‹ La richesse de la RoumanieChapitre 18 sur 34 · AVOINE · texte numérisé non relu

AVOINE

Produc¬

tion

par vag.

Prix

par

vagon

Produc¬

tion

par vag.

Prix

par

vagon

Moyenne pour 1905—1909 .

, Valeur totale de la

production

Revenu brut par hectare de céréales

Revenu brut par hectare de blé

Hectolitres par hectaie de blé

Le Rapport du Conseil d'administration du Crédit foncier rural , pour l’année 1914 observe que le blé est la principale céréale qui sert au calcul du rendement des grandes propriétés ainsi qu’à la fixation du revenu des terres et du prix des fermages. La moyenne du revenu brut d’un hectare de blé étant de 241 lei pour les dernières quatre années et évaluant les dépenses à 120 lei, le revenu net d’un hectare serait de 120 lei pour les grands propriétaires.

La moyenne pour toutes les céréales pourrait être évaluée à 120 lei par hectare, étant données les grandes récoltes de maïs des dernières années. Parallèlement à cette augmentation de productivité on constate une hausse des salaires des ouvriers agricoles d’au moins 20%. Le premier effet de la vente de ces récoltes abondantes a été la hausse des fermages ainsi que la hausse encore plus considérable du prix des terres, qui ont doublé de valeur dans les derniers cinq ans1).

L’année 1914 a été moins bonne que les précédentes. Le même rapport constate que les récoltes d’orge et d’avoine ont été médiocres et que la récolte de blé a été compromise.

Dans cette situation éclala la guerre européenne, le 1-er Août 1914.

Au bout de quelques mois tous les défauts de notre organisation économique devinrent manifestes; ces défauts étaient aggravés par notre situation géographique. Une grande partie de notre commerce d’exportation, composé de marchandises volumineuses, de céréales surtout, se fait par la voie du Danube et par mer; la fermeture des Dardanelles

J) Rapport p. 5. Cette affirmation nous semble exagérée. Quelques terres privilégiées ont pu doubler de valeur mais le phénomène n’est pas général.

UNE ÉPOQUE EXCEPTIONNELLE

paralysa notre exportation. D’autre part, n’ayant pas une industrie assez puissante et, dépendant pour de nombreuses matières premières et d’objets demi-fabriqués dont nous avons besoin, des Empires du Centre, nous nous trouvâmes, par suite de l’interruption du trafic avec ces Etats, dans l’impossibilité de faire marcher nos usines.

Les banques diminuèrent considérablement leurs opérations ; la Banque Nationale éleva le taux de l’escompte à 7 % et celui du lombard à 8%. L’Etat suspendit l’exécution de tous les travaux publics; la Caisse des dépôts s’est vue obligée de restreindre la restitution des économies.

Le prix des céréales était élevé: 2.000—2.300 le vagon de blé, 2.500—3.000 le vagon d’avoine et d’orge, 7.000—9.000 lei le vagon de haricots ou de pois, mais les agriculteurs ne disposant pas de crédits suffisants ont été obligés de vendre leur production à des prix très réduits (1800—1900 Je vagon de blé, 1.500—1.700 le vagon de haricots); les spéculateurs seuls, avaient profité de cette situation.

Le gouvernement se vit obligé d’édicter certaines mesures de prévoyance. On prohiba pour le moment l’exportation des chevaux, et des boeufs ainsi que de l’avoine et du foin; on prohiba également l’exportation des aliments de toute nature, animale et végétale, necessaires à la consommation des populations, de la laine et du pétrole brut. On laissa libre l’exportation du blé, du maïs, de la farine, des haricots, pois, lentilles et du millet.

Pour donner des facilités au marché on autorisa la Banque Nationale à émettre des coupures de 5 lei et à abaisser à 33 % la couverture en or par rapport à la circulation des billets, afin de lui permettre de procurer aux institutions financières une somme importante (à peu près 50 millions).

Quelques semaines plus tard, le 4 Septembre, le conseil des ministres autorisa la Banque Nationale à considérer comme stock métallique la somme de 34.800.000 lei qu’elle possédait en traites or ou en numéraire or disponible dans differentes banque étrangères, en dehors des traites, en valeur de 56 680.000 lei, qui figuraient à son stock métallique.

