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L’avoir improductif de l’Etat (le domaine public

Un distingué statisticien, Mr. le dr. I. N. Angelesco s’est

livré à une étude approfondie sur l’estimation de notre avoir national l). Il observe, avec juste raison, qu’en Roumanie, où nous n’avons pas d’impôt sur le revenu, où il n’existe pas de statistique des successions, on ne peut recourir, pour évaluer l’avoir national, qu’à deux méthodes : à celle de la capitalisation des revenus ou à l’estimation directe; parfois, pour certaines catégories, on doit se contenter des chiffres du rendement probable des diverses branches de production. Mr. Angelesco estime notre avoir national à 26 milliards de lei.

Ô Avutia nationalâ a României. — Bucuresti. Imprimeriile Independenta. 1915.

Voici ses évaluations:

Propriété foncière rurale (y compris les

forêts et les pêcheries) .

Propriété foncière urbaine .

Chemins de fer, flotte .

Richesse minière .

Fond industriel et commercial . . . .

Métaux précieux, monnaies et créances sur l’étranger ...... .

Total . .

En déduisant de ce total 2.200.000.000 lei comprenant la dette publique— détenue en grande partie à l’étranger — il resterait comme valeur totale de notre avoir national 26 milliards

Mr. Angeiesco prend comme base de son évaluation, pour la propriété foncière rurale, la production brute qui a été estimée un milliard trois cents millions ; en évaluant le coût moyen de production à 90 lei par hectare, on arrive pour 6.000.000 de hectares à une dépense de 540 millions. Il résulterait donc comme rendement net de la production agricole 760.000.000 lei. En capitalisant ce revenu net à 5 %, la valeur de la propriété foncière rurale serait de 15 milliards; à cette somme on devrait ajouter la valeur des pâturages (un million de hectares) des forêts et des pêcheries. On arriverait ainsi au chiffre de 19 milliards 100 millions.

Cette évaluation nous parait exagérée. D’abord comme l’observe A. Wagner J) „la statistique de la production nationale est, même dans les Etats civilisés de l’Europe occidentale et centrale, dans un état déplorable: on ne peut avoir aucune confiance dans les données qui concernant la production agricole et à plus forte raison la production industrielle* .

11 ne faut pas oublier, non plus, que pour déterminer la valeur vénale d’une terre, en monnaie, il faut prendre en considération la rente moyenne de cette terre et non son rendement total, comprenant la rente du propriétaire et le bénéfice du fermier ou du propriétaire quand il exploite lui même sa terre, bénéfice indépendant delà rente. En prenant comme base le revenu global on arrive naturellement à des chiffres très élevés.

Nous trouvons tout aussi exagéré le chiffre de 5 milliards pour notre fonds industriel et commercial.

Certes de pareilles évaluations sont très difficiles; n’avant ni cadastre, ni impôt sur le revenu, nous préferons recourir à l’estimation directe et à la capitalisation à 4 % sur la base des revenus constatés par le recensement fiscal,

9 Les fondements de l’économie politique II p. 134.

LA FORTUNE NATIONALE DE LA ROUMANIE

en tenant compte bien entendu, des erreurs qui doivent se glisser dans une pareille opération.

D’après le recensement de 1910 le revenu de la propriété rurale jusqu’à 10 hectares était de . . 128.067.040 lei Le revenu des terres exploitées en régie

(au dessus de 10 hectares) . 91.168.883 *

Le revenu des terres affermées .... 75.727.585 „

Le revenu des terres des propriétaires

domiciliés à l’étranger . 4.329.452 „

Le revenu des forêts exploitées en régie 1.412.525 „

Le revenu des forêts affermées .... 8.086.623

Total des revenus . . . 308.792.1081)lei

En calculant le capital sur une base moyenne de 4 % de revenu, nous obtenons le chiffre de sept milliards 500.000.000 comme valeur de la propriété rurale (sans les forêts)2).

Il faut observer que depuis 1910 la valeur de la propriété rurale a augmenté d’une manière considérable par suite de la prospérité économique du pays et à cause du prix des céréales, qui, après un fléchissement en 1910 et 1911, ont repris un cours très rémunérateur.

Ainsi un vagon de blé qui se vendait en moyenne 1.780 lei en 1910 s’est vendu 1.810 lei en 1911 et 1.940 en 1912 ; le vagon de maïs qui se vendait 1.105 lei en 1910 s’est vendu au prix de 1.200 en 1911 et 1.395 en 1912. Les armées 1913 et 1914 ne peuvent être prises en considération à cause de la fermeture des Dardanelles; quant aux prix de 3.200 lei pour le. blé et de 2.800 pour le maïs obtenus en 1916, ce sont des prix exceptionnels ; ils auront quand même pour résultat, par le fait d’avoir procuré de très grands bénéfices aux agriculteurs, d’accroître le prix des terres.

On peut donc, sans aucune exagération, majorer de 20 % la valeur de la propriété rurale, par rapport au recensement de 1910. Nous obtenons ainsi le chiffre de 9 milliards.

Nous devons aussi majorer au moins de 100 °/0 la valeur des forêts qui ne sont exploitées qu’en partie. Il faut donc ajouter encore environ 500 millions 8).

0 Ces chiffres nous ont été communiqués par le bureau des contributions directes du Ministère des finances. Le total des revenus, sans les forêts, est de 299.292.960 lei. C’est ce revenu que nous avons capilalisé à 4°/o.

