TOTAL
Personnel administratif ...
* technique ....
Ouvriers .
Nous ne possédons pas d’indication précise sur la proportion des salaires attibuée aux Roumains et aux étrangers; ceux-ci sont généralement mieux payés.
Ainsi dans l’industrie du papier et de la cellulose le salaire maximum des Roumains est de 12.000 et celui minimum de 14401ei; pour les étrangers ce salaire est de 15.000 et 2.500* 2). Dans l'industrie métallurgique le personnel technique et ouvrier est en majeure partie étranger et mieux rétribué
9 Observa^iuni asupra proiectului de lege industrialâ. 1912 p. 42.
2) Industriel celulosei , mucavcdei §i hârtiei de IV M. Ghitescu.
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«sans être supérieur au personnel roumain» 1). Nous pourrions multiplier les exemples. Les grands emplois, à gros émoluments, sont confiés généralement, à des étrangers.
Il est incontestable que les fabriques appartenant à des étrangers ne font pas volontiers appel à l’elément roumain. Nous ne pouvons qu’approuver les dispositions législatives qui imposent, en échange des avantages accordés par l’Etat, l’emploi de techniciens et d’ouvriers roumains.
On devrait aussi réglementer la proportion dans chaque catégorie administrative, technique et main d’œuvre spécialisée. Mais ces dispositions, pour produire leur effet devaient avoir comme corollaire un enseignement technique mieux organisé. Le jour où nos écoles produiront en plus grand nombre des éléments sérieux, instruits, possédant les connaissances pratiques nécessaires à nos différentes industrie, il n’y a pas de doute que même les fabricants étrangers, malgré leurs préférences actuelles, les emploieront à la place des ingénieurs, contre-maîtres ou ouvriers qu’ils sont obligés de faire venir de l’étranger, en supportant des frais de voyage et des salaires plus élevés. Nous devons donc organiser et développer l’enseignement commercial et technique à tous les degrés. La loi pour l’organisation de la Caisse des métiers dispose, dans son article b7, l’établissement d’écoles pour les apprentis ouvriers; depuis 1912 on n’a presque rien fait sur ce terrain. Nous manquons d’écoles d’adultes pour nos ouvriers. Une seule œuvre due à l’initiative privée, a donné de bons résultats; l’exemple de Mr Marin Alexandresco aurait du trouver des imitateurs, en tous cas un concours plus efficace de la part de l’Etat. Nos écoles de métiers devraient aussi être réorganisées et notre Ecole des Ponts et Chaussées transformée en Ecole Polytechnique. L’Académie des hautes études commerciales et industrielles que j’ai fondée en 1913 prépare des éléments administratifs et techniques pour le commerce et l’industrie; on devrait créer de nouvelles écoles de commerce supérieures ; le nombre actuel est insuffisant. Nous pouvons dire la même chose des écoles d’agriculture. Notre enseignement pêche par la base: on a donné trop d’extension à l’instruction qui mène aux fonctions publiques et on a négligé l’enseignement spécial qui prépare aux métiers, au commerce et à l’industrie. C’est un gaspillage de forces, d’énergies; ce système constitue, en même temps, un danger social et national à cause du trop grand
9 Industriel metalurgicâ do /. Gigurtu.
nombre d’individus dont l'existence dépend de l’Etat et qui sont enclins à croire que l’Etat est obligé de pourvoir à leurs besoins.
Une des lacunes de notre vie économique consiste dans le manque d’occupation des paysans pendant les longs mois d’hiver ; les paysans, surtout les paysannes, ont complètement désappris les métiers domestiques qui florissaient avant la convention que nous avons conclue en 1875 avec l’Autriche- Hongrie; le tarif excessivement réduit pour les articles qui étaient fabriqués par notre population rurale — surtout pour les tissus — ont porté un coup mortel à cette industrie. On a essayé, depuis, à la faire revivre ; l’initiative privée, aidée un peu par l’Etat, a donné quelques bons résultats. Les broderies exécutées par nos paysannes sont très appréciées à l’étranger. L’instruction dans les écoles villageoises devrait donner une plus grande attention aux travaux manuels; les paysans devraient apprendre à fabriquer eux-mêmes certains outils et même à pratiquer quelques métiers.
Nos efforts doivent tendre, d’un côté, à réduire le plus possible le nombre de ceux qui ne sont capables que d’un travail non qualifié et, d’un autre, à augmenter le nombre de ceux qui, par une instruction et une éducation plus appropriée aux nouvelles conditions de vie de la nation, soient en état de remplacer, dans les sphères de l’administration, et de la technique, l’élément étranger. Cette évolution doit s’accomplir avec persévérance et méthode, en stimulant au travail toutes les énergies nationales et non pas par des mesures violentes tels que l’accaparement par l’Etat de la plupart des branches d’activité économique.
Les capitaux
Il est évident que nous ne pouvions pas songer à créer une industrie nationale aussi longtemps que nous manquions de capitaux; nous pouvions encore moins penser à doter le pays, avec nos deniers, d’un outillage économique qui demandait des sommes énormes. La construction d’un réseau de chemin de fer était indispensable à notre relèvement économique; l’essor du pays date surtout depuis la mise en exploitation de ce réseau. Nous nous sommes procurés les sommes nécessaires à l’établissement des premières lignes à des conditions très onéreuses; mais, même dans ces
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conditions, le pays en a tiré un immense profit. Nous aurions mieux fait, certes, dès le début, de contracter un emprunt et de rester maîtres de notre réseau que nous avons du racheter plus tard; mais il est incontestable que sans ces emprunts extérieurs nous n’aurions pas été capables, de sitôt, de relier notre pays aux voies de communication qui nous ont mis en contact plus direct avec l’Occident.
