‹ La rhétorique d'AristoteChapitre 244 sur 281 · LIVRE I, CHAP. V, PAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. V, PAGES

1, 1. παράδειγμα signifie exemple, modèle, et par extension règle, mesure.

$1, 2. Au moment où Aristote va entrer dans Île détail des liéux communs qui sé rapportent aux trois genres d’éloquence, il coûvient de définir exactement la signification que les rhéteurs grecs ont donnée au mot τόποι. Aristote appelle ainsi les formes logiques du raisonnement, pouvant s’appliquer à toute matière, aussi bien au droit qu’à la politique, aax sciences exactes qu’à la morale; c'est pour cela que ces lieux sont appelés communs. I donne le nom de εἴδη aux observations, aux faits ou aux idées qui sont la matière du raisonnement, et sans lesquels les formes seraient vides. (M. Havet, Étude sur la Rhétor. d’Arist., p. 34). La rhétorique grecque reconnut plus tard trois espèces de lieux : 1° les lieux logiques, les plus généraux de tous, tels que le genre, le propre, la différence, les antécédents et les conséquents, etc. ; 2° les lieux communs, tels que les sept circonstances contenues dans le vers tech= niqne si connu, Quis, quid, ubi, quibus auæiliis, cur, quomodo, quañdo; 3° enfin les lieux scientifiques, τὰ εἴδη d’Aristote, appelés aussi τόποι ὑλικοί, parce qu'ils renferment en eux-mêmes la matière que traite en particulier un art on une science.

$ I, 3. Aristote décrit le bonheur, sans le définir d’une manière rigoureuse. Il le fait consister dans la réunion de l’utile, du juste et de l’honnète, Il ne conçoit pas que l’homme puisse être heureux sans posséder à la fois la santé de l’âme qui est la vertu, et la vertu du corps qui est la santé. Les stoïciens faisaient consister le bonheur dans la vertu, sans se préoccuper du corps ni des biens extérieurs. Les sectateurs d’Épicure, au contraire, dénaturant le

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système de leur maître, plaçaient le bonheur dans la santé, et dans la possession de ces biens extérieurs. Aristote unit les deux systèmes et les domine. Sa morale embrasse l’homme tout entier; elle est plus complète, plus pratique, et par conséquent plus vraie. Gette analyse peut sembler inutile au premier abord, mais elle provoque la réflexion; elle habitue l’esprit à avoir des idées saines sur les choses de ce monde, et- elle fournit à l’orateur des divisions utiles pour la pratique.

$ 11, 4. Dans le second livre.de la Politique, Aristote développe ce qu'il dit ici de l'éducation des femmes lacédémoniennes : « Le législateur, dit-il, voulait que-la cité tout entière fût‘un ‘modèle de tempérance. Il a réussi quant aux hommes. Quant aux femmes, le but est entièrement manqué. Elles vivent dans la licence; elles se livrent à tous les excès du luxe et de l’intempérance... L'ori- gine de cette grande liberté des femmes de Lacédémone remonte à une cause connue. Les citoyens laissèrent leurs femmes seules pendant les guerres de l’Argolide, de l’Arcadie et de la Messénie, qui durèrent. si longtemps. Lorsque la paix fut rétablie, les maris accoutumés à la discipline des camps, qui ést sous un rapport une école de vertu, se plièrent aisément au joug des nouvelles lois. Mais les femmes opposèrent une si forte résistance, que Lycurguë, dit-on, abandonna ses projets de réforme à leur égard, » (Ariss lote, Palit., L, 9.) Plutarque, dans Ja Vie de Lycurgue, ch. 25, dément en termes formels ce qu'Aristote affirmé de l'éducation des femmes lacédémoniennes. Mais il ne donne aucune preuve à l'appui de ce qu'il avance. Il cile:même une anecdote qui prouve qu'à Lacédémone les hommes se laissaient gouverner par les femmes, ce qu’Aristole avait déjà remarqué. « Une dame-estrangère, devisant avec Gorgone, femme du roi Léonidas, lui dist : « ΤΙ ΠὟ a ferpmes au monde que vous autres Lacédémoniennes qui “ commandiez à vos bommes. * Elle lui répliqua incontinent : « Aussi n’y a-t-il que nous qui portions des. hommes, » (Plutarque, Fie de Luycurque, ch. 26, traduction d’Amyot.) Platon, dans le troisième livre des Lois, confirme l'opinion qu "Aristote nous donne de l'éducation des femmes lacédémoniennes.