2) La terre a augmenté de valeur par suite des demandes de la Caisse rurale, des Associations paysannes etc. Mr. Constantin Eratiano, directeur du Crédit rural, est d’avis, dans son Rapport au Conseil d’administration, que le taux de capitalisation devrait être fixé à 4%. Nous avons adopté ce taux.

3) Le revenu des forêts, d’après le recensement, est de 9.499.144 lei. En

Etant donné, en outre, que les évaluations du revenu imposable sont toujours inférieures à la réalité1), le chiffre sus-énoncé doit être considéré comme un minimum ; en admettant que les évaluations ne seraient quede20°/0 en dessous de la réalité, le chiffre réel de la valeur de la propriété rurale (forêts y comprises) ne saurait être inférieure 11 milliards quatre cents millions.

Les vignes, en superficie de 106.456 hectares et les vergers, d’une etendue de 78.000 hectares peuvent être évalués à 400 millions.

Les terrains inondables ont été estimés 500.000.000 ‘2).

Nous arrivons ainsi à un total general de 12 milliards 300 millions.

Mr. M. Çerban dans un ouvrage remarquable3) a essayé aussi à évaluer notre capital agricole. Il prend comme base les prix maxima établis pour chaque district par les commissions régionales pour Tannée 1912, prix au dessus desquels il est interdit de conclure des contrats de fermage pour des surfaces inférieures à 20 hectares; ces prix moyens sont de 49,45 lei par hectare pour les terrains de labour, 56, 63 pour les prairies et 35, 73 pour les pâturages, ce qui fait revenir le hectare de terre de labour à 989 lei, les prairies à 1121 et les pâturages à 909 lei le hectare. Le prix moyen par hectare des terres achetées par la Caisse rurale en 1912 a été de 957 lei : les pâturages ont été offerts au prix de 724 lei le hectare.

En appliquant les prix établis par Mr. Çerban à la totalité des terres cultivées (ensemencées et prairies) nous arrivons à un total de . lei 7.600.000.000

En ajoutant la valeur des forêts (propriété privée) d’une étendue de 1.600.000 hectares4) et en évaluant ces forêts, d’après le revenu constaté par le recensement avec la majoration sus-mentionnée, ainsi que la valeur des vignes et des terrains inondables on a le chiffre de . . lei 1.400.000.000

Total ... lei 9.000.000.000

le capitalisant à 4% et en majorant la valeur de 100 °/o nous obtenons un chiffre se rapprochant d’un demi-milliard.

9 Voir le Rapport sur le recensement fiscal de 1905 par M. Capitaneanu.

2) Rapport de Mr. Vintila Bratiano sur le budget pour l’exercice 1916—1917.

3) Problemele noastre social agrare, studii dm domeniul politicei economice §i sociale par Mihai Serban, profesor agronom. — Bue. 1914. p. 57 — 68.

4) Rapport de l’administrateur de la Caisse des forêts.

LA FORTUNE NATIONALE DE LA ROUMANIE 97

Nous arrivons ainsi à un chiffre qui diffère sensiblement de celui obtenu par le calcul basé sur le recensement fiscal. Mais les calculs de Mr. Serban ne tiennent pas suffisamment compte de l'augmentation de la valeur de la terre et du fait que ce sont les terres les plus mauvaises qui ont été offertes en vente à la Caisse rurale.

Il faut ajouter à ce chiffre, comme faisant partie de la fortune rurale, en dehors des terres, la valeur du bétail

estimée par Mr. Çerban à . lei 616.000.000

la valeur des machines agricoles .... „ 311.000.000 ainsi que la valeur du capital circulant1). ., 300.000.000

Nous avons un total de ... . lei 1.227.000.000

On peut admettre, en chiffres ronds, pour la tolalité de la propriété rurale une valeur de 13 V2 milliards ; notre évaluation diffère de plus de trois milliards de celle de Mr. Çerban et de près de cinq miliards de celle de Mr. le dr. I. N. Angelesco.

Le revenu des propriétés bâties étant, d’après le même recensement, de 100.153.138 lei, le capital correspondant ne peut être inférieur à S milliards .

La Roumanie, Bucarest surtout, traverse une crise de la propriété bâtie d’une grande intensité. Elle consiste dans un manque général de logements et, par suite, dans une augmentation des loyers, souvent en disproportion flagrante avec la valeur des immeubles2).

Cette crise est si intense que le gouvernement a été obligé d’édicter une loi pour défendre l'augmentation des loyers pendant la durée de la guerre ainsi qu’un an après la conclusion de la paix.

Il y a 15 ans la propriété bâtie avait subi une dépréciation très sensible. On a vendu, en 1902, par l'intermédiaire de la chambre de Notariat 543 immeubles grevés de charges hypothécaires pour une valeur de 25.420.287; le prix auquel ils ont été adjugés n’a atteint que 13.768.183 lei. En 1903 les charges d’immeubles vendus sur requête de la justice

9 Ce capital se décompose ainsi, d’après Mr. Serban : valeur des semences 100 millions ; valeur des fourrages pour le bétail pendant une année 280 millions (chiffre exagéré), valeur du numéraire nécessaire à l’exploitation : 120 millions.

2) Dans notre évaluation nous n’avons par compris les bâtiments ruraux. Nous avons englobé leur valeur dans celle de la propriété bâtie en général.

étaient de 28.871.604 lei et on n’a réalisé aux enchères que 18.140.627 lei.