Nous ne devons pas oublier, non plus, que nos premiers établissements de crédit ont été fondés par des étrangers et que l’Etat roumain a presque toujours eu recours, pour ses besoins, aux emprunts extérieurs. Ce n’est qu’avec le temps, avec l’augmentation de la richesse et la diffusion de l’épargne, que nous avons pu créer quelques institutions financières nationales. Le Crédit rural et le Crédit urbain de Bucarest n’ont commencé à jouer un rôle plus important dans notre économie nationale que depuis une trentaine d’années; la Banque Nationale a été fondée il y a trente cinq ans. La première banque roumaine, la Banque agricole, ne date que depuis vingt deux ans, la Banque d’Escompte est aussi de date récente et la Banca Romaneasca a à peine quelques années d’existence. Et, pourtant, en très peu de temps l’élément roumain a pu montrer sa vitalité dans toutes les branches de l’activité économique. Nous en donnerons quelques exemples en ce qui concerne l’industrie: dans l’industrie métallurgique le capital qui s’élève à 30 millions est, pour les deux tiers, d’origine roumaine1); dans l’industrie du papier la proportion est encore plus considérable; des capitaux roumains importants sont investis dans l’industrie de l’alcool, de la bière, de la minoterie, du ciment. Le Ministère du commerce et de l’industrie a publié, en 1909, les résultats de l’enquête faite par les inspecteurs industriels relativement à la situation de notre industrie 2) Nous trouvons à la page XV de cette publication quelques détails sur l’origine des capitaux placés dans les différentes branches de fabrication : le capital fixe possédé en 1907 par des Roumains était de 33.933.000 lei soit 23 % du total ; le total du capital étranger s’élevait à 81.548.000 lei soit 55 % et 10.078.000 lei soit 7% appartenait à des Israélites non naturalisés. Dans l’espace de dix ans la proportion a du changer d’une manière considérable à l’avantage des Rou-
0 lndustria mecanicâ metalurgicâ, p. 32.
2) Studii si rapoarte asupra industriei mari, încurajatâ de StaL
mains. Nous ne possédons pas de données précises à ce sujet mais il est hors de doute que les Roumains doivent détenir aujourdhui près de la moitié du capital. Nous ne faisons pas entrer en ligne de compte, dans cette énumération l’industrie du pétrole qui ne jouit pas des avantages de la loi d’encouragement et qui doit être comptée à part. Dans cette grande et puissante industrie le capital roumain ne joue qu’un rôle secondaire. Il est naturel que les capitaux roumains, encore en formation, n’aient pas osé se risquer dans des entreprises sujettes à grands risques et qui demandent des moyens d’action très puissants. Nous sommes convaincus qu’avec les progrès de l’épargne et l’accumulation des capitaux entre les mains des nôtres, il se produira aussi un afflux vers les entreprises pétrolifères.
Les banques roumaines ne doivent pas confiner leur rôle aux opérations habituelles ; elles doivent s’intéresser aux entreprises industrielles. D’un autre côté l’Etat doit mettre en exploitation ses terrains pétrolifères ; le projet Djuvara qui favorise la constitution de sociétés roumaines, nous parait très acceptable. Il doit subir quelques modifications en ce qui concerne les conditions imposées aux adjudicataires.
Un moyen efficace pour atteindre ce but consiste dans la concentration de nos banques moyennes et petites. Il ressort du travail de Mr V. Slavesco D que nous possédons 30 banques moyennes représentant un capital total (y compris les fonds de réserve) de 53.983.103 lei. Ces banques dont le capital est exclusivement roumain, commencent à jouir de la confiance du public; ainsi, en 1914 les dépôts à fructifier de tous ces établissements s’élevait à 31. 952.121 lei; les comptes courants créditeurs représentaient, à la même époque, 29.107.405 lei. Nous faisons abstraction des petites banques au capital inférieur à 1 million mais qui représentent aussi, une force financière importante.
Ces institutions ne s’occupent que de l’escomple du papier aux commerçants et des avances sur titres ou sur gage; leurs moyens réduits ne leur permettent pas de participer aux entreprises industrielles; souvent même ces banques, trop nombreuses dans certaines localités, se font une concurrence dangereuse et permettent à certains débiteurs d’user d’un crédit supérieur à leurs ressources, par le fait qu’ils peuvent réaliser des emprunts à chacune d’elle et à l’insu des autres. Leur concentration en quelques groupements puis-
l) Bâncile comerciale miljlocii în România, 1915.
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sants leur ferait éviter cet inconvénient et leur faciliterait la réalisation d’opérations commerciales et industrielles d’une certaine importance.
Nous sommes partisans de la nationalisation de nos industries et nous espérons que cette opération s’effectuera, à l’avenir même pour l’industrie du pétrole, beaucoup plus rapidement que par le passé. Nous devons pourtant éviter les exagérations et les impatiences. Nous devons avoir pour règle de préférer toujours au capital étranger le capital roumain, mais là où ce dernier fait défaut, ne jamais refuser le concours des capitaux étrangers, à condition toutefois, de les faire harmoniser avec les intérêts roumains. La forme la plus utile est celle d’une collaboration des capitaux étrangers et roumains que nous avons, d’ailleurs, préconisée pour les capitaux français.