Ces 56.680.000 lei représentaient les 30°/o que la loi constitutive de la Banque permettait d’englober dans son stock métallique; la limite ne pouvait être dépassée que par une loi. Le conseil des ministres prit celle disposition avec l’engagement de la faire ratifier par les Chambres aussitôt après leur ouverture; de la sorte la puissance d’émission de la Banque se trouva augmentée de 104 millions.

La situation économique du pays devenait critique à cause de l’impossibilité d’importer les marchandises dont nous avions besoin et par suite de la prohibition presque complète de l’exportation. Le ministre des finances déclara, dans un interview publié par le Yiitorul , que l’exportation de la benzine était prohibée parcequ’elle constituait une fourniture de guerre et que la prohibition pour l’exportation du blé était justifiée à cause de la quantité insuffisante qui se trouvait dans le pays.

On revint de nouveau aux mesures exceptionnelles. On accorda le moratorium pour les engagements contractés à l’étranger et on vota une loi qui autorisait le ministre du commerce et de l’industrie à fixer, de concert avec les autorités communales, les prix maxima des objets de première nécessité. Ces prix, fixés dabord pour quelques articles, furent appliqués avec le temps à une foule de marchandises, autres que les objets d'alimentation, tels que le bois et le charbon.

Au mois de Février 1915 le Parlement vota une taxe d’exportation pour les articles suivants:

Maïs . lei 5 par 100 kilogrammes

Farine de maïs ...» 7 » » »

Haricots . » 30 » » »

Ces taxes devaient être acquittées en or effectif.

L’exposé des motifs du projet de loi fixant ces taxes les justifie par les considérations suivantes: «la demande exagérée de l’étranger menace d’une part de provoquer la disette de ces aliments de première nécessité et d’autre part de hausser tellement les prix que la population pauvre des villes et les paysans ne sont plus en état de les payer. L’intérêt fiscal est en droit de demander une petite partie des bénéfices immenses réalisés, par la spéculation».1)

En effet les haricots avaient été accaparés à des prix variant entre 1700—2000 lei vagon et le maïs de 1000 à 1200 lei le vagon tandis qu’à l’étranger on obtenait facilement 3500 lei pour le maïs et 12.000 lei pour les haricots, par vagon.

Pour venir en aide aux agriculteurs et aux industriels on créa une Caisse de prêts sur gage, avec des succursales dans chaque département.

D’après l’article 4 de la loi, la Caisse est autorisée pendant

0 On n’a pas en recours encore, en Roumanie, à un impôt sur les bénéfices de guerre qui ont été considérables pour certaines institutions financières ainsi que pour quelques catégories de commerçants et de spéculateurs.

UNE ÉPOQUE EXCEPTIONNELLE

tout le temps que dureront les circonstances exceptionnelles actuelles, d’accorder aux agriculteurs et aux industriels des emprunts à terme fixe, garantis sur gage, constitué par des produits emmagasinés, du maïs mis en meules ou en magasin, du vin et de l’eau de vie de prunes ainsi que sur toutes sortes de matières premières nécessaires à l’industrie.

Les sommes empruntées ne pouvaient dépasser 60% de la valeur des marchandises gagées.

Malgré les facilités accordées par le gouvernement la situation de nombreuses fabriques devint très critique à cause du manque de matières premières ; plusieurs usines fermèrent.

Après la récolte de 1915 on permit l’exportation des céréales, mais de grandes difficultés surgirent quant à la possibilité d’exporter, par suite du manque de vagons.

On institua la commission centrale de l’Union des Syndicats agricoles pour la vente des produits agricoles et ainsi que pour la fixation des prix. La commission centrale, par l’organe des commissions régionales, devait établir la réserve des produits à conserver pour la consommation intérieure ; elle de vait, en même temps, fixer les prix maxima pour la vente des céréales dans le pays ainsi que les prix minima pour les produits à exporter. Cette commission avait aussi pour mission d’emmener dans le pays les vagons étrangers destinés à l’exportation ; ces vagons ne pouvaient être mis à la disposition des exportateurs qu’après avis de la commission centrale.