•Cette énorme dépréciation était la conséquence d’une abondance de constructions, édifiées le plus souvent avec de l’argent emprunté sur hypothèque en 1er et en 2ème rang ; la crise agricole de 1899 a opéré la liquidation de ces spéculations dans les plus mauvaises conditions pour les propriétaires débiteurs.

La situation est toute autre aujourd’hui; la population des villes a augmenté considérablement1), une série de bonnes récoltes a répandu le bien-être dans toutes les classes ; le progrès de l’industrie a donné naissance à une nouvelle classe de locataires aisés; la cherté des matériaux et de la main d’œuvre a obligé les propriétaires à augmenter les loyers ; on peut, sans exagération, affirmer que ces loyers, surtout dans les grandes villes, ont doublé et parfois triplé en 15 ans.

La valeur de la propriété urbaine doit être donc supérieure à celle indiquée par le recensement de 1911 2).

Nous maintiendrons pourtant le chiffre de 2 milliards.

Tout le monde comprendra que ces calculs sont très approximatifs, et que même dans les pays à services statistiques très bien organisés, les appréciations du quantum de la richesse publique varient beaucoup.

Un mode plus certain d’évaluation consisterait dans l’établissement exact de la valeur des successions et des donations, de l'annuité dévolutive , ainsi que la nomme très bien Mr. A. de Foville dans son étude sur «la Richesse de la France».

Cette annuité dévolutive, multipliée par la durée normale pendant laquelle une génération peut jouir de ses biens, nous donnera la valeur totale de l’avoir public.

Chez nous, bien que nous ayons un impôt sur toutes les successions, pareil calcul n’a pas encore été fait. Dans

Population

Population

en 1900

en 1911

) Bucarest .

Galatz .

Braïla .

PJoeshti . .- .

Craïova .

Constantza .

3) Le recensement a englobé sous le nom de propriété bâtie, aussi les bâtiments des propriétés rurales.

LA FORTUNE NATIONALE DE LA ROUMANIE

la statistique des successions de 1905, on trouve quelques données; mais elles ne peuvent que très faiblement éclaircir cette question.

Les successions imposées en conformité de la loi de 1900 et pour lesquelles des taxes ont été payées, au cours de années 1900 à 1903, représentent une valeur de 333.364.456 lei ou une moyenne annuelle de 83.341.114. La valeur des donations rentre dans ce chiffre avec 13.093.040 lei.

En total une moyenne — successions et donations — de 86.677.114 lei.

La valeur réelle de toutes les successions ne peut être connue néanmoins, parce que la direction de la statistique ne nous indique pas la valeur des héritages inférieurs à 2.000 lei des parents en ligne directe, héritages exempts de taxes. En tout cas nous sommes convaincus que les évaluations des avoirs successoraux sont au-dessous de la réalité.

Multipliant par 30, durée moyenne d une génération, les 86.679.114 lei nous avons un capital de 2.600.313.420 lei,

Si nous ajoutions également les petits héritages, ceux de 2.000 lei en ligne directe, en les comptant pour une somme analogue — ce qui est certainement très exagéré — nous arriverions à un capital de 5 milliards 200 millions p mr l’avoir mobilier et immobilier du pays en 1903, chiffre contredit par toutes les autres données relatives à cette époque.

Des évaluations plus rigoureuses s’imposent, et nous espérons que la statistique du timbre et de l’enregistrement nous fournira à l’avenir tous les renseignements qui nous manquent.

Jusqu’alors nous ne pouvons disposer d’autres données plus précises que celles dont nous nous sommes servis plus haut pour calculer la richesse du pays.

Une valeur très importante est constituée par les terrains pétrolifères; la plupart de ces terrains ont été donnés par les propriétaires en concession à des sociétés étrangères. Le droit du concessionnaire à exploiter le pétrole est un droit réel mobilier; le législateur a été obligé, étant données les restrictions constitutionnelles imposées par l’article 7, à le déclarer tel. C’est de cette manière que les étrangers ont pu exploiter le soussol des propriétés rurales. Une partie seulement de ces terrains est mise en valeur, surtout dans les départements de Prahova, Buzeu et Dimbovila en Valachie et Bacau en Moldavie. D’après la pro luction actuelle — susceptible pourtant d’un grand développement à l’avenir — on peut les estimer, au bas mot, à un milliard.

La fortune industrielle du pays peut aussi être estimée à un milliard 300 millions au minimum : près de 500 millions sont investis dans les affaires pétrolifères parles sociétés d’extraction, de raffinage et de commerce du pétrole et au moins 500 millions représentent la valeur des autres installations industrielles (838 fabriques). La «Statistique des sociétés par actions en Roumanie» publiée en 1913 par le Ministère du Commerce et de l'Industrie, indique le chiffre de 908.784.261 lei représentant l’actif de toutes les sociétés industrielles, y compris les sociétés pétrolifères. Depuis les derniers bilans de 1912 de nombreuses sociétés nouvelles ont été formées en Roumanie; le capital des anciennes sociétés a été augmenté. Il faut ajouter au chiffre des 908 millions, celui représenté par les industries appartenant à dos associations en nom collectif ou à des firmes individuelles. En tenant compte du passif de cet ensemble, le chiffre de un milliard pour l’avoir industriel, ne nous parait pas excessif. A ce chiffre il faut ajouter 300 millions la valeur du capital circulant (matières premières, combustible, etc.).

