν. -- Hésychius, εἰκῆ, ὡς ἔτυχεν, Εἰκῇ ἃ le même sens que ἀπὸ ταὐτομάτου, qui est quelques ligues plus bas, et que ἀτεχνῶς, Soph. Elench., XI, 9.

61, 3. Cicéron a reproduit les mêmes idées, De Oratore, {|| 8. « Etenim cum plerique temere ac nulla ratione causas in foro dicant, nonnulli autem propter exercitationem aut propter consuetudinem aliquam callidius id faciant, non dubium, quin, si quis animadverterit, quid sit, quare alii melius, quam alii dicant, id possit notare. Ergo id qui toto in genre fecerit, is, si non plane-artem, at quasi artem quandam invenérit. » ὁδυποιεῖν Signifie rédiger en ärt, soumettre à une marche certaine et à des règles droites et sûres. Cicéren a dit de même : « Si optimarum artium vias traderem civibus meis. » De Divinatione, IF, 1.

SIT, 4. Aristote considère lPenthymème dans son principe et non dans sa forme. Pour lui, cet argument n’est pas un syllogisme dont une des prémisses est sous-entendue. Que l’argument se compose de deux ou de trois propositions , n'importe. Il y a enthymème toutes les fois que la conclusion est tirée non du certain, mais du probable. Nous ne pouvons mieux faire comprendre cette distinction importante, qu’en citant textuellement ce qu’en dit M. Havet dans son remarquable travail sur la Rhétorique d’Aristote. « Le mot d’enthymème n’exprime pas Simplement, comme chez nous, un accident extérieur du raisonnement, qui. consiste en ce qu’une des deux prémisses n’est pas exprimée ; c’est là une distinction superficielle et sans aucune importance, Quand Aristote appelle l'enthymème le syllogisme oratoire, il entend par syllogisme une déduction rigoureuse et scientifique, par enthymème, un raisonnement fondé sur l'opinion et sur ces probabilités qui suffisent dans la pratique des affaires. C’est ce que toute la Rhétorique fait entendre, et ce qu’il a-exprimé positivement dans les Premiers analytiques, 11,129, 2 : « L’enthymème est un syllogisme fait avec des vraisemblances, ἐνθύμημα μὲν οὖν ἐστὶ συλλογισμὸς ἐξ εἰκότων, » (Havet, Etude sur la Rhétorique d’Aristote, Paris, Jules Deialain, 1846, p. 33.) M. Rossignol a parfaitement défini ces deux caractères de l’enthymème, considéré dans sa forme ou dans son principe, daus un article du Journgl des Savants (octobre 1840).

(H,4#. Dans un dialogue où Solon explique à Anacharsis l’uti. : lité des éxercices du. gymnase, Lueien donne quelques détails eu. rieux sur, la‘police des audiences .de l’Aréopage : « L’accusateur, parle le premier, dit Solon, ensuite l'accusé, Ils peuvent porter :

eux-mêmes la.parole,. ou faire; mônter à leur place des orateurs qui les défendent: Tant que. les orateurs, $e renferment

dans leur cause, le sénat .Jes- écoute. avec patience et tran-- ἢ

quillité; mais s'ils veulent-faire précéder leur discours, d’un exorde, afin de disposer les juges en leur faveur ; s’ils cherchent à exciter la compassion. ou à réveiller l’indignation par des moyens étrangers à l’affaire, ce que font souvent les orateurs-pour séduire les magistrats, aussitôt un. hérant, s’avançant vers eux, leur impose silence, et ne leur permet pas. de dire des inepties en présènce du Sénat, ni d'embrouiller l'affaire par des raisoïnements vagués. (Lucien, ἀγάχαρσις à περὶ luuvaciuv, trad. de Belin de Βα Πα ἢ A l'entrée du tribunal ôn lisait cette inscription + μὴ προοιῤιίαζε, und” ἐπίλεγε, Voyez aussi Quintilfen, /nst. ὅσαι, lib. ΥἹ, et Pollux, VIH, 10. :

SI, 6. C’est à tort que Sturmius et la plupart des commenta-

teurs entendent le mo ἐκκλησιαστής dans le sens de juge ou sénateur. Ce mot désigne le citoyen, en tant qu’il fait partie de l’assemblée du peuple délibérant sur les affaires publiques.