Le Moniteur Officiel du 6 Octobre 1915 porta à la connaissance du public les prix fixés par la commission:

Prix minima

Froment de 74 kilogrammes l’hec¬

tolitre, les 10.0000 kgr . 3500 lei

Maïs . 3500 „

Avoine . 3500 „

Orge . 3500 „

Seigle . 3500 „

Millet . 4000 „

Pois . 4000 „

Haricots . 5000 ,,

Pour l’intérieur on fixa les prix suivants:

Froment.

Maïs . .

Avoine .

Orge . .

Prix maxima

1900 lei 1400 „ 1500 „ 1600 „

Le 30 Octobre on fixa aussi les prix pour les différentes qualités de farine: 5700 — 5000 et 4200 ainsi que pour le son: 2000.

On décréta ensuite que l’ordre dans lequel les agriculteurs pouvaient obtenir des vagons pour le transport de leurs céréales, sera établi par voie de tirage au sort.

En même temps on avait nommé une commission chargée d’examiner les demandes de compensation entre l’importation et l’exportation. Le référé du ministre des finances, en proposant la constitution de cette commission, disait que la Roumanie faisait un pas vers le retour à l’Etat normal, en rapportant la prohibition de l’exportation des céréales.

Pendant quelque temps, en 1915, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie ont fait des difficultés à l’entrée des céréales roumaines ; ces difficultés étaient provoquées en partie par les agrariens hongrois désireux d’écouler leurs produits; on invoquait comme prétexte les taxes d’exportation qui faisaient revenir nos céréales à des prix trop élevés. Mais le stock de céréales se faisait rare dans les Empires du Centre. Une commission d’importation de céréales allemande la Zentral-Einkaufsges ellschaft de Berlin 2) est entrée en pourparlers avec notre commission d’exportation, pour l’achat de 50.000 vagons de céréales.

Le marché a été bientôt conclu et a été suivi d’un autre contrat d’achat de 100.000 vagons. L’exemple de l’Allemagne a été suivi par l’Angleterre.

Le 18 Janvier le bureau britannique, constitué à Bucarest par le gouvernement anglais, passa un contrat avec la commission centrale roumaine pour l’achat de 80.000 vagons de blé, représentant une somme de 262.200.000 lei (au prix de 32 lei les 100 kilogrammes) L’acheteur se réservait le droit de laisser la marchandise achetée en dépôt chez les agriculteurs pour un laps de temps qui ne dépassera pas six mois à dater du jour de la conclusion de la paix générale.

Les prix convenus étaient de 3200 lei pour le vagon de blé, 2600 pour l’avoine, 2700 lei pour l’orge, 2800 pour le maïs, 3200 lei pour les haricots et 4000 lei pour les pois.

Ces achats représentent une valeur de 650.000.000 de lei, en plus de la taxe d’exportation de 120.000.000 lei or encaissée par l’Etat et en dehors des céréales vendues directement et en dehors de la farine, du son, de l’alcool, etc.

Désormais, en vertu d’une loi, toute vente de céréales ne pourra s’effectuer pour l’étranger (jusques un an après

h Cette commission agissait de concert avec la Kriegsgetreide- Verkehrsanstalt de Vienne et la Kriegsproductioji-Aktiengeseltechaft de Budapest.

UNE ÉPOQUE EXCEPTIONNELLE

la guerre) qu’après la récolte et l’emmagasinage et seulement par l’entremise de la commission d’exportation. La quantité à exporter sera déterminée, après avoir déduit une quote part pour la consommation intérieure.

Les céréales et les légumineuses vendues aux Empires du Centre devaient être livrées dans les gares ou les ports danubiens, en vagons ou sur chalands. Les acheteurs s’obligeaient à envoyer en Roumanie à la disposition exclusive du vendeur, des vagons fermés d’une capacité totale de 300.000 tonnes.

Toute la quantité vendue devait être livrée jusqu’au 15 Avril 1916.

Dans les premiers mois de 1915 on avait exporté une partie de la récolte de maïs de 1914, au prix de 2500 à 4000 lei le vagon ; mais l’exportation se trouva entravée par suite du manque de vagons; le transport par charriots ne donna pas de grands résultats; on ne put exporter dans le premier semestre de l’année que 8402 vagons toute l’exportation, du 1-er Août 1914 gurgu’au 1-er Septembre se réduisit à 41.336 vagons; le manque d’aliments dans les Empires du Centre les décida à conclure les conventions dont nons parlons plus haut.