ΔΗ, 5, Hérodicus de Sélymbrie, médecin, avait une santéæi

Pisjure du-temps.

CHAP..Y, PAGES 31-51. 403 ? faible, qu'il. était obligé de:suivre le régime le plus sévère. I était

. alteint-de phthisie, à ce que dit Plutarque, Une diète rigoureuse, -

des exercices modérés, l'abstention de toute espèce de. plaisir le firent parvenir à un âge avancé. Voyez Platon, qui en parle dans

. le Phèdre, el dans le ‘troisièmie-livre de la République; Plutarque,

De sera nufninis vindicta, XVIIL. M. Minoïde-Mynas cite aussi les scholies inédites d'Hefmiäs, τὰ 1843; p. δι. "7

IV, 6. La plupart des observations contenues dansce chapitre, sembléront puériles à céax qui n’ouront-pas présentes dans Jeur

“pensée les mœürs.etles institutiôns: de-laGrèce. Ces détails-sur

les qualités physiques du corps, et sur-la vertu agonistique, ‘ser aient déplacés parlout ailleurs que dans une rhélorique grecque. \Mais Lout en reconnaissant. qu'Aristote pouvait. légitimement s’oecuper de ces idées, qui sopt pour nous si étrangères à l’éloquence, noügne saurions disconyenir qu'il les ἃ exposées avec peu dl de τρό-

. hode, οἱ qu'il y ἃ quelque φοπίαβίου dans lés éléments du bonheur.

Peut-être ce. chapitre a-t-il.eu, plus.que les autres, à souffrir de Le" EL

1,1. Καὶ τίς καὶ ποία, — La distinetion de ces deux mots était

. regardée :comme essentielle dans l’école de Socrate. « On ne te

demande pas, Polus, de décrire l’art de Gorgias, mais de.le définir, ἀλλ᾽ ὀυδεὶς ἠρώτα ποία τις εἴη ἡ Γοργίου réyyn, ἀλλὰ τίς. » » (Platon, Gor-

τ gias, vol. 41, sect. 1 de l'édition de Stalbaum, Gothæ et Erfoulis 1828, page 34.) .

S ΠΗ, 2. ἢ κεν γεθήσαι Πρίαμος, nes τε πάϊδές. Aomère ide | 1, 255.)

SI, 8. Aristote dit dans te cquièie livre de la : Politique,

©. presque dans tes mêmes termes : Συνάγει γὰρ τοὺς ἐχθίστους ὁ κοινὸς

“gites, «la crainte commune réürit même les plus grands ennemis.» C'est ainsi qu’à l’époque de l'invasion de Xerxès, les rivalités entre

| des différents peuples de la Grèce farent un moment-suspendues.

. (IL, 4. « C'est la pensée d’un axiome célèbre : Rien detrop, pndiv 4 ya que la Grèce attribuait à l'un des sept sages Ç’est le principe se toute bonne philosophie, mais en particuliér de gelle d'Aristote,

qui est raisonnable avant tout. On sait que dans sa Morale il a placé chaque vertu dans un milieu fixe entre un excès el un défaut, » (Havet, Étude sur la Rhét. d’Arist., p. 40.)

ΝΠ, 5. Kad δέ χεν εὐχωλὴν Πριάμῳ καὶ Τρωσὶ λίποιτε. (Homère, Iliade, 1, 176.)

$ IL, 6. Homère, Jliade, II, 298. Voici le vers entier :

Αἰσχρόν τοῖ δγιρόν re μένειν, χενεόν τε γέεσθαι,

Ces -fréquentes citations d’Homère prouvent, ainsi que le remarque M. Havet, que les poëmes homériques étaient, pour les Grecs, la source de la rhélorique comme de tous les arts.