Nous ne devons pas omettre de cet inventaire l’avoir commercial des sociétés en nom collectif et des firmes individuelles. Nous avons peu de données à ce sujet; pour arriver à un résultat, se rappochant un peu de la réalité, il faudrait compulser le „ Moniteur Officiel a ainsi que les dossiers des tribunaux pour se rendre compte du capital des commerçants, du stock des marchandises, établi d’après les derniers bilans etc. et, en déduisant les dettes, évaluer l’actif — travail gigantesque et absolument impossible à exécuter.

On doit se contenter, pour ce chapitre, d’un chiffre arbitraire, mais que nous estimons bien au dessous de la réalité: cinq cents millions. Etant donné que les importations en Roumanie se chiffrent, en moyenne, par un demi milliard et que les marchandises sont livrées généralement à crédit, on peut estimer le stock réellement payé au tiers de la valeur importée; à ce stock il faut adjouter la valeur des marchandises créées ou confectionnées dans le pays par nos artisans et nos ouvriers; on peut l’estimer encore à cent cinquante millions ; en ajoutant le capital constitutif des commerçants, le fonds de roulement, les installations, véhicules, avances, achat de matières premières etc. on arrive à un chiffre qui ne peut être estimé à moins de cinq cents millions.

On pourrait aussi évaluer l’actif commercial (stock de marchandises et petite industrie) en supputant le revenu de chaque catégorie de patentés. Il y a en Roumanie 114.119 patentés payant un droit fixe de 3.197.480 et un droit

LA FORTUNE NATIONALE DE LA ROUMANIE

proportionnel de 2.449.469 lei, soit au total 5.646.950 lei. Pour l’exercice 1916—1917 le revenu des patentes a été évalué à 9.000.000. En déduisant le tiers de cette somme soit 3.000.000 représentant la taxe de 5°/0 sur le bénéfice des sociétés anonymes — pour ne pas faire double emploi — on arrive à un total de 6.000.000. En admettant que la taxe frappe de 5°/0 le bénéfice des commerçants et des industriels, ce bénéfice ne peut être inférieur à 120.000.000. La valeur du fonds doit être au moins quatre fois supérieure au quantum des bénéfices. Nous arrivons, par ce procédé, au même capital de 500.000.000.

Quel peut être maintenant la valeur de notre capital mobilier? C’est une question très délicate, qui demande pour être résolue, beaucoup de circonspection. On risque beaucoup dans l’évaluation delà fortune mobilière, représentée par des titres, de faire souvent double emploi. Mr. Emile Costinesco a essayé de grouper en 1902 les émissions de nos Crédits rural et urbain ainsi que des diverses sociétés par actions et de calculer la valeur des emprunts particuliers et le numéraire des entreprises et est arrivé à un milliard. En 1910 Mr. E. Costinesco a refait ses calculs à l’occasion de la présentation de son projet de loi établissant l’impôt sur le revenu.

Voici les chiffres qu’il nous donne1):

Emissions des Crédits fonciers . 514.770.000

(Rural, Urbain de Bucarest, Urbain de lassy).

Obligations du Crédit communal et départemental .... 121.330.000

„ de la Caisse rurale . 28.950.000

„ du Crédit viticole . 4.170.000

Trois rentes intérieures de l’Etat . 72.880.000

Rente émise pour les pâturages et l’achat de forêts .... 5.700.000

Rentes extérieures rentrées dans le pays . 150.000.000

Obligations des emprunts communaux . 75.000.000

Actions des sociétés financières, commerciales et industrielles se trouvant dans le pays ainsi que le capital des

banques populaires . 300.000.000

Prêts hypothécaires et privilèges . 86.000.000

„ sur gage de marchandises et autres2) . 60.000.000

„ chirografaires . 190.000.000

Total . . . 1.608.800.000

>) Page 41 de l’Exposé des motifs.

2) Les gages sur titres ont été omis de cette rubrique car les titres gagés figurent dans cette liste.

Ces chiffres doivent être révisés aujourd’hui.

Les émissions des Crédits fonciers s’élèvent à 671 .384.487 leL

Les obligations du Crédit communal et départemental se chiffrent par 169.745.700.

Les obligations de la Caisse rurale représentaient en 1915, 101.194.600.

Dans les deux dernières années près de 100.000.000 de rentes extérieures sont rentrées dans le pays et le nouvel emprunt intérieur a produit un peu plus de 400 millions; les actions des sociétés financières, commerciales et industrielles se trouvant dans le pays ont augmenté d’au moins 100.000.000 de lei.

Nous approchons certainement du chiffre de deux milliards et demi pour les valeurs mobilières.

Toutes ces valeurs ne constituent pas un capital national, car le même capital se présente sous des formes diverses et l’on prend chacune de ces formes comme étant un capital propre, quoique toutes ensemble ne soient que les différents aspects d’un même et seul capital, puisque les valeurs immobilières ne sont que les titres représentatifs de choses concrètes, déjà comptées à part ou bien des assignations sur ces richesses sous forme d’obligations, d’actions, lettres de change, etc.

Ainsi les lettres foncières peuvent constituer une richesse pour leurs possesseurs, mais elles représentent une dette pour les propriétaires de terres et de maisons. Les actions industrielles représentent les usines, fabriques, ateliers qui figurent déjà dans l’avoir national. Ce sont des titres représentatifs. Tout le capital mobilier considéré comme capital national ne peut dépasser un milliard, à ne considérer que la richesse mobilière qui crée de l’activité, sans représenter une diminution dans l’avoir de l’Etat ou d’une catégorie de particuliers.