Si, 7. Aristote donne ici le nom de juge, κριτής, au citoyen qui délibère dans l'assemblée. du peuple, à celui qu’il a désigné un peu plus haut par le nom d’ecclésiaste. C’est que l'ecclésiaste est un juge, dans l’acception générale du mot; son suffrage est une sentence qu’il porte dans une affaire où il est lui-même inté-

ressé en tant que membre de l’État. Dans la phrase suivante, Aristote donne au juge véritable le nom d’auditeur, ἀκροατής ; et |

ce n’est pas sans raison. Le juge, en effet, prononce dans des affaires particulières, auxquelles il n’a pas d'intérêt personnel. H a donc toute liberté d’esprit pour écouter les digressions éloquentes d’un orateur qui sort du fait ou de la question, τὰ &o τοῦ

ΝΥ, 8, ἀπόδειξίς ναόν, ἃς démonstration. En di

on démontre de plusieurs manières, selon qu’on s’appuie ; ou sur

les propositions nécessaires , ἐκ τῶν ἀναγκαίων; comme dans 05.

sciences mathématiques ; ou bien sur des propositions généralement admises, ἐξ ἐνδάξων, comme dans la dialectique. Le premier genre de démonstration est, sans contredit, le meilleur ; le sécond, qui a moins de force, est appelé pour celte raison, par Galien, ἐγγὺς ἀποδείξεως, près de la démonstration. Le troisième est la démonstration oratoire, qui est appelée ποῤῥώτερον ἀποδείξεως.

Celui-ci est double : ou bien la démonstration s’appuie sur des .

propositions probables et propres à la persuasion, ἐκ τῶν πιθανῶν, c’est celle de la rhétorique véritable ; ou bien elle tire ses conclusions de quelques signes seulement ou de propositions moins probables : c’est celle de la sophistique.

6 V, 9. L’ensemble de la dialectique se divise, dans Aristote,

en quatre parties distinctes : les premiers analytiques, où il traite

du syllogisme en général ; les seconds analytiques, où il ne parle

que du syllogisme démonstralif; les topiques, où il étudie le syllo-

gisme comme instrument particulier de la dialectique et de la rhétorique ; et enfin les réfutations des sophistes, où il traite du syllogisme apparent, c’est-à-dire des sophismes. ᾿

VI, 10. Topiques, I, 9,

Ç VI, 11: Aristote a posé jusqu'ici, d’une manière ferme et rigoureuse, les principes sévères qui dominent l’art de la parole. Selon lui , l’orâteur ne doit jamais sortir de la question, ni chercher à entrainer le juge, en faisant entendre le langage de l’inté-

rêt ou de la passion. Pourquoi doncsemble-t-il admettremaintenant .

que l’orateur doit étre en état de prouver le pour et le contre? La contradiction n’est qu’apparente; elle est d’ailleurs facile à expliquer. Dans son début, Aristote déclare ce qui doit être; ici, il dit ce qui est. Il ne veut pas tracer l’idée même de l’éloquence, comme Platon l’a fait dans le Phèdre, mais écrire un traité qui convienne à son siècle et à ses concitoyens, dont le goût dépravé force l’orateur à certaines concessions (Cf, liv. III, 1, 14.) C’est pour donner à ce traité ce Caractère pratique, que, dans le premier livre, il traite de l’honnête, du juste, de luatile et de l'agréable ; que, dans le second, il décrit les passions et les troublés de l’âme, et que, dans le troisième, il s’occupe des orne-

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ments da style. Néanmoins: Aristote déclare aussitôt qu’on ne doit pas abuser de l’art de la parole ; et dans la phrase suivante, ainsi que le remarque M. Have, « il confond ensemble les intérêts de la vérité et ceux de l’art, par cette simple remarque que la bonne cause est plus facile à. plaider que la mauvaise, toutes choses égales d’ailleurs. | |

(11, 1. Cicéron traduit les deux mots ἄτεχνοι et ἔντεχνοι par remola et insita. Quintilien, se rapprochant du grec, les rend par inartificialia el artificialia.

Ὁ (HI, 2. J'ai suivi l’interprétation que Vater a donné de ce passage obscur et tourmenté par les commentateurs (Animadversiones ad Arist, Rhet., Lipsiæ, 1794, p. 14,), et la leçon adoptée par Bekker, dans son édition spéciale de la Rhétorique et de la Poëtique, Berlin, 1843, p. 6. Ce texte, ainsi interprêté, nous prouve qu’Aristote pensait, ainsi que son maître Platon, que le véritable orateur doit être nécessairement homme de bien : Οὐκοῦν ἀνάγκη τὸν 5nre— ρἰκόν δίχαιον εἶναι, dit Platon dans le Gorgias. On sait que telle ἃ toujours été l'opinion des grands rhéteurs.

