DÉPENSES
Frais d'exploitai iou 80 000 marks.
Frais d'entretien 80 000 —
Total 160 000 marks.
Le bénéfice net d'exploitation est donc de 596 912 marks, soit en chiffres ronds 600 000 marks. Le prix d'achat (6 300 000 marks) correspond ainsi à dix années et demie d'exploitation.
LA COLLABORATION ANGLAISE 1 r>
d'être utilisé comme voie télégraphicfiie entre l'Allemagne et le Nouveau inonde, n'étant plus qu'un de ces câbles d'intérêt vicinal qui sont hors du cadre de cette étude.
Cependant, l'Allemagne est devenue une puissance coloniale. En 1871, quand elle inaugure le câble Greetsiel-I^owestoft, qui, dans sa pensée, n'est que le tronçon allemand de la grande ligne télégraphique Greetsiel- Lowestoft- Londres- Valentia et les États-Unis, elle méprise les efforts de l'Angleterre et de la France pour se constituer un domaine colonial. En 1882, quand elle célèbre la mise en service du câble Greetsiel- Valentia, elle ne possède pas encore un pouce carré hors d'Europe. Mais, en 1884, le prince de Bismarck se convertit à la politique coloniale. 11 encourage les sociétés de commerce qui promènent le pavillon allemand dans toutes les mers
et déposent ici et là quelques pauvres familles et de médiocres produits pour la vente aux indigènes. Quelques liardis colons arrivent ensuite, qui imposent de vagues traités à des cliefs sans territoire n^, autorité ; puis, au bout de quelque^!^^W-^'ï^^^-^:^^5N. nées, l'Empereur signe avec quemû^'^nation européenne du voisinage une jc^n^éài^^..^^ ] tion qui délimite cette conquête imaréi^isc ; et c'est ainsi que rapidement 1' AllenkQ^^ie- est devenue une puissance colonisatriefes»
Dès qu'un traité a délimité sa possession coloniale, c'est-à-dire dès que ses voisins en ont reconnu la légitimité, un des premiers soins de l'Allemagne est d'assurer aux commerçants, aux fonctionnaires, aux soldats installés dans son domaine nouveau une communication télégraphique.
Que cette communication soit étrangère ou allemande, elle n'y attaclie pas beaucoup d'importance; elle ne tient qu'à son bon fonctionnement. T^e traité entre
l'Angleterre et l'Allemagne qui délimite l'Africfue orientale allemande et en fixe définitivement l'étendue est signé le 1" juillet 1890; la même année, la compagnie anglaise Eastern and Soiitli African Telecjrnpli Coy à la deuiande de l'Allemagne, relie la nouvelle colonie au réseau télégraphique universel : elle pose un câble de Dar es Salam à Bagamojo et un autre de Bagamojo à Zanzibar, point de jonction avec le réseau universel, puis les met tous deux, pendant vingt ans, moyennant une redevance, à la disposition de l'Administration allemande. — C'est le 5 juillet 1884 que Nachtigal débarque à Bagida, dans le Togo, venant imposer au roi du pays la protection de l'Allemagne. Mais la jeune colonie ne prendra une physionomie germanique que quand un traité du 24 décembre 1885 aura fixé sa limite orientale du côté du Dahomey français et un traité du V' juillet 1890 sa limite occidentale du
côté de la Côte d'Or britannique. Aussi, dès 1803, l'Administration impériale des postes établit-elle une lij^^ne télégraphique aérienne qui, se dirigeant vers l'ouest, va se souder, à Kittah, au réseau anglais de la Côte d'Or et se trouve par lui en communication avec le réseau général des cables sous-marins. — Pareillement, c'est dans le courant de la même année 181)3 que l'Allemagne, d'une part, conclut avec l'Angleterre un traité qui délimite le Cameroun, et, d'autre part, passe avec la compagnie anglaise African direct Telegrapli Co un marché en vertu duquel celle-ci établit, moyennant une subvention annuelle de G 700 £ payable pendant vingt ans, un câble entre Duala (Cameroun) et Bonny (Nigeria), point de raccordement avec les câbles anglais qui apportent les dépêches allemandes en Europe,
En résumé, vers la fin de 1893, terme de la première période de la politique ger-
manique en matière de câbles, l'Allemagne possède, outre d'importants groupements d'émigrés en Amérique, quatre colonies, le Togo, le Cameroun, l'Afrique Orientale et l'Afrique du Sud-Ouest. Les nouvelles des Ëtats-Unis lui parviennent par les câbles de V A iigLo- American Telegrapli; celles du Cameroun, par ceux de ÏAfrican direct Telegrapli ; celles de l'Afrique Orientale, par cevix de V Eastern and South African Telegrapli. Quant aux messages du Togo, où aucun câble n'atterrit, ils ne peuvent arriver que par les câbles de V African direct Telegraph, après avoir suivi le fil des télégraphes terrestres allemands (du Togo) et anglais (de la Côte d'Or), De l'Afrique allemande du Sud- Ouest, aucun télégramme ne peut être expédié (1).