A cet inventaire il faut ajouter les biens ne produisant aucun revenu, mais qui n’en représentent pas moins un capital assez important : meubles, bijoux, objets d’art, automobiles, animaux de luxe.

Pour évaluer ces biens vous n’avons absolument aucun élément sérieux d’appréciation et sommes réduits encore aux conjectures. Ainsi d’après M. René Pupin1) la valeur locative de la propriété bâtie est estimée en France à 3.672 mitions; en Roumanie elle est estimée à 100.153.138 d’après le recensement fiscal de 1910; elle doit être aujourd’hui d’au moins 120 millions, elle représente donc une valeur trente fois moindre

9 La Richesse de la France devant la guerre.

LA FORTUNE NATIONALE DE LA ROUMANIE

que la valeur locative de la propriété bâtie française M. Pupin estime la valeur du mobilier français à 2.093 millions1); en faisant la proportion, la valeur de notre mobilier serait de 67.000.000 ; étant donnée la différence de richesse ce chiffre devrait être abaissé à 50 millions lei.

Le même auteur estime la valeur des bijoux, pièces d’orfèvrerie et pierres précieures, pour la France, à 3 milliards ; en tenant compte du nombre de la population et de la différence de richesse, il doit y avoir en Roumanie pour 100 milions d’objets précieux.

Les automobiles au nombre de deux mille valent 20 millions.

Les autres véhicules ainsi que les animaux de luxe peuvent être estimés encore 10.000.000.

Les navires et la batellerie appartenant à des particuliers doivent valoir au moins 20.000.000.

A tous ces chiffres nous devons ajouter le stok monétaire; le dernier bilan de la Banque Nationale2) accuse une encaisse métallique or de 450 millions.

Les monnaies d’argent en circulation représentant un chiffre de 75 millions; en dehors du stock de la Banque Nationale, le stock d’or en circulation dans le pays doit être très restreint; l’agio extraordinairement élevé de 30—40 et même de 50% l’a fait affluer dans les caisses du Ministère des finances (pour le paiement des taxes douanières d’exportation qui devaient être payées en or effectif) et de là dans le trésor de la Banque.

Il nous reste à évaluer l’avoir de l’Etat. Le domaine privé de l’Etat roumain est très vaste et très varié. En première ligne nous compterons le réseau des chemins de fer d’une étendue de 3548 kilomètres qui ont coûté 1.060.058.513 lei.

En seconde ligne nous comptons les forêts qui appartiennent à l’Etat et qui ont une surface de 1.042.000 hectares 2).

Mr. l’administrateur T. Coudalbu estime «en tenant compte de la surface du domaine forestier de l’Etat que les revenus qui ne sont aujourd’hui que de 8.000.000 devraient être, avec une exploitation rationnelle, d’au moins 25 millions. Le manque de routes est la cause principale de la mauvaise

0 En valeur vénale et non au prix d’acquisition.

2 ) Rapport de l’Administrateur de la Caisse des forêts 1914, page 5.

exploitation de nos forêts. Elles représentent certainement une valeur de 500.000.000 1)».

Les pêcheries de l’Etat rapportent 4.000.000 par an. Il faut déduire de ce chiffre les frais de régie; on peut les estimer à 60.000.000.

Les terres de culture de l’Etat sont affermées 9.000.000 lei. Leur valeur est de 200.000.000. Nous ne pouvons pas faire entrer en ligne de compte les terres vendues en lots et dont le prix (capital et intérêt) est encaissé pas annuités. Ces annuités prendront fin dans un laps de temps déterminé.

L’Etat roumain possède encore des salines qui lui rapportent près de 10.000.000 par an ; des mines de lignite et des carrières qui lui rapportent 600.000 lei. On peut les estimer à 100.000.000.

On doit compter encore à l’actif de l’Etat, la flotte commerciale (service maritime et fluvial) les docks, les fabriques de tabac, d’allumettes, l’arsenal et les autres établissements militaires, le chantier de Turnu-Severin, l’imprimerie de l’Etat, les établissements balnéaires, etc.

Tous ces biens peuvent être estimés encore 100.000.000. Il est plus difficile d’estimer la valeur des terrains pétrolifères de l’Etat, qui possède, à Moreni surtout, des gisements d’une grande richesse mais qui ne sont pas encore exploités. Nous ne croyons pas être au dessus de la vérité en les évaluant à 300.000.000.

En additionnant tous ces chiffres on arrive pour l’avoir de l’Etat, productif de revenu, à 2.320 millions.

Cet avoir à sa contre-partie dans la dette publique de l’Etat qui, étant placée en grande partie à l’étranger, doit être déduite (au moins pour cette partie) du capital national. Cette dette s’élevait au 1-er Avril 1916 à 1.718.386.499 lei.

En déduisant ce passif de l’actif il reste comme avoir de l’Etat, à compter au capital national, à peu près un milliard.

Pour ne rien oublier dans cet inventaire il faudrait évaluer aussi le domaine public, c’est-à-dire le capital dont l’Etat n’en fait pas payer la jouissance au public, ou bien qu’il emploie à son usage.

Les édifices publics comme les Palais des Postes, les Palais de justice, les casernes, les Universités et instituts scientifiques, les écoles, les installations des ports, les quais, doivent valoir plus de 200 millions.

