‹ La rhétorique d'AristoteChapitre 29 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE Υ · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE Υ

de force, ne sera ni sans souffrance ni sans incommodité, et sans la faveur de la fortune, il ne pourrait subsister longtemps. Il y a un autre moyen de prolonger la vie, même lorsqu'on manque de force et de santé; car beaucoup vivent longtemps sans avoir une bonne constitution ; mais il est inutile d’insister sur ce point pour le moment.

$ IV. Des biens qui nous viennent de la fortune.

On saura ce qu’il faut entendre par le nombre et la qualité des amis, en donnant une définition de l’ami. L'ami est celui qui s'attache à faire pour un autre ce qu’il pense lui être avantageux. Avez-vous beaucoup de personnes ainsi disposées à votre égard, vous avez de nombreux amis ; sont-ils vertueux , vous en avez d'excellents. La bonne chance fait que les biens qui viennent de la fortune nous arrivent ou nous restent, ou tous, ou la plupart, ou les plus importants. Parmi les biens de la fortnne, il en est quelques-uns qui dépendent des arts, d’autres qui n’en dépendent pas; tels sont ceux qui nous viennent de la nature; il peut se faire même que la nature n'y soit pour rien; si c’est elle qui nous donne la beauté et la taille, c’est un art qui nous donne la santé. En général, les biens qui nous viennent de la fortune sont ceux auxquels s'attaque l'envie. C’est de la fortune que viennent aussi les biens qui nous arrivent au hasard et sans raison. Donnons des exemples : les autres frères sont laids, celui-ci est beau; les autres n’ont pas vu le trésor, celui-ci l’a trouvé; la flèche a frappé celui qui était à côté, et non celui qu'on visait; ou bien enfin, celui qui fréquentait un lieu est le seul qui n’y soit pas allé, et ceux qui n’y étaient allés qu’une fois y ont péri. Dans tous ces exemples, il semble voir autant de faveurs de la fortune. Comme la vertu est le lieu commun qui convient le plus aux éloges, nous ne la définirons que lorsque nous parlerons de la louange. On voit maintenant quelles sont les considérations relatives à l'avenir ou au présent, dans lesquelles doit entrer l'orateur qui conscille. Celui qui dissuade doit entrer dans des con-

sidérations contraires 6.

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