LIVRE I, CHAPITRE XII
$ LI. Circonstances propres à favoriser l’injustice.
On commet facilement les injustices qu'ont l’habitude de commettre ou tous les hommes ou le grand nombre, parce qu'on espère en obtenir le pardon. On dérobe les choses faciles à cacher; telles sont celles qui se consomment vite, comme les choses bonnes à manger : celles dont on pent facilement changer la forme ou la couleur, ou qu'on peut dénaturer par les mélanges : celles qu’on peut aisément faire disparaître de plusieurs manières ; telles sont les choses d’un transport facile, et qu’on peut cacher dans un petit coin : celles dont le coupable possédait déjà un grand nombre tout-à-fait semblables et difficiles à reconnaître. On est porté à commettre les injustices dont n’osent pas se plaindre ceux qui en sont victimes, comme sont les outrages d’une épouse infidèle, ou ceux qu'on fait à nous-mêmes ou à no$ enfants : toutes les injustices contre lesquelles on ne peut réclamer sans passer pour aimer la chicane; par exemple si elles n’ont pas d'importance ou si elles méritent pardon. Voilà à peu près dans quelles circonstances, en quoi, contre qui et pour quoi on commet l'injustice.