Une partie des sommes que nous devait l’Allemaque pour les céréales achetées, a été payée par le coupon de notre dette publique, par la vente de nos titres de rente ainsi que pas les disponibilités qui se trouvaient dans les caisses des banques austro-allemandes de Bucarest; une contre- partie a été payée par les locomotives, les vagons et les parties de machines que le gouvernement allemand s’est obligé de nous fournir, en échange d’une partie du prix des céréales, prévu dans le second contrat.

La Banque Nationale de Roumanie a donné un concours très efficace à toutes ces opérations.

La conclusion des contrats pour la livraison de nos céréales fut suivie d’un arrangement entre l’Allemagne et la Roumanie concernant l’exportation et le transit réciproques des marchandises. En Mai 1916 un arrangement analogue fut conclu avec l’Autriche-Hongrie. On créa des organisations à Bucarest, Vienne et Berlin pour centraliser et développer l’échange des marchandises ; tout le trafic entre les trois pays ne pourra désormais s’effectuer que par les bureaux d’importation et d’exportation.

Après la réalisation des trois contrats en cours d’exécution, la richesse de la Roumanie augmentera d’une manière considérable.

Le Rapport du Crédit Rural pour 1915 contient un tableau concernant la circulation monétaire du pays (en lei).

31 Décembre 1912 1913

Or . 10.725.800 10.725.800

Argent . 70.181.005 70.181.065

Nickel . 10.500.000 10.500.000

Cuivre . 995.000 995.000

Billets de Banque 425.180.749 437.182.410

31 Décembre 1914 1915

Or . 10.725.800 10.725.800

Argent . 75.180.532 75.180.532

Nickel . 10.500.000 10.500.000

Cuivre . 995.000 995.000

Billets de Banque 578.243.647 762.210.210

Le Rapport prévoit pour la fin de l’année 1916 une circulation monétaire de plus d’un milliard, donc de 100 % plus élevée qu’au commencement de la guerre; il constate aussi les grands bénéfices réalisés par nos commerçants et nos industriels; ainsi, comparant le portefeuille de 32 banques qui ont une escompte supérieure à 1.000.000 lei, on trouve les chiffres suivants:

En 1913 le portefeuille a été de 1.082.832.025

En 1915 les dettes contractées envers les banques étaient de 100 millions inférieures à celles de 1914.

Il est inutile d’insister sur les gains réalisés par les agriculteurs 1).

Les encaissements de l’Etat se sont ressentis à leur tour de la prospérité du pays pendant les dernières années.

Années financiares

Encaissemens

Dépenses

Excédents

9 Rapport pour 1915 p. 4—7.

UNE ÉPOQUE EXCEPTIONNELLE

Le budget pour l'exercice 1916—1817 se présente avec une augmentation aux dépenses de 45.786.400 lei, comparativement à l’exercice précédent.

Il est à prévoir que malgré cette augmentation l’exercice clôtura sans déficit, l’Etat pouvant compenser les moins values résultant de certains impôts par les plus values des taxes d’exportation ainsi que de certains impôts de consommation et des monopoles.

Cette situation prospère a permis à l'Etat de contracter un emprunt intérieur — le premier qui ait été tenté en Roumanie et dont le résultat a dépassé toutes les espérances ; l’opération a produit près de 400 millions *).

Ce résultat a été obtenu grâce aux réserves accumulées pendant les dernières années et aux gains réalisés pendant la période exceptionnelle de la guerre.

La guerre mondiale qui a causé tant de ruines, qui a tari les sources de richesses de tant de nations a eu comme effet, en Roumanie, d’accroitre dans des proportions inusitées les bénéfices des agriculteurs et de certaines catégories d’industries.

Toutes les classes de la Société n’ont pas profité des conjonctures qui ont amené cet accroissement de richesse. Les classes pauvres ont particulièrement souffert de la hausse des prix de presque tous les articles de consommation ainsi que de la hausse inusitée des objets fabriqués.

