LIVRE I, CHAPITRE VI
ment ; j'appelle facile tout ce qui se fait ou sans peine ou en peu de temps; car la difficulté se détermine par la peine ou par la longueur du temps : celles qui arrivent comme on veut; or, on veut une chose, ou lorsqu'elle n’est mauvaise en rien, ou lorsque le mal est moindre que le bien, ce qui arrive, par exemple, quand la punition qu’elle attire est cachée ou légère : celles qui nous sont propres, que nul autre ne possède, ou qui sont d'une qualité supérieure; l'honneur en est ainsi plus grand : celles qui nous conviennent, c’est-à-dire, qui sont en rapport avec notre naissance et nos moyens : celles dont nous croyons manquer, si petites qu’elles soient, car nous ne les en désirons pas moins !° : celles qui sont faciles à bien faire, car elles sont possibles en tant que faciles ; et j'entends par là celles dans lesquelles tous ont réussi, ou beaucoup, ou ceux qui nous ressemblent ou ceux qui sont plus faibles : celles qui seront agréables à nos amis et désagréables à nos ennemis : celles que font de préférence ceux que nous admirons : celles pour lesquelles nous nous sentons des dispositions naturelles ou acquises ; car nous espérons y réussir plus facilement : celles qui ne sont approuvées par aucun méchant; car elles en sont plus louables : celles pour lesquelles nous avons du penchant, parce qu'elles nous semblent, non-seulément agréables, mais encore plus avantageuses : et enfin, par-dessus tout, celles qui sont l'objet de la passion particulière de chaque homme, comme la victoire pour celui qui aime à‘vaincre, l'honneur pour l'ambitieux, l'argent pour l’avare, et ainsi des autres. Voilà d'où il faut tirer les preuves touchant le bon et l’utile.