$ IV, 3. Cicéron soutient qu’on ne saurait devenir un orateur parfait, si l’on ne possède tout ce que l’esprit humain a conçu de grand et d’élevé: Ac mea quidem sententia nemo poterit esse omns laude cumulatus orator, nisi erit omnium rerum magnarum alque artium scientiaäm consecutus. (De Oratore, lib. 1, cap. 6.) C’est l’opinion que Crassus, c’est-à-dire, Cicéron lui-même, défend avec beaucoup d’autorité contre l’orateur Antoine. Aristote se montre moins exigeant ; il se contente. de la dialectique et de la politique. Mais, dans l'opinion d’Aristote, la politique est une science très étendue, à laquelle se rapporte tout ce qne l’homme doit connaître et faire, comme membre de la société humaine. Voilà comment, ‘d’après lui, la morale est une dépendance de-la politique.

Δ V,4. Premiers Analytiques, Il, 23, 24, Ô V,5. Topiques, 1, 10,

$V. 6. 11 nefaut pas confondre les Méthodiques avec les Topiques.

: Cet ouvrage, aujourd’hui perdu, est cité par Diogène-Laërce, par

Hésychius de Milet, et dans le commentaire de Simplicius sur-les Catégories d’Aristote.

$ VII, 7. L'enthymème et l'exemple sont les instruments de la preuve ; le premier se tire du général, le second du particulier. Aristote appelle l’enthymème et l'exemple syllogisme et induction oratoires. Entre le syllogisme dé la dialectique et celui de la rhétorique, il y a cette différence que le premier conclut le certain du certain, et que le second couclut le vraisemblable du vraisemblable. L'induction et l'exemple se distinguent en ce que l’induétion conclut la nature du tout de la nature des parties, tandis que l'exemple tire une conclusion particulière de observation d’un fait particulier. Dans l'induction, il y a rapport des parties qu tout, dans l’exemple, rapport de la narlie à la partie.

S VII, 8. Doriée, fils de Diagoras de Rhodes, que Pindare a chanté : dans la septième Olympique, remporta deux fois le prix du pancracé. Thucydide en fait mention dans sôn histoire : ἦν δὲ ὀλυμπιὰς, À Δωριεὺς ῥόδιος τὸ δεύτερον ἐνίχα, C'était lolympiade dans laquelle Doriée de Rhodes fat vainqueur pour la seconde fois. (Thu+ cydide, 1. ΠΠ| Ç 8.) :

6 VIH, 9. Premiers Analytiques, IL, 27.

6 IX, 10. Quintilien a traduit ce passage, Institutions oratoires, V, 2. Sur Denys de Sicile, Pisistrate et Théagène de Mégare, voyez Hérodote, 1,59 ; Aristote, Politique, ΠῚ, 15, et V,5, 10 et suiv. : : τ

$X,11. Μ. Ηδγοί fait bien ressortir l'importance de la distinction établie par Aristoie entre les: arguments spéciaux, τὰ εἴδη, δὲ les lieux communs, οἱ τόποι, « Si la rhétorique, dit M. Havet, n’est qu’une faculté générale indépendante de toute application, un pre= cédé de démonstration: et de persuasion, pour ainsi dire, où pren drait-elle ces notions spéciales, ces opinions et ces principes; sans lesquels elle ne produirait rien, puisqu'elle travaillerait sur rien ? Ce sera dans la philosophie morale et politique ; là est le fonds que l’orateur mettra en œuvre avec l'instrument de l’argumentation,

et c’est ainsi qu’Aristote a pu dire : ta rhétoriquétient à la fais de la dialectique et de la morale, παραφυές τι τῆς διαλεκτικῆς εἶναι καὶ τῆς περὶ τὰ ἤθη πραγματείας, Maïs il n’a point abusé de cette analyse, comme l'ont fait-plus tard les philosophes de son école, reprenant la dialectique d’un côté, la morale et la politique de l’autre, et laissant la rhétorique entre ces deux choses comme un vain mot. Avec moins de rigueur et plus de justesse, il a compris que si la rhétorique, considérée abstraitementet en idée, n’a pas-d’existence à part; si l’orateur, à le prendre de cette manière, n’a pas une science à-lui, il a néanmoins dans la pratique un emploi particulier à faire de la science ; qu’il n’est pas un dialecticien ni un philosophe de profession, mais qu’il emprunte seulement à la philosophie certaines ressources ‘pour venir à boût de certaines difficultés ; enfin, qu’outre la dialectiqué et l’éthique absolue, il y à une dialectique de l’orateur, une éthique de l'orateur, et'que c’est cé qui doit composer un traité de Dr » (Havet, Étude sur la Rhié-

torique os | Ρ. 88 et 35. )" fa M

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