Notre pays a fait preuve d’une grande force d’assimilation. En moins de vingt-cinq ans nous avons nationalisé tout le personnel de nos chemins de fer; l’Etat, pour ses services publics, n’a plus recours à aucun spécialiste étranger ; tout le personnel de la Banque Nationale est roumain ; l’élément national pénètre gratuellement dans de nombreuses entreprises commerciales et industrielles; presque tous les maîtres sondeurs de nos chantiers de pétrole, au nombre d'un millier et un nombre assez important d’ingéniers, sont roumains.
Avec de la persévérance, en pratiquant l’économie, en •accumulant des réserves et en organisant mieux l’instruction technique nous arriverons sûrement à notre but.
Mais pour arriver à ce but il faut que l’Etat renonce à encourager la paresse et à détourner lui-même la jeunesse des carrières commerciales et industrielles. Il y a une loi économique, celle du moindre effort , qui détermine les hommes à embrasser les carrières où, avec le minimum de travail, ils peuvent subvenir aux besoins de leur existence; aucun individu ne sera assez naïf d’accepter une place pour cinq cents francs par mois en échange de dix heures de travail quand il peut trouver ailleurs le même salaire en échange de cinq heures de travail. Or, actuellement l’Etat ne demande à ses fonctionnaires que 4 à 5 heures au maximum de travail dans la journée; l’Etat a soin aussi, d’instituer un grand nombre de fêtes légales, de vacances et d’accorder des vacances supplémentaires quand deux jours de fête sont séparés par un ou deux jours non fériés. A une heure de l’après midi presque toutes nos autorités publiques
ferment leurs bureaux. Dans ces conditions, nos jeunes gens préfèrent la douce quiétude du rond de cuir, qui leur permet, à partir de une heure de l’après-midi, de flâner à leur aise jusqu’au soir, aux travaux pénibles et absorbants de l’industrie privée où l’on doit travailler du matin à midi et de deux heures à sept heures du soir. Nous connaissons des maisons de commerce où le travail est continu du matin au soir avec une interruption d’une demi-heure seulement à midi. Aussi longtemps que durera ce scandale nous aurons beau exhorter la jeunesse roumaine à la lutte sur le terrain économique; elle applaudira nos discours mais se gardera bien de quitter les fauteuils confortables de nos ministères pour les comptoirs ou les chantiers.
Pour que la vie économique de la Roumanie puisse se développer d’une manière puissante, nous avons besoin non seulement d’une agriculture régénérée mais aussi d’une industrie florissante ; ces deux branches d’activité doivent aller de pair en s’aidant l’une l’autre et en constituant un tout complet et harmonieux.
Un pays agricole, sans industrie, occupera une place secondaire dans le monde civilisé; une industrialisation exagérée aura pour conséquence, par la dépopulation des campagnes, de tarir les sources des meilleures énergies nationales.
Nous devons faire tous les sacrifices nécessaires pour protéger l’industrie mais nous ne devrons jamais oublier que l’agriculture constitue non seulement la base de notre richesse mais aussi de notre force nationale. C’est pourquoi la question nationale joue un rôle beaucoup plus considérable en matière agricole qu’en matière industrielle. Le prince Guido Henkel *) a eu raison de dire: «C’est à l’agriculture à nous fournir nos soldats, à l’industrie de les payer».
Voici pourquoi nous devons être nationalistes à outrance quand il s'agit de la force, de la prospérité, de d’avenir des classes agricoles et que nous pouvons être plus tolérants et en tout cas plus patients quand il s’agit de création d’industries nouvelles, de mise en œuvre de richesses encore inexploitées.
Ces industries et ces richesses servent à accroître la prospérité agricole, par le rapprochement des centres de consommation et par l’utilisation sur place de nombreuses
Ù Cité par le Prince de Bülow dans La Politique Allemande p. 293.
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matières premières agricoles. Les charges même de droits protecteurs élèves tournent, en fin, compte, à l’avantage de l’agriculture.
Mais cette protection doit cesser quand elle constitue une entrave au progrès agricole. Un homme d’Etat digne de ce nom, devra toujours se préoccuper, quand il s’agit d’organisation économique, de cette harmonie des intérêts et ne jamais oublier que l’industrie est un accessoire, l’agriculture le principal et que l’avenir de la nation dépend de la santé et du bien être des classes paysannes, l’Allemagne n’a jamais négligé, tout en cherchant à créer de nouveaux débouchés à ses produits industriels, de maintenir une protection efficace pour son agriculture par des droits élevés sur les c Téales.
Nous devrions aussi, dans notre politique commerciale, nous guider par ces principes et tâcher d’obtenir des débouchés pour nos produits agricoles bruts ou transformés.
La protection que nous devons accorder à notre agriculture ne consistera pas en taxes douanières comme en Allemagne — notre production dépasse lonjours notre consommation — mais en compensations à obtenir pour les réductions de droits sur certains articles industriels qui ne nous intéressent pas au premier chef et en garanties pour notre libre exportation de bétail.