Une loi a autorisé ie gouvernement à prendre les mesures nécessaires pour mettre un frein à la spéculation et l’accaparement; le ministre du commerce et de l’industrie, de concert avec les autorités locales, a fixé des prix maxima pour un grand nombre d'articlesl 2 3).

Ces mesures ont eu pour effet, certainement, d’enrayer la hausse des prix mais elles ont eu aussi pour résultat de rendre les marchandises plus rares et même parfois de les faire disparaître. La fixation des prix maxima est une question très délicate et des plus difficiles à résoudre. Il s’agit de se substituer à la loi de l’offre et de la demande et de remplacer son jeu naturel, résultant de circonstances multiples et compliquéés, par la sagesse du gouvernement, sagesse sujette à caution dans tous les temps et tous les lieux.

l) L’emprunt a été fixé au type de 5% et au cours de 84, amortible

en 40 ans.

3) On a institué aussi une commission centrale pour l’approvisionnement des communes et le contrôle des prix.

Certains articles sont devenus très chers mais d'autres sont devenus très rares, ce qui est un plus grand inconvénient que la cherté. Nous ne parlons pas naturellement des articles fabriqués que nous faisons venir à grands frais de l’étranger, tels les articles pharmaceutiques, les objets d’habillement, les métaux et les objets en métal, le caoutchouc, le sulfate de cuivre, la verrerie, la poterie, le charbon de terre, le coke, les machines en general; on constate le même renchérissement pour les objets demi— fabriqués et les matières premières nécessaires à notre industrie.

A celle ocasion tout le monde a pu se rendre compte à quel point nous sommes dépendants de l’étranger pour un grand nombre d’articles que nous pourrions fabriquer dans le pays.

Mais ce qui est plus grave encore c’est que les objets d’alimentation ont subi un renchérissement presque général.

La pénurie d’aliments qui sévit en Allemange et en Autriche-Hongrie a eu pour effet de faire drainer vers ces pays un grand stock d’animaux et d’objets d’alimentation. Les systèmes les plus ingénieux ont été employés pour tirer de la Roumanie du bétail et des vivres, du pétrole et de la benzine. Le beurre, les œufs et la volaille étaient expédiés par colis postaux, le bétail, le saindoux en contrebande; plus de 100.000 bœufs ont passé ainsi la frontière, diminuant d’autant notre stock d’alimentation et provoquant une hausse du prix de la viande. La spéculation s’est mise aussi de la partie, pour profiter de la situation et renchérir les prix d’une manière exorbitante. Le gouvernement s’est vu obligé d’édicter des prix maxima pour le maïs, le lait, le fromage, le beurre, le viande, le poisson, les légumes, le bois, l'alcool, la farine, le pain, les graisses animales, la laine, le sucre, le riz, les peaux, le sulfate de cuivre, le lignite. Nous avons rappelé plus haut qu’on avait fixé des prix maxima pour les céréales, vendues dans l’intérieur du pays.

Bientôt le Ministère du commerce et de l’industrie appliqua les prix maxima à une foule d’autres articles tels que la benzine, le pétrole lampant, les draps, les pâtes farineuses, les olives. Au bout de six semaines on fut obligé de revenir sur certains prix fixés antérieurement. Ainsi le prix maximum pour la viande de première qualité a été elevé de 1 leu 20 à 1 leu 50.

Les prix maxima représentaient quand même un ren-

UNE ÉPOQUE EXCEPTIONNELLE

chérissement considérable, comparativement aux prix normaux d'avant la guerre. Voici quelques chiffres à ce sujet l):

Prix

maxima

Pain

Viande

Lait

Fromage

Salé

Beurre

fondu

Nous pourrions étendre cette liste; la proportion sera à peu près la même2).

Mais ce qui est plus grave que cette élévation des prix c’est la pénurie des aliments; la viande se fait de plus en plus rare.