On n’a jamais fait chez nous, d’inventaire de ces biens

v) Mr. Vintila Bratiano, dans son Rapport, les estime à un milliard.

LA FORTUNE NATIONALE DE LA ROUMANIE

appartenant à l’Etat, de sorte que notre calcul est très approximatif.

A plus forte raison il nous sera impossible d’évaluer le capital représenté par les monuments religieux. Qui oserait fixer un chiffre pour une église comme la cathédrale de Curtea d’Arge§ ou pour les merveilleuses églises de Iassy : Trei Erarchi et Sfântul Nicolae?

En additionnant tontes les sommes résultant de nos évaluations, on peut fixer la valeur du capital national, public et privé à 21 V2 milliards.

Nous ne nous faisons aucune illusoin sur l’exactitude de nos données: «Tous les calculs pour apprécier la richesse des nations, qui sont basées sur une simple estimation en monnaie sont nécessairement trompeurs» observe avec juste raison Alfred Marshall1). A. Wagner2) fait la même remarque et qualifie ces estimations «d’extrêmement incertaines».

La difficulté est encore plus grande lorsqu’il s’agit de comparer différents pays en ce qui concerne la valeur de leurs richesses. Dans ce cas il vaut mieux comparer les quantités des biens que les valeurs en monnaie.

Ainsi en estimant la valeur de la richesse de la Roumanie à 21 V2 milliards et celle de la France à 300 milliards, on est pourtant très embarassé d’établir la proportion exacte entre les deux pays, leurs richesses étant constituées de biens d’une nature différente.

La propriété bâtie en Roumanie est estimée à 2 milliards ; mais le coût d’un maison est tout autre en Roumanie qu’en France ; l’estimation en monnaie ne peut servir de terme de comparaison. Pour établir une proportion exacte il faudrait connaître le nombre des pièces formant les logements mis à la disposition des habitants; et même à nombre égal, il faudrait établir la qualité de ces logements etc.

q Principes d’économie politique, I, p. 199.

2) Los fondements de l’économie politique, I, p. 108.

LA RÉPARTITION DE LA RICHESSE

Ce qui importe autant que la richesse, c’est la répartition de cette richesse, surtout quand on considère le revenu national.

Il est tout aussi difficile d’établir ce revenu que le capital national. Nous n’avons pas encore en Roumanie un impôt sur le revenu, comme en Angleterre ou en Prusse, et pour arriver à évaluer ce revenu on est obligé de se contenter de probabilités. On peut pourtant, grâce à certains travaux et à des enquêtes, supputer les revenus de certaines classes. Nous trouvons sur cette question, une étude documentée due à Mr. Eugène Neculcea, ancien directeur de la statistique générale1).

Voici la répartition des revenus des propriétaires ruraux (pour 32 départements).

Revenus jusqu’à

Nombre

des propriétaires

Total des revenus

600 lei

de

Audessus de

Il résulte de ce tableau que 2.248 personnes disposant d’un revenu supérieur à 10.000 lei, ont ensemble un revenu de 102.131.897, somme à peu près égale au revenu de 1.240.376 personnes disposant d’un revenu ne dépassant pas 600 lei.

0 Rapport sur la statistique des impôts directs. 1909.

LA RÉPARTITION DE LA RICHESSE

Cette répartition du revenu est une conséquence de la répartition de la propriété rurale 1).

Le nombre des personnes qui ont un revenu de 2.400 à 4.800 lei n’est que de 1.753 et ceux d’un revenu de 4.800 à 10.000 lei est de 1.279. Cette répartition met en évidence la structure économique de notre société, où la fortune se trouve entre les mains d’une classe très peu nombreuse, où la classe moyenne est excessivement réduite et où il n’y a aucune transition naturelle entre la grande masse des pauvres et les privilégiés du sort.

La même remarque s’impose pour la propriété urbaine :

Revenus

Jusqu’à 600

lei

De 600 à

Audessous de 100.000

Nombre des

Total

propriétaires

des revenus

Un nombre tout à fait restreint de propriétaires, 528, ayant un revenu supérieur à 10.000 lei, disposent d’un revenu de 13.229.800, de 25°/0 inférieur seulement au revenu de 103.305 personnes ayant un revenu ne dépassant pas 600 lei. La classe moyenne est tout aussi peu représentée dans cette catégorie, avec 2.878 personnes ayant un revenu de 2.400 à 4.800 lei et 1.091 personnes ayant un revenu de 4.800 à 10.000 lei.

Les tableaux de Mr. Neculcea ont subi des modifications depuis 1908; beaucoup de revenus ont augmenté surtout les gros revenus, principalement à Bucarest où les maisons du centre de la ville2) ont vu augmenter leurs loyers de plus du double, de sorte que la disproportion s’est accentuée dans les dernières années.

Certes, les propriétaires urbains ont souvent d’autres revenus que ceux qu’ils retirent de leurs loyers; un grand nombre d’entre eux sont commerçants, industriels, avocats, médecins; mais ce cumul n’infirme pas nos observations;

9 Voir le tableau de cette répartition, p. 10.

2) Les loyers pour magasins ou bureaux de 20, 30 mille lei ne sont pas rares à Bucarest; on paie même pour certains locaux 70.000 leir chose inconnue il y a 7 ou 8 ans.

ce sont généralement les détenteurs de propriétés d’une valeur plus importante qui exercent ces professions et cest dans la classe des gros commerçants, des fermiers, des grands industriels ou des avocats et médecins renommés qu’on rencontre le plus de propriétares de maisons à gros loyers.