Les monopoles
Un auteur1) a proposé dans les derniers temps, pour assurer à l’Etat les moyens de faire face aux dépenses nécessitées par les frais considérables résultant de la crise européenne, la création d’une série de monopoles : du sucre, du pétrole, des assurances, de l’alcool ; aux communes serait réservé le monopole des cinématographes sous forme de régie co-intéressée ainsi que celui des pompes funèbres. Le monopole du sucre sera établi en expropriant les fabriques actuelles qui recevraient une indemnité plutôt réduite, étant donné que leur capital a été amorti. L’Etat prendra à sa charge les assurances sur la vie ; les assurances contre l’incendie seront réservées aux communes.
D’autres ont préconisé le monopole de la vente des cé-
q Dr. G. D. Creanga: Consecintele flnanciare ale râsboiului actual §i Mâsuri de prevenire eu privire la România. — Bucureçti 1916.
réales1). On peut aller loin dans cette voie; il suffît d’avoir, un peu d’imagination. En dehors des considérations économiques qui s’opposent à l’introduction de la plupart de ces monopoles, il y a des raisons sociales et même nationales qui nous conseillent de les combattre. En ce qui concerne les objections d’ordre économique nous observerons, pour ce qui regarde le pétrole, que les monopoles ont été établis pour créer à l’Etat des ressources importantes; l’Etat s’empare d’un produit de consommation générale, et, par l’exclusion de toute concurrence, fixe lui même les prix, des prix généralement très élevés. Les frais de régie de l’Etat, sont toujours plus considérables que ceux d’une industrie privée ; rien que par le fait de l’administration de l’Etat, les prix seront toujours plus élevés que sur le marché libre. Le monopole du tabac procure de grands revenus parceque la marchandise est payée dix fois sa valeur.
Peut-on supposer que l’Etat vendra le pétrole et ses dérivés au prix auquel il vend sont tabac? dans ce cas il porterait un coup mortel à l’économie nationale ; des sources très importantes de revenus seraient rapidement taries. Au cas où l’Etat vendrait sa marchandise bon marché, quelle serait l’utilité d’un monopole qui ne lui rapporterait que des revenus médiocres? L’avantage des monopoles est de procurer à l’Etat de gros revenus, sans risques; c’est pourquoi on n’a monopolisé que des marchandises dont la production est toujours assurée et qu’on peut se procurer facilement et à bon compte, tels le tabac, le sel, les allumettes. Peut-on dire la même chose du pétrole, dont la recherche est tellement coûteuse, et dont le rendement est tellement aléatoire?
Le monopole, restreint seulement à la vente du pétrole et de ses dérivés, se heurte aux mêmes objections en ce qui concerne la fixation des prix. Comme il est à supposer qu’avec les progrès de l’industrie, la consommation intérieure absorbera une grande partie de la production, on comprend combien une hausse des prix entraverait l’essor de cette industrie. Au cas où l’Etat voudrait fixer les prix d’achat aux producteurs, la production elle-même pourrait diminuer si les prix étaient trop bas.
l) Mr C. Petraru propose dans la Democratia du 15 Février 1915 un syndicat permanent d’exportation des céréales, constitué par l’Etat et les représentants des agriculteurs et qui aurait le monopole de la vente des céréales à l’extérieur.
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Quant au commerce d’exportation, il est évident que l’Etat, ne pouvant fixer les prix, il devra subir ceux établis par les groupes qui dominent le marché; pourrait-il compter, dans ces conditions, sur des bénéfices?1)
Le rôle de l’Etat doit se borner, pour ce qui a trait aux céréales, à construire des magasins à silos pour le triage et le classement des céréales; le commerce des céréales pour l’intérieur et l’extérieur doit rester libre. C’est l’affaire des syndicats agricoles et des banques populaires d’organiser le crédit à accorder aux agriculteurs pour les céréales déposées dans les magasins et à se charger de leur vente, en excluant autant que possible les intermédiaires coûteux. Toute idée de monopole doit être bannie; l’organisation actuelle, résultant d’une situation exceptionnelle, doit disparaître avec les événements qui lui ont donné naissance.
Nous pouvons dire la même chose du monopole du sucre. On se plaint chez nous que la consommation du sucre, cet aliment indispensable, est peu dévelloppée à cause de son prix élevé; l’Etat ne pourrait retirer un béo fice d’un pareil monopole qu’en maintenant les prix actuués au détriment de la consommation.
Quant au monopole des assurances contre l’incendie réservé aux communes, c’est une idée qui n’a pu germer que dans l’esprit d’un homme ne connaissant pas nos mœurs politiques; on peut s’imaginer d’avance le genre de liquidation auquel on procédera dans certaines villes de province oû le quantum de l’indemnité ne dépendra pas toujours de l’intensité du sinistre. Quant au monopole des assurances sur la vie, l’expérience qu’on en fait actuellement en Italie, est encore trop récente pour pouvoir nous prononcer d’une manière définitive.
On a proposé à plusieurs reprises, l’introduction du monopol de l’alcool en Roumanie.