Le gouvernement a fixé, pour les principaux articles, non seulement le prix de détail mais aussi le prix auquel le producteur peut vendre au commerçant, en laissant à celui-ci une certaine marge de bénéfice. On peut certainement fixer des prix maxima, mais on ne peut pas forcer le producteur à vendre, à moins de lui réquisitionner sa production et on peut encore moins le forcer à produire. Or, il nous semble qu’en fixant, pour certains objets, des prix de production trop réduits (le producteur est aussi obligé de payer plus cher tout ce qu’il achète) on décourage la production et on fait, par la suite, le vide sur le marché. D’ailleurs, avec les meilleures intentions, on ne peut jamais arriver à édicter des mesures équitables et toujours utiles dans une matière aussi compliquée et enchevêtrée des repercussions les plus inattendues.

L’Allemagne qui passe pour le pays le mieux organié de l’Europe, au point de vue administratif, a enre-

x) Nous avons pris comme unité le kilogramme. Les prix indiqués sont des prix moyens.

2) Il est intéréssant de noter les prix de quelques articles en France: le lait 25 à 40 centimes, le pain blanc 45 à 50 cts., la viande 2,20 à 2,75, la beurre frais 2 à 5 francs.

Voici aussi, d’après la Vossische Zeitung du 8 Avril 1916 les prix de certaines denzées à Berlin:

Bœuf. .... 5.54 marks le kgr. Lard . 4.60 marks le kgr.

Veau . 4.80 „ „ Beurre .... 5.60 *

Mouton . . . 5.34 ., „ Oeufs .... (la pièce 22 pfenigs)

Porc . 3.60

gistré les plus grands déboires dans celte matière si ingrate de la réglementation des prix. Mr Iohn Hilton s’est occupé de la crise des subsistances en Allemagne dans un article très documenté publié par la Nineteenth Century et dont nous trouvons un résumé détaillé dans la Revue des Sciences politiques1): «Après avoir montré par des chiffres que la vraie cause de la crise était dans l’insuffisance de la production , insuffisance d’environ 30°/0 sur la consommation normale, Fauteur pense que la première nécessité de la sisituation aurait été d’accroitre V offre et en même temps l’économie dans la consommation: le gouvernement allemand a pensé qu’il fallait avant tout assurer le maintien des prix. Au lieu de comprendre que la hausse était le résultat normal du déficit des quantités et le seul remède contre l’accumulation par les acheteurs, on a regardé la hausse comme un scandale qui devait être immédiatement réprimé par la loi. Dès le 4 Avril 1914 une ordonnance du Conseil Fédéral a autorisé la fixation de prix maxima par les autorités locales avec le droit de fermer les établissements vendant au dessus et d’infliger des punitions sévères à la fois contre les contrevenants et les «accapareurs», ces éternelles victimes des époques de disette».

Toutes ces mesures n’ont pas empêché les fraudes, la disimulation des produits, les ventes à moindres poids, les tueries de bétail pour éviter les frais de nourriture, sans espoir de prix de vente de la viande en proportion, la nécesité d’en arriver à régler la qualité du pain et finalement au rationnement. Après douze mois de législation, les vivres étaient de 70% plus cher qu’avant la guerre. Auraient-ils plus monté sans les mesures du gouvernement? L'auteur ne le croit pas.

Mr E. d’Eichthal, membre de l’Institut, qui a résumé l’étude de Mr Hilton, termine son compte-rendu avec ces observations :

«Il est probable que si le gouvernement avait laissé la question se régler d’elle même, en comptant sur l’élévation des prix pour forcer à l’économie dans la consommation et stimuler la production et s’il n’était intervenu que pour supprimer les droits à l’importation, punir les fraudes et venir à l’aide des plus pauvres par des mesures d’assistance, si en môme temps il avait encouragé l’écomomie individuelle

l) Tome XXXV. I 15 Février 1916, p. 109.

UNE ÉPOQUE EXCEPTIONNELLE

par le conseil et l’exemple, le problème des vivres se serait résolu de lui-même d’une manière beaucoup plus efficace et profitable».

La même revue a publié, dans la livraison d’Avril, une note sur les incohérences de l’administration allemande en fait de réglementation des subsistances. Ainsi, à cause d’un recensement inexact du bétail et des pommes de terre, on prescrivit d’abord l’abattage en masse des porcs, puis on revint sur cette mesure et on encouragea de nouveau leur élevage. La même erreur se produisit avec les pommes de terre ; on créa même un office impérial des pommes de terre qui fixa des prix maxima et ordonna des réquisitions; les prix furent augmentés plusieurs fois, mais ces mesures n’eurent pour effet ni de réduire la consommation ni d’augmenter l’offre sur le marché.