(1) C'est seulement en 1899, à la suite de la révolte des Hottentols commandés par le fameux Hendrik Witbooi, que l'Administration allemande tit un arrangement
A cette date, les Allemands ont à leur disposition, pour la sauvegarde de leurs intérêts politiques et commerciaux et pour le maintien de leurs relations intellectuelles et aussi de sentiment, les communications sous-marines qu'ils ont tout naturellement désirées et aisément obtenues. Mais elles ne sont pas allemandes, et ce qui commence à exaspérer le peuple allemand, ce n'est pas qu'elles soient étrangères, c'est
avec V Eastein aiid South African Telegraph Co pour qu'elle posât un câble de raccordement en T (245 kilomètres) qui devait mettre Swakopmund, port de l'Afrique allemande du Sud-Ouest, en communication avec le câble qui relie le Cap à Mossamedès, dans l'Afrique portugaise. Aujourd'hui, la colonie allemande a un réseau télégraphique terrestre qui a plusieurs points de contact avec celui de la colonie du Cap. Ses communications sont donc techniquement bien assurées; mais elles sont encore, aussi bien la voie terrestre que la voie sous-marine, sous le contrôle britannique. Je dois ajouter immédiatement qu'en vertu d'un marché récemment signé, la Compagnie allemande die Deutsch-SVulameriUanische Telegraphen^ fiesellscliaft s'est engagée à relier par ses propres câbles l'Afrique du Sud-Ouest à la métropole, dès que le contrat passé par l'Administration allemande avec V Eastern and South African sera expiré (1919).
qu'elles soient anglaises. Avec ce sentiment nouveau naît une politique nouvelle, dont les succès presque ininterrompus sont intéressants à retenir.
Ll[
L' Allema(>ne, aujourd'hui comme naguère, veut éviter les câbles exploités par des Anglais parce cju'elle pense que cette voie n'est plus pour ses messages suffisamment rapide ni sûre.
Il est évident que, quand le trafic télégrapliiquc allemand doit passer sur des fils anglais, il subit d'abord la priorité des télégrammes officiels anglais, et souvent celle de télégrammes de presse ou même de télégrammes privés ; et, comme les télégrammes officiels ou de presse sont souvent fort longs, la transmission des dépêches allemandes peut être presque indéfiniment retardée. D'autre part, l'acheminement par voie anglaise inspire aux destinataires
24 LES GABLES SOUS-MAUINS ALLEMANDS
des inquiétudes au sujet de l'intégralité du texte. Sans doute, les exploitants de câbles ont intérêt, comme industriels, à contenter leur clientèle afin d'accroître leurs profits; mais ils ont une nationalité, par suite un patriotisme qui, sourdement, les incite à desservir l'étranger, afin de favoriser la politique de leurs gouvernements ou les intérêts de leurs concitoyens. Or, pour desservir le concurrent, le rival, qui sera peut-être l'ennemi de demain, il suffit de lui remettre tardivement des textes tronqués, dont les lacunes seront toujours imputées à l'état électrique ou mécanique du câble; ou bien encore de divulguer habilement sa correspondance. En fait, en est-il ainsi ? On l'a toujours démenti, mais on n'a cessé de l'affirmer (l). Ce qui est
(1) Telle société, de nationalité neutre, comme la Grande Compagnie des Télégraphes du Nord, qui est danoise, s'est félicitée, un jour, « de jouir de la contiance de tous les Gouvernements et Administrations dont elle relie les territoires et cela grâce à sa nationalité passive
certain, c'est qu'on ne se sert pas longtemps chi messager habituel de son rival, sans appréhender qu'il ne soit infidèle ou
et neutre en fait de politicjvLe et à la bonne réputation de cliscrétioi et A' impaitialité dont jouit son service depuis plus île trente ans « . (Rapport à TAssemblée des actionnaires tenue à Copenhague le 28 avril 1900.) Malgré le témoignage de satisfaction qu'elle se décernait ainsi, la Compagnie fut bien obligée, plus tard, de reconnaître que certains expéditeurs de télégrammes, par défiance, évitaient ses lignes. A TAssemblée du 27 avril 1907, elle avoua que, « depuis le commencement de la guerre entre les deux pays et jusqu'à l'heure actuelle^ les correspondances japonaises évitaient les voies de Russie » . Deux années plus tard (24 avril 1909)^ parlant de la rapidité des transmissions sur la voie Kiachta et sur la voie Wladivostock, elle dit : « Si le public n'y recourt pas encore autant que le service le mérite, cela est dû principalement aux senlimcnts et préjugés chauvins dont l'origine remonte aux événements politiques des dix dernières années. » Ces préjugés, si tenaces, peuvent être regrettables ; mais qui démontrera qu'ils ne reposent sur aucun fondement? Quel exploitant de câbles, ou plutôt quelle administration télégraphique est au-dessus de tout soupçon?