Ce monopole nous inspire la même aversion que les autres, malgré les avantages qu’on fait miroiter à nos yeux : contrôle de la fabrication et par conséquent production d’une boisson moins dangereuse, suppression des fraudes, rendement supérieur à l’impôt. Ces avantages sont compensés par des inconvénients tout aussi grands: création d’un nouveau corps de fonctionnaires, difficulté pour l’Etat de combattre
') On trouve dans le Moniteur du Pétrole roumain du 1-er Mai 1916 un exposé complet de la question.
l’alcoolisme et encore moins d’arriver à sa suppression par la réduction graduelle du nombre des débits. L’Etat, fabricant et marchand d’alcool, aura tout intérêt à faire accroître le revenu de ce monopole, comme il s’efforce à faire accroître les revenus du monopole du tabac, un poison presque aussi nuisible à la santé que l’alcool. Entre son rôle d’empoisonneur public et celui de collecteur de revenus, l’Etat, toujours à court de ressources, n’hésitera pas.
Nos hommes d’Etat doivent avoir un seul objectif en vue lorsqu’il s’agit du problème de l’alcool: la diminution de la consommation pour arracher nos populations rurales aux ravages de cette terrible boisson. Le monopole est le moyen le plus sur pour n’y arriver jamais. Avec le régime en vigueur, on peut édicter des mesures restrictives et exercer un contrôle sévère sur la fabrication et, par des mesures graduelles, arriver à la suppression d’un grand nombre de cabarets. Ce que l’Etat perdra par cette suppression il le gagnera au double par l'augmentation de la force de production et d'épargne de nos classes laborieuses , sans parler de la diminution du nombre des délits, des cas d’aliénation mentale etc.
La Russie a fait l’expérience de l’interdiction totale de la vente des boissons spiritueuses et le résultat a été un afflux d’économies vers les caisses d’épargne et les banques, un surcroit d’énergie dans le domaine économique.
La perte subie par le Trésor par suite de la suppression de la vente de l’alcool, s’élève pour l’exercice 1914 — 1915 à 651 millions de roubles (1.740 millions de francs). Le gouvernement russe n’a pourtant pas hésité, malgré cette brèche énorme dans le budget des recettes, à accomplir une réforme qui aidera d’une manière remarquable, au relèvement du peuple russe V).
Mr. Lloyd George à déclaré à la chambre des Communes que l’on se trouvait en présence «d’un acte du plus pur héroïsme national accompli dans les circonstances les plus tragiques de l’histoire d’un grand peuple».
Cet exemple devrait nous encourager à adopter des mesures tout aussi radicales.
D’ailleurs, même au point de vue fiscal, le bénéfice résultant de l’introduction du monopole de la fabrication et de la vente de l’alcool, n’est pas aussi élevé qu’on le pense.
9 Marcel Nauwick: Le budget russe et la suppression du monopole de Valcool. — Revue des Sciences politiques, 15 Avril 1915.
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Nous avons sous les yeux une étude de Mr Paul Quintesco, ingénieur, inspecteur industriel, sur l’industrie de l’alcool, qui contient des renseignements très intéressants sur cette question1). En admettant, d’après Mr Quintesco, que la production moyenne sera de 2.000.000 décalitres et qu’on fixera le prix de 35 lei par décalitre, l’Etat pourrait encaisser 70 millions. Le coût de fabrication, dans l’industrie privée, varie entre 4,50—6,50 lei le décalitre. Mr Quintesco prétend que le coût de la fabrication par l’Etat sera plus réduit : erreur ; au contraire il sera beaucoup plus élevé et il faudra compter au moins 6,50 lei, en moyenne par décalitre, ce qui fera une dépense de 13 millions. Le revenu de l’Etat, avec les impôts actuels, est de 48 millions; le monopole ne rapporterait que 57 millions auquels il faudra ajouter 2 millions la valeur des engrais résultant de la fabrication. Il ne faut pas oublier que l’Etat devra racheter les fabriques existantes, au nombre de 33, valant en moyenne 400.000 lei chacune, ce qui fait un total de 12.500.000 lei; nous devons compter 3 à 4 millions en plus l’indemnité commerciale, à accorder aux fabricants, ce qui obligera l’Etat à un emprunt dont l’annuité diminuera ses bénéfices annuels d’à peu près un million.
Le bénéfice n'est donc pas aussi grand pour justifier une pareille opération. D’ailleurs une augmentation de l’impôt pourrait produire le même résultat. En Angleterre l’impôt est de 709 lei par hectolitre, en Hollande de 375 lei, en Norvège de 333; en Roumanie il n’est que de 240 lei.
Nous devons d’autant plus tâcher de restreindre la consommation de l’alcool que la Roumanie est un pays vinicole de grand avenir; la plus grande partie de nos vignes a été replantée et la production du vin augmente tous les ans. La surface des vignes était en 1915 de 83.549 hectares et la produciion s'est élevée à 1.997.274 hectolitres représentant une valeur de 76.882.347 lei.
En dehors du vin la Roumanie possède une industrie prospère de la bière (15 fabriques), — boisson beaucoup moins dangereuse que l’alcool, — dont la consommation s’est élevée ^n 1914 à 29.894.262 litres pour lesquels l’Etat a encaisé 4.484.139 lei.
Une restriction de la consommation de l’alcool amènerait une augmentation de la consommation du vin et de la bière et par suite des revenus de l’Etat.
9 Le rapport de Mr Quintesco n’a pas encore été publié en entier Mr Emilian, directeur de l’industrie a bien voulu nous le communiquer.