Des réglements ont limité les prix du beurre, de la viande, de la graisse, des légumes, du poisson, du gibier, du fromage. Le résultat a été que marchands et producteurs ont cessé d’approvisionner le marché. «Absolument désarmé contre eux et dans la crainte que des mesures plus radicales n’eussent pour effet de réduire encore la production, le gouvernement s’est vu obligé d’augmenter succesivement, depuis le début de cette année, le taux des prix maxima sur les différentes denrées. Où s’arrêtera cette intervention de l’Etat? Gomment stimuler le producteur et comment ménager en même temps le consommateur ?“

La question des prix se heurte à des difficultés inextricables.

Nous avons reproduit ces observations pour mettre en garde nos compatriotes contre le panacée de la réglementation excessive du prix des marchandises. Ce qu’il faut empêcher surtout c’est la disparition des marchandises par la fixation de prix qui découragent le producteur et l’intermédiaire. La réglementation a un grave défaut, c’est d’être uniforme tandis que les faits économiques sont infiniment variés; aussi c’est avec une extrême prudence qu’il faut toucher à ces questions si on ne veut pas contribuer à augmenter le malaise au lieu de le diminuer.

L’enseignement qui se dégage de ces faits c’est que la Roumanie souffre de deux maux: l’insuffisance de sa production industrielle et le peu de variété de la production agricole.

Certes, aucune nation ne pourra jamais arriver à se suffire à elle même et se dispenser d'importer des matières

premières et des objets fabriqués. Le progrès économique des nations a ceci de particulier qu’il rend les échanges entre elles plus actives, plus fréquentes, ce qui les place dans une dépendance mutuelle pour un grand nombre d’articles. Mais il y a certains objets qu'une nation doit s’efforcer, même avec des sacrifices, de fabriquer chez elle, sous peine, à un moment donné, de se trouver acculée aux pires éventualités.

C’est ce qui est arrivé en Roumanie pour les armes et les munitions de guerre; notre pays a eu le grand tort de se mettre sous la dépendance des Empires du centre en ce qui concerne ces fournitures; en 1913 et 1914 nous avions fait de grandes commandes chez Krupp et aux établissements autrichiens. La guerre nous a surpris avant d’avoir pris livraison de ces commandes. La Roumanie ayant gardé une attitude neutre, les fournisseurs allemands et autrichiens se sont bien gardés de nous procurer des matériaux qui pouvaient fortifier la situation militaire d’un pays dont la politique n’était pas clarifiée. Nous avons fait d’autres commandes en Italie, en France et en Angleterre, mais la fermeture des Dardanelles et l’occupation de la ligne Nisch-Prahovo par les Autrichiens et les Bulgares, nous ont mis dans l’impossibilité de compléter notre armement. Il ne nous reste que la voie de Vladivoskok et de la mer Blanche, dépendant cette fois ci du bon vouloir d’un autre voisin.

Certes nous ne sommes par dépourvus d’outillages pour la fabrication des munitions, mais nous sommes encore au commencement de nos efforts; il nous manque encore des machines et des matières premières. L’industrie chimique est encore trop peu développée en Roumanie. Nous ne sommes pas outillés pour fabriquer des fusils et encore moins des canons.

Nous ne pourrons plus, à l’avenir, demeurer complètement sous la dépendance de l’étranger pour tout ce qui concerne notre défense nationale, si nous voulons rester absolument maîtres de notre politique extérieure.

En dehors des munitions et des armes, il y a des articles industriels indispensables que nous devons songer à fabriquer chez nous pour ne par être, à un moment donné, à la merci des étrangers; ainsi nous devrions nous efforcer à fabriquer des tannins, de l’acide sulfurique, des produits pharmaceutiques, des vagons, des machines agricoles, des fils de laine et de coton, des peaux tannées, etc. Nous devrions aussi donner plus d’extension aux fabriques déjà existantes dans le pays mais dont la production est in-

UNE EPOQUE EXCEPTIONNELLE

suffisante. Nos lecteurs pourront se rendre compte de ce qui nous manque, en parcourant le chapitre relatif à Y Industrie.