D’ailleurs cette dernière classe est aussi très restreinte ; si nous consultons la statistique des patentes nous trouvons qu’il y avait en 1909 en Roumanie 82.390 personnes figurant dans le tableau A des patentes (la plupart des commerçants) : sur ce nombre il n’y avait que 1763 de la première classe (payant un droit fixe variable d’après la population de la ville qu’ils habitent; ce droit est de 40 à 300 lei plus un droit proportionnel).

Les personnes ou les sociétés exerçant le commerce ou les industries prevues par lettre B (la plupart des banques et des banquiers) sont au nombre de 2809, pour toute cette catégorie et tout le pays.

Le tableau C comprend les professions industrielles qui ne font pas partie du tableau B et les professions libérales (les fermiers font partie de cette catégorie). Le nombre des personnes payant cette patente est de 28.378.

Il importe de remarquer que les fabriques, en général, jouissant des faveurs de la loi pour encourager l’industrie nationale ne sont sujettes en Roumanie à aucun impôt de patente, de sorte qu’il est difficile de se rendre compte du mouvement industriel du pays. Mais ces industries encouragées sont représentées pour la plupart par des sociétés à grands capitaux ; leur recensement exact ne pourrait pas nous fournir des indications sur le revenu des industriels; ce revenu est en général réparti entre les actionnaires. Il importerait de connaître les appointements des directeurs et des administrateurs; nous n’avons encore aucune donnée précise à ce sujet.

Il ressort de ce qui précède que les gros revenus sont tout aussi rares parmi le commerçants que parmi les propriétaires ruraux ou urbains; parmi les 28.378 patentés du tableau C on trouve comme catégories plus importantes les fermiers, les entrepreneurs, les négociants en vins, les marchands de bois, les fabricants de briques, les avocats, les médecins, les architectes, les ingénieurs etc. Les fermiers forment une classe à part dont les gains sont parfoir considérables: leur nombre est de 14.751 ; parmi les avocats, les architectes, les médecins etc. le nombre de ceux dont les revenus professionnels sont très importants est assez restreint.

LA RÉPARTITION DE LA RICHESSE

Le reste des personnes qui figurent au tableau C ont généralement des revenus modestes.

Nous manquons aussi de données en ce qui concerne le nombre des détenteurs de titres mobiliers, rentes, actions, obligations, etc. Un grand nombre de ces titres se trouvent entre les mains des personnes qui figurent dans une des catégories susmentionnées; nous ne croyons pas qu’il y ait beaucoup de personnes en Roumanie tirant leur revenu exclusivement de la détention de ces titres.

La société roumaine se présente, au point de vue de la distribution de la richesse et du revenu, sous un aspect peu favorable: une classe assez restreinte de riches, de gens très riches, possédant d'immenses étendues de terres ou de forêts, des grandes banques et des grandes sociétés commerciales ou industrielles réalisant généralement de très gros bénéfices, une classe moyenne peu nombreuse; dans les campagnes, à coté d’une classe de paysans aisés — dont le nombre heureusement augmente tous les ans — une masse, une trop grande masse de paysans et de travailleurs des champs, ayant une situation matérielle assez précaire; enfin dans tout le pays une classe nombreuse de fonctionnaires j:eu rétribués U-

Dans les villes beaucoup d’ouvriers à salaires assez élévés, de nombreux petits propriétaires, et petits commerçants à revenus modestes; la cherté de la vie a atteint surtout ces derniers.

La classe moyenne un peu plus aisée est constituée en partie par des étrangers; sur 120.134 patentés recensés en 1910 plus d’un tiers, soit 40.683 étaient étrangers; les meilleurs maisons de commerce sont entre leurs mains; dans les sociétés commerciales et industrielles les places les mieux rétribuées leur appartiennent.

Il faut reconnaître que les Roumains de la classe bourgeoise préfèrent les fonctions publiques aux carrières productives du commerce et de l’industrie; un certain nombre est attiré vers les carrières libérales où il y a pléthore d’avocats et de médecins.

Une des particularités de notre organisation économique consiste dans la concentration de toute l’activité du

9 II y a en Roumanie 99 fonctionnaires qui touchent des appointements de 900 à 1.000 lei, 122 qui touchent de 1.000 à 1.200 lei et seulement 89 qui touchent plus que 1.200.