Le danger d’une monopolisation à outrance consiste dans le fait de concentrer entre les mains de l’Etat toute la vie économique de la nation. Il y a peu de pays où l’Etat soit aussi puissant; il est propriétaire du réseau des chemins de fer; il a monopolisé le tabac, le sel, les allumettes, les explosifs, le papier à cigarettes, les cartes à jouer; il est le plus grand propriétaire foncier du pays; il possède des forêts immenses, des mines, des carrières, des pêcheries; il détient des terrains pétrolifères d’une grande valeur ; il a le contrôle des Crédits Rural et Urbain, des Banques populaires, de la Caisse rurale; la loi des contrats agricoles a mis entre ses mains une arme puissante ; il a, de fait, le monopole de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur. L’autonomie départementale et communale n’existe encore que de nom en Roumanie où le changement de gouvernement est toujours suivi du changement presque complet des administrations locales.
Une extension si considérable du régime des monopoles qui engloberait presque les deux tiers de notre industrie, rendrait l’Etat maître absolu de toute la vie économique et politique de la nation. Un pareil système transformerait de nouvelles classes de citoyens en fonctionnaires de l’Etat ou bien les ferait dépendre complètement de ses organes. La Roumanie deviendrait une machine centralisée où l’initiative individuelle, l’esprit d’entreprise, d’indépendance seraient remplacés par une dictature déguisée, pire que les tyrannies avouées car elle laisserait subsister l’apparence des formes Nous voudrions une autre Roumanie, composée d’hommes libres, aguerris par la concurrence, par la lutte pour la vie, au lieu des esclaves et des parasites qui tourneraient soumis et souples autour des maîtres du jour.
C’est par le développement de l’esprit, d’initiative et de combat qu’une nation s’affirme et grandit; la nation roumaine, pour remplir sa brillante destinée, a besoin d’une autre éducation et d’un autre idéal.
Nous rêvons d’une grande Roumanie, maîtresse des deux versants des Carpathes, réunissant sous son sceptre ses fils épars sous la domination étrangère, une Roumanie active, prospère, dont les habitants, entraînés aux luttes dans toutes les branches de l’activité humaine, aguerris par une éducation d’hommes libres, deviendront capables de conquérir les marchés de l’Orient et d’asseoir sur des bases solides notre prospérité et notre influence.
Notre natiom a toutes les chances de jouer un grand
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rôle dans l’Orient de l’Europe; nous possédons tous les éléments, et toutes les conjonctures nous sont favorables pour pouvoir mettre les tondements d’un impérialisme roumain.
Les nouvelles ressources
Il y a d’autres moyens pour augmenter les ressources de l’Etat; ce qu’on peut demander aux monopoles on peut le demander aux impôts. Pour réaliser le monopole du pétrole il faudrait indemniser les exploitations et les fabriques existantes dans le pays; l’emprunt contracté pour effectuerle rachat et constituer le capital de roulement, représenterait dans le budget, des annuités qui absorberaient la plus grandepartie des bénéfices.
Après la guerre il sera très difficile, pendant une longuepériode, d’avoir recours à l'emprunt; on n’aura pas d’autres ressources pour remplir les caisses du trésor que les économies, les impôts ‘et un meilleur rendement de l’avoir del’Etat. En premier lieu l’Etat devra clore l’ère du gaspillage et supprimer, sans hésitation, toutes les dépenses inutiles. En étudiant avec attention notre budget de dépenses, on arriverait facilement, sans désorganiser aucun service, à des* économies représentant un minimum de 35 millions. Parmi les impôts qu’on pourrait augmenter, notons les taxes sur l’alcool qui peut supporter une .nouvelle charge de 3 centimes par degré et décalitre; nous serions, même avec cette surcharge, un des pays les moins imposés en matière de boissons spiritueuses. La taxe sur les successions, déférées à des collatéraux ou à des étrangers, pourrait être modifiée dans un sens beaucoup plus progressif; l’introduction de l’impôt sur le revenu, avec échelle progressive pour les revenus dépassant une certaine somme, pourrait procurer au fisc des moyens d’une certaine importance. N’oublions pas la taxe sur les plus-values immobilières qui fonctionne en Allemagne et en Angleterre et qui devrait s’appliquer surtout dans un pays où les travaux d’utilité publique et certaines conjonctures économiques ont fait parfois doubler et même tripler de valeur certains immeubles. On pourrait ajouter quelques impôts somptuaires, sur les places de luxe en chemin de fer, sur les places de spectacles1), sur les loyers
l) Un impôt sur les places de cinématographes est préférable au monopole.
dépassant un certain maximum, ce maximum devant varier avec le nombre des membres de la famille1), etc.
Nous avons indiqué seulement quelques exemples: on pourrait allonger la liste. Notre pays n’est pas très imposé et, en tout cas, même avec de nouveaux impôts, il supportera des charges infiniment moindres que celles qui pèseront sur d’autres pays, en guerre depuis deux ans et ayant contracté des dettes fantastiques.
Les temps à venir seront très durs pour toutes les nations.
L’Etat roumain qui est propriétaire d’une immense domaine privé pourrait retirer de plus grands bénéfices par une meilleure gestion de sa fortune. Une organisation plus pratique des chemins de fer pourrait réaliser des économies sérieuses; ainsi le ministère de l’industrie et du commerce devrait céder à la direction des chemins de fer la redevance qui revie à l’Etat sur les concessions accordées sur ces terrains; cette redevance, livrée en nature au lieu d’être payée en argent, selon des estimations au dessous de la valeur, représenterait un bénéfice très sérieux. La taxe de i% sur la production du pétrole pourrait être portée à 2 ou même 3 pour cent et perçue également en nature. L’Etat pourrait facilement se concerter avec une raffinerie pour la lui livrer sous forme de benzine ou de résidus, selon ses besoins.