41Π| 7. Érasme n’a pas compris ce proverbe, qui est tiré de ‘usage où étaient les femmes de la Grèce d’aller à la fontaine chercher de l’eau dans des cruches qu’elles portaient en équilibre sur leur tête, Cet usage existe encore dans tout l'Orient, en Italie, en Gorse, et dans une partie du midi de la France. Quand un homme ne menait pas son entreprise jusqu'au bout, on lui appliquait le proverbe de la femme qui, après s'être donné une grande peine pour aller chercher de l’eau, casse sa cruche à la porte de la maison. C’est dans le même sens que nous disons aujourd’hui : Faire naufrage dans le port.

$ TI, 8. J'admets ici la leçon de Muret, approuvée par. Vater, Animadversiones et Lectiones in Arist. Rhet., p. 43. Ce passage présente des difficultés inextricables, que n’ont pu résoudre Schrader, Comment., p. 67, Buble, t. IV: p. 120, Minoïde-Myras, Trad. de la Rhét. d'Arist., noles, p. 409. M. Rossignol (Examen critique, p. 13, sqq.) a traité ce point avec. beaucoup de sagacité et d'érudition, mais sans arriver à un résultat satisfaisant, [ paraît au reste qu’Aristole citait Simonide de mémoire. Le vers de ce poële ne se trouve pas dans les Analect. de Brunck. Cependant il nous ἃ ὀιό conservé par le scholiaste de Pindare (Olymp. XIU), qui lécrit ainsi : Καορινϑίοισι. δ᾽ εὐ μανίει ro ἴλιον,

$ ΠῚ, 9. Junon, Pallas, Vénus. Aristote en parlera de nouveau dans le second livre de la Rhélorique, ch, 23.

STE, 10. « Voilà bien cette convoitise infinie de l’âme humaine, par laquel'e nous nous refuserions encore au bonheur, quand le

bonheur se donnerait à nous. Cet homme est arrivé presque aux dernières limites où ses souhaits peuvent s'étendre ; on peut dire que ce qui reste au-delà n’est rien; mais ce rien gêne encore son imagination, ce rien gâte son point de vue:

0 si angulus ille Promimus accedat, qui nunc deformat agellum ! «

j'emprunte cette cititation à M. Havet, qui sous le titre modeste d'Étude, ἃ fait, sur la Rhétorique d’Aristote, un travail profond, original, et de beaucoup préférable à de longs commentaires.

11, 1. L’orateur Léodamas est cité avec le plus grand éloge dans le discours d’Eschine contre Cfésiphon : Δεωδάμας ὁ ἀχαρνεὺς, οὐχ ἧττον Δυμοσθένους λέγειν δυνάμενος, ἀλλ᾽ ἔμοιγε καὶ ἡδίων ῥήτωρ, Al était disciple d'Isocrate (Plutarque, Jsocrate) et maître d’Eschine (Plutarque, Eschine). Callistrate était contemporain de Léodamas, Xénophon en parle (Hellen.; liv. VE). Chabrias et Iphicrate furent accusés de trahison par Léodamas. Voyez Démosthène, Discours contre la loi de Leptine.

$ 11, 2. Pindare, Olympiques, I, 1.

Φ 11,3. Dans le second livre de la République de Platon, Glaucon applique le procédé d’Aristote à la peinturé du juste et du méchant poussés tous deux jusqu’à l’excès, jusqu’à l'idéal. En lisant ce passage sublime, il nous semble, contrairement à l'intention de Glaucon, que le sort du juste tombé dans l’abime du malheur est préférable à celui du méchant comblé des faveurs de la fortune.

$ LIL, 4, Voyezle développement de cette vérité dans le Gorgias. Dans le Criton, Socrate soutient qu’il vaut mieux être puni selon les lois qu’échapper aux châtiments qu'elles infligent.

S IV, 5. Le texte d'Homère présente quelques variantes, soit qu’Aristote cite de mémoire, soit qu’il ait suivi une leçon plus ancienne :

Τέχνα δὲ τ᾿ ἄλλοι ἄγουσι, βαϑυζώνους τε γυναῖκας, (Iliade, IX, 592-595.)

. Ἂν FIV, 7. Cette cite "3 page 1761 dé son Commentaire sur Homère, mais. 4 50.

. « le festin on but,

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