pays dans la Capitale du Royaume. Bucarest, qui ne compte actuellement que 400.000 habitants, fait l’effet d’une très grande ville, comme si elle était le centre d’un pays beaucoup plus vaste et plus peuplé. La cause en réside dans l’excessive centralisation administrative, commerciale et financière de notre pays. La vie intellectuelle se concentre aussi de plus en plus à Bucarest. C’est à Bucarest que toutes les grandes banques ont leur siège social; les banques de province sont des émanations de ces institutions financières ou bien en dépendent par les disponibilités qu’elles ne peuvent se procurer que dans la capitale; les grandes maisons de commision, d’exportation et d’importation ont également leur siège à Bucarest; quelques grandes maisons qui s’occupent du commerce des céréales ont leur siège à Braïla, mais les grandes affaires en céréales se traitent généralement à Bucarest. Les sociétés industrielles, pétrolifères qui ont des exploitations dans différents départements, ont leur siège social dans la capitale. C’est ici qu’affluent les hommes en quête d’affaires et d’entreprises du pays tout entier; c’est d’ici que partent toutes les initiatives; les entrepreneurs, les fermiers, les gros commerciants de la province doivent payer leur tribut à la métropole. Les aspirants aux fonctions publiques, les hommes d’action, tous ceux qui ont une idée ou caressent un rêve savent très bien qu’il ne pourront arriver à leur but qu’en parcourant la Calea Victoriei. Aussi c’est à Bucarest que les fortunes s’amassent le plus rapidement, que les beaux hôtels surgissent en grand nombre chaque année dans les principaux quartiers, que les sociétés et les entreprises se multiplient. C’est dans la métropole que résident le plus grand nombre de grands propriétaires ruraux, de grands commerçants et de grands industriels. Les revenus des propriétaires urbains de Bucarest représentent 37, 28 pour cent du total des revenus pour le pays tout entier. Le revenu des patentes représente à Bucarest 32,58 pour cent du revenu total. Le revenu des patentes correspondant à la lettre B (banques et sociétés) représente à Bucarest 60, 33 pour cent de la totalité du pays. A Bucarest des journaux comme YUniversul et YAdeverul tirent à près de 100.000 exemplaires; il est rare qu’un journal de province arrive à un tirage de 3000 exemplaires. Les théâtres, les spectacles, les magasins de la grande ville attirent la foule des provinciaux qui délaissent de plus en plus leurs villes; la vie politique, littéraire, artistique finit aux portes de la cité de Bucur.

LA RÉPARTITION DE LA RICHESSE

Cette structure économique donne une vie factice à notre capitale qui se développe, grossit et s’hypertrophie au détriment du reste du pays.

Somme toute et malgré toutes ces ombres le tableau de la Roumanie actuelle se présente sous un jour généralement favorable. Le royaume du Bas-Danube, comparé aux autres Etats de la péninsule balkanique, est certainement le plus avancé en culture, le plus apte au progrès, le plus riche en ressources de toutes natures. Les richesses encore inexploitées sont immenses. Les forêts, les terrains inondés, les terrains pétrolifères encore inexploités, sont susceptibles d’augmenter la fortune nationale de plusieurs milliards; de nombreuses industries peuvent encore être créées dans le pays. Mais, par dessus tout, la population du pays constitue un élément de richesse de premier ordre. Le paysan roumain est travailleur, sobre; si on le débarassait de la plaie des cabarets, par une mesure analogue à celle qui a été prise en Russie, si on lui procurait le moyen d’utiliser les longs jours d’hiver pendant lesquels il est condamné à l’inaction, en lui enseignant différents métiers compatibles avec le travail agricole, si on lui enseignait des méthodes plus rationnelles de culture, une nouvelle ère de prospérité commencerait pour la Roumanie.

La diffusion de l’enseignement commercial et technique dans les villes pourrait faciliter la création d’une classe moyenne de producteurs qui remplacerait, en partie, la classe actuelle de consommateurs, les fonctionnaires inutiles — et leur nombre est très grand — étant de simples consommateurs. Il s’agit d’une transformation profonde de l’esprit public, transformation qui exige du temps et des efforts persévérants.

Nous indiquerons quelques remèdes a la situation actuelle daus le dernier chapitre de notre ouvrage.

UNE EPOQUE EXCEPTIONNELLE

L’année 1899 a été pour la Roumanie l’époque la plus calamiteuse de son histoire économique. La récolte, à la suite d’une sécheresse terrible, fut presque nulle.

La période 191 5 — 191G marquera dans nos annales pour les gains inespérés réalisés par l’agriculture. Ce phénomène constituera encore une preuve de l’inanité des prévisions humaines. En 1899 les agriculteurs, frappés de l’improductivité presque absolue du sol et des prix réduits des céréales, s’imaginèrent un moment que la culture de la terre n’avait plus aucun avenir en Roumanie; la liquidation désastreuse de leurs dettes, suite inévitable de la crise financière qui suivit la crise agricole, les confirma dans cette croyance. Beaucoup de fermiers renoncèrent à leurs contrats et abandonnèrent leur métier; de nombreux propriétaires furent obligés de vendre leurs propriétés à des prix dérisoires. La dépression morale fut tout aussi grande que le désastre matériel.

La révolte des paysans, survenue en 1907, sembla un moment compromettre l’avenir agricole du pays; on redouta, de nouveau, l’abandon des grandes terres par les fermiers et le découragement des propriétaires. Le gouvernement, pour mettre un frein à l’exploitation du travail des paysans par les fermiers, édicta des lois agraires qui jetèrent, pour un moment, un grand trouble dans notre économie nationale.

Petit à petit la confiance revint. Quelques récoltes abondantes eurent tôt fait de combler les déficits produits par Tannée 1899 et de réveiller les espoirs; les prix élevés des céréales eurent pour conséquence de hausser la valeur des terres, et par suite des fermages. Les lois agraires, la hausse des fermages, la hausse des salaires, ne découragèrent pas les entreprises agricoles et il sembla qu’une nouvelle ère de

UNE ÉPOQUE EXCEPTIONNELLE

prospérité commençait pour l’agriculture roumaine. La période de 1910 à 1913 a été, à tous les points de vue, remarquable. Voici un tableau indiquant les quantités produites pour nos principales catégories de céréales, les prix par vagon ainsi que le revenu net par hectare:

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