L’utilisation du sel pour un certain nombre de produits chimiques, procurerait également à l’Etat, propriétaire de plusieurs salines, des ressources qui ne seront pas à dédaigner.
L’Etat doit stimuler les énergies productives du pays; toute augmentation de la fortune privée des habitants, augmente les ressources du trésor. L’Etat doit créer ou améliorer les conditions les plus favorables à la production et à la distribution des richesses, en évitant autant que possible, de se substituer à l’initiative individuelle et à se transformer en commerçant et en industriel. Il a assez de besogne à administrer une fortune immense pour accaparer, sous forme de monopoles, de nouvelles branches très importantes de l’activité économique. Parmi ces conditions, la question des transports est celle qui devrait le plus le préoccuper.
*) A. Weber: «Les impôts somptuaires» dans La Revue , p. 242.
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Les moyens de transport
Un des grands défauts de notre organisation économique consiste dans le manque de moyens de transport rapides et économiques.
Le total des routes du pays s’élevait en 1913, à 44.573 kilomètres; sur ce nombre nous n’avons que 4.162 kilomètres de routes nationales et 4.936 kilomètres de routes départementales plus ou moins bien entretenues; le reste est constitué par des routes vicinales ou communales dont la grande majorité est dans un état déplorable; dans un pays où les lignes ferrées sont rares, où les canaux manquent, où les rivières ne sont pas canalitées, le mauvais état des routes est un obstacle permanent à la circulation des marchandises ; les mauvaises routes abiment les véhicules et les animaux de trait et rendent les transports plus difficiles et par conséquent plus chers. Il y a des époques de l’année où certaines routes sont presque impraticables.
Le réseau des chemins de fer, d’une longueur de 3.500 kilomètres, est encore insuffisant; la Hongrie possède 22.000 kilomètres, près de sept fois plus que nous pour une population deux fois et demi plus nombreuse. Notre réseau a encore le désavantage d’être, pour la plupart, à voie simple et de laisser sans communications rapides des régions entières. Nous signalerons, entre autres, le fait que la capitale de la petite Valachie, Craïova, est reliée à Bucarest par une ligne qui fait un angle immense, allant d’abord à Piteçti pour redescendre de là vers la Capitale; la région la plus peuplée et la plus riche, au point de vue agricole, l’Olténie, n’est reliée au reste du pays et à la mer que par cette ligne à voie simple; des contrées riches en forêts, en carrières et en mines de toutes sortes, n’ont pas encore été mises en valeur, faute de moyens de communication. La pénurie de lignes ferrées est aggravée chez nous du fait que notre pays étant un grand producteur de céréales, le transport de ces denrées encombrantes vers les ports du Danube et à la mer, doit s’effectuer dans l’espace de deux à trois mois, ce qui, à cause du manque de vagons et de la difficulté de manipulation sur des voies simples, produit des retards très préjudiciables aux agriculteurs.
Notre production étant composée, en grande partie, de marchandises volumineuses, des céréales et du bois, le pays devrait posséder des cours d’eau navigables, ce qui facileterait énormément les transports et ferait abaisser d’une manière sensible le prix de revient de ces marchandises.
Nous ne possédons que 950 kilomètres de voies fluviales propres à la navigation à vapeur; en dehors du Danube nous n’avons que des rivières navigables sur une très petite étendue; nous ne possédons ni canaux, ni rivières canalisées. Or, non seulement les céréales et le bois, mais de nombreux produits industriels comme le ciment, la pierre artificielle, les engrais, ne peuvent supporter les transports coûteux. Les industries qui emploient des matières premières volumineuses comme la minoterie, la distillerie, la brasserie, pour pouvoir prospérer, doivent avoir à leur disposition des moyens de transport peu coûteux, du lieu de production aux usines.
Au mois d’avril dernier le conseil municipal de la ville de Vienne s’est occupé d’une question qui nous touche de près: celle d’une communication fluviale directe pour les l3ateaux à vapeur entre les mers du Nord et Baltique et la mer Noire. Le conseil a invité le gouvernement à s’entendre avec la Hongrie et l’Allemagne pour procéder aux travaux nécessaires afin de rendre l’accès facile du Rhin, de l’Elbe et de l’Oder au Danube; dans ce but on devra creuser des canaux, améliorer la navigation aux Portes- de-Fer, construire des ports et des débarcadères, des chantiers et finalement réviser les actes concernant la navigation sur le Danube.
La ligue économique allemande-austro-hongroise qui s’est réunie le 5 Juin dernier à Munich a adopté aussi, dans son programme, la construction d’un «reseau fluvial de l’Europe centrale». Cette ligue a repris l’idée émise par le secrétaire d’Etat allemand Dernburg de rendre les Puissances du Centre indépendantes des voies maritimes, actuellement sous la dépendance de l’Angleterre, par la construction d’un système de canaux aboutissant au Danube qui présenterait aussi l’avantage de rendre les transports meilleur marché.