Un autre grand incovénient de notre organisation économique provient du manque de variété de notre production agricole. Nous nous sommes confinés à produire quelques céréales, surtout du blé et du maïs; nous avons complètement négligé l’élevage, le jardinage et certaines cultures spéciales qui jouent un rôle considérable dans l’économice nationale d’autres pays.

Voici quelques exemples (Moyenne 1910 — 1914):

Surfaces cultivées (Hectares)

Pommes de terre Betteraves à sucre

Allemagne . 3.351.521 526.440

France . 1.547.944 243.770

Hongrie . 693.816 154.676

Italie . 289.278 51.964

Pays-Bas . 167.865 60.006

Belgique . 162.816 57.172

Roumanie . 34.176 13.817

En 1913 nous avons importé 2.007.928 kilogrammes de pommes de terre.

D’autres cultures, très importantes au point de vue de l’alimentation ou de l’industrie, occupent des surfaces excessivement restreintes; ainsi en 1914 la culture du tournesol occupait seulement 6.267 hectares, celle du lin 8.357 hectares, du chanvre 4.759, des lentilles 440, des fèves 273, des choux 5.540, de l’oignon 3.733.

En 1913 nous avons importé 1.117.395 kgr. d’oignon, plus d’un million de kgr. de pois, haricots et lentilles, 267.000 kgr. de légumes secs.

Nous importons même du foin (5.795.374 kgr.) et de la paille (1.238.863).

On cultive aussi très peu chez nous les arbres fruitiers.

Nous avons déjà parlé de notre pénurie en fait de bétail, ce qui a pour conséquence une pénurie de lait, de beurre et de fromage. On a négligé aussi l’élevage des animaux de basse cour.

Il n’est pas étonnant que dans ces conditions, et étant donnée la situation particulière où se trouve la Roumanie, par suite de la guerre européenne, les vivres aient commencé à manquer. Les Empires du Centre, acculés à une situation terrible à cause du blocus anglais, se voient obligés de payer n’importe quel prix pour se procurer des objets d’alimentation. Un pays relativement pauvre disposant de ces objets, en

contact avec un pays très riche, manquant de tout à un moment donné, arrive fatalement à se laisser enlever non seulement le surplus de sa nourriture mais même une partie du nécessaire à son existence; une population pauvre et imprévoyante ne résiste pas à la tentation des gros prix. C’eût été" le devoir du gouvernement de prendre dès le début les mesures les plus sévères pour empêcher ce drainage d’aliments. On s’y prend généralement trop tard; on édicte maintenant mesures sur mesures, on réglemente tout, on généralise les prix maxima, on frappe les commerçants de peines sévères. Tout cet arsenal de lois, de décrets et de décisions ministérielles ne rend pas les marchandises plus abondantes.

Nous subissons les conséquence d'une longue période d’incurie et d’imprévoyance, des défauts de notre organisation économique; à ces maux est venue se greffer une situation anormale, exceptionnelle, qui a enrichi un grand nombre de propriétaires, de fermiers et de spéculateurs mais qui a provoqué des souffrances profondes dans la classe nombreuse des travailleurs.

Le pays dans son emsembe s’est enrichi, sans aucun doute, grâce aux sommes énormes obtenues en échange de nos céréales.

En additionnant la valeur des 150.000 vagons vendus aux Empires du Centre, des 80.000 vagons vendus au bureau britannique, de la farine, du pétrole et des autres marchandises exportées et de celles qu'en exportera après la récolte, on arrive certainement pour l’année 1916 à un chiffre dépassant le milliard. En échange l’importation est très réduite ; l’Allemagne a payé une partie des céréales par des locomotives, des vagons, des machines, des produits chimiques; les autres pays nous envoient très peu de marchandises; d’un autre côté depuis deux ans les Roumains ont fait très peu de dépenses à l’étranger; on s’explique, de la sorte, que de grandes réserves se soient accumulées dans le pays et que l’emprunt intérieur de 150 millions ait été couvert plus de deux fois et demi.

LES RELATIONS ÉCONOMIQUES

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