L’Allemagne du Sud, surtout, est intéressée à développer ses relations avec les pays de l’Orient de l’Europe en se servant de la voie au Danube afin de se procurer à meilleur compte les matières premières. Les industriels de la Bavière, du Wurtemberg et du duché de Bade ont à lutter avec de grandes difficultés à cause de leur isolement des centres d’approvisionnement. Le Danube seul pourrait parer à cet inconvénient et ouvrirait en même temps à l’industrie allemande non seulement les débouchés de la péninsule balkanique mais aussi ceux de la Russie méridionale ainsi que les régions du bassin du Volga et les ports du Caucase,
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-dont les produits pourraient être transportés, par Soulina— Braïla jusqu’à Regensburg. Il est extraordinaire que des millions de tonnes de céréales soient transportées de Galatz-Braïla par la mer Noire, la mer Méditerannée, l’océan Atlantique jusqu’à Rotterdam et de là, sur le Rhin, jusqu’à Mannheim au lieu d’être expédiées directement par le Danube l).
Actuellement le transport d’une tonne de céréales de Braïla à Regensburg, pour une distance de 2000 kilomètres coûte 36 lei, tandis que pour une distance de 6000 kilomètres, Galatz-Gibraltar-Hambourg-Mannheim, le prix par tonne coûte 15 à 20 lei 2).
Mr E. de Kvassay3) a démontré qu’avec une dépense de 12 à 15 millions de couronnes on pourrait faire remonter le Danube jusqu’à Budapest à des bateaux de 3000 tonnes; 24 millions de couronnes seraient suffisants pour écarter les obstacles qui rendent encore difficile la navigation aux Portes-de-fer. Le comte A. Serényi, dans un discours au Parlement4) a soulevé le projet d’un canal du Danube au Vardar qui mettrait Salonique en relations directes avec le réseau des voies fluviales de l’Europe Centrale. «L'ouverture d’un canal du Danube au Rhin ou du Danube à l’Elbe mettra au service des intérêts économiques de l’Europe Centrale une puissante voie fluviale allant de Rotterdam ou Hambourg jusqu’aux portes de l’Asie Mineure». Naturellement, dans le plan hongrois, la ville de Budapest est destinée à devenir le centre de cet immense réseau de voies navigables, centre où afflueront les charbons de la Ruhr, le pétrole de Roumanie, les bois et les minerais de fer de Bosnie et de Hongrie, des matières premières de toutes sortes provenant de la péninsule balkanique.
Ce programme, quand il sera complètement exécuté, aura pour conséquence une pénétration plus facile des objets fabriqués austro-allemands en Roumanie; pour pouvoir résister il faudra que nous imitions nos concurrents et que nous dotions notre pays d’un système de voies de communication fluviales. Notre exportation de céréales se fait en
q Nous avons reproduit tout ce passage d’après le dr. R. Jannasch
„die Wege und Eutfernungen zur See im Weltverkehr“, Berlin 1904 (cité par Mr. C. Baicoianu, Dunarea, p. 161).
3) Janasch (cité par C. Baicoianu), p. 161.
3) Cité par Mr Jean d’Iklôdy Szabo, député, dans la Revue de Hongrie. 1 Mai 1916, p. 17.
4) Même citation.
très grande partie par les bouches du Danube et par Con~ stantza; les communications directes par le Danube avec la mer du Nord profiteront beaucoup plus aux Puissances centrales qu’à la Roumanie.
Nous devons donc, autant pour tenir tête à l’envahissement des produits fabriqués austro-allemands qui pourraient faire une rude concurrence aux produits similaires roumains que pour stimuler notre propre production, réorganiser notre système de voies de communication.
Le Danube longe le côté sud de la Roumanie sur une longueur de 950 kilomètres; à partir de Turtucaïa les deux rives appartiennent à notre pays; cette artère merveilleuse* pour rendre son maximum d’utilité, devra être reliée à un réseau de voies navigables intérieures rattachant nos principaux centres de production, aux ports danubiens et à la mer. Les travaux exécutés dans le chenal du Danube devront être poursuivis afin que des bateaux d’un tonnage plus puissant soient en état de remonter jusqu’à Brada et même jusqu’à Oltenitza; la canalisation de la Dambovitza, de la Ialomitza et de l'Argesh pourraient faciliter l’accès des bateaux jusqu’à Ploeçti et jusqu’aux portes de Bucarest. La réalisation de ce plan doit aller de pair avec l’organisation de sociétés de navigation. Grâce au concours de la «Banca Romaneasca» qui a porté son capital à 60 millions on vient de fonder une société de navigation maritime «Romania» et une société de navigation danubienne «S. R. D». Le rapport du conseil d’administration de cette banque pour l’année écoulée indique, en termes excellents, la mission de notre pays1): «Les côtes de la mer Noire, de la Mer Égée et la mer Méditerranée se réveilleront de leur sommeil séculaire ; au milieu de cette renaissance, le pays qui détient les bouches du Danube sera appelé à jouer un rôle de premier ordre; nous serons donc obligés de parfaire notre organisation économique afin de maintenir et de développer notre rôle de pionniers de la civilisation dans ces régions dont les besoins augmenteront sans cesse».
Pour donner une idée de l’importance que présente pour nous le Danube et ses embouchures, nous reproduisons, d’après la «Statistique du commerce extérieur» les chiffres relatifs au mouvement de la navigation fluviale:
l) Rapport, p. 11.
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