Il y a près de vingt ans, on se plaignait en Angleterre que V Eastern Extension et la Compagnie des Télégraphes du Nord eussent des bureaux communs à Hong-Kong et à Shang-Uaï. Les lignes danoises^, traversant le territoire russe, on s'inquiétait de ce qu'il adviendrait des transmissions télégraphiques anglaises si un conflit s'élevait entre l'Angleterre et la Russie (^Investor's Jievieiu, octobre 1894, p. 236).
indiscret. Transmissions retardées, altérées ou divulguées, voilà ce que redoutaient les Allemands de la discourtoisie des Anglais.
Tous ces soupçons, qui sont des arguments en faveur d'un réseau national et indépendant de cables sous-marins, l'Allemagne ne les ignorait pas tout à fait quand, de 1869 à 1893, elle fit avec les Compagnies anglaises des arrangements pour relier ses colonies au réseau télégraphique universel. Mais, durant cette première période, sans se désintéresser de ses émigrés de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du 8ud, ni de ses jeunes possessions africaines, elle n'en avait pas le souci constant comme depuis une vingtaine d'années; l'impérialisme allemand, sous la forme nationaliste et quelque peu mystique qu'il a prise depuis, ne jouait pas encore un rôle prédominant dans la politique de l'Empire. On se contentait d'avoir
fait l'unité constitutionnelle et territoriale du pays sans vouloir maintenir clans une sorte d'allégeance morale les fils de Germanie à jamais partis pour chercher une autre patrie. Par suite, le besoin de communications nationales avec les colonies de toutes sortes était moins sensible.
D'antre part, l'AUema^jne, dont la politique extérieure s'est longtemps cantonnée dans l'Europe, était restée presque sans flotte de guerre. En 1882, quand elle pose le câble Greetsiel-Valentia, sa flotte a un tonnage de 184 000 tonnes et la puissance de cette flotte en chevaux-vapeur ne dépasse pas 1G3 270. En 1894, quand elle va changer de politique en matière de câbles, elle ne possède encore que 88 unités, avec un tonnage de 260 000 tonnes et une puissance de 292 000 chevaux. Mais, à cette dernière date, l'ambition d'avoir une grande flotte de guerre est née : elle va s'épanouir et, à l'été de 1914, on comptera 133 unités
avec un tonnage de I 041 010 tonnes et une foicc de 1832 840 cbevaux-vapeur.
Le commerce extérieur liors cC Europe prend d'année en année une importance croissante. Exportations et importations réunies atteignent 499 715 000 marks en 1882, 1 944 500 000 marks en 1894 et s'élèveront à 7 277 000000 marks en 1913.
La marine de commerce a une flotte dont le tonnage augmente sans cesse : en 1882, elle se compose de 458 navires à vapeur ayant un tonnage net de 251 648 tonnes et un équi[)agc de 9 510 hommes; en 1894, il y a 1 01 G navires dont le tonnage est de 823 702 tonnes et l'équipage de 24G49 hommes; au 1" janvier 1913, le mouvement imprimé à la flotte ayant continué, ce n'est pas moins de 03 7 1 3 hommes qui monteront 2 098 navires jaugeant 2 055 490 tonnes. Enfin, Berlin devient un grand marché financier international. — Or, pour donner rapidement et sûrement
des instructions à cette flotte de (juerre; pour assurer la transmission des ordres d'achat et de vente; pour diriger cette marine de commerce suivant les demandes de transport et le cours des frets; enfin pour que les capitaux puissent venir ou se retirer suivant les besoins des marchés, il faut disposer de moyens d'information sûrs, c'est-à-dire avoir des cables télégraphiques nationaux, fabriqués en Allemagne, j)osés par des navires câbliers allemands, et exploités par des Allemands.
C'est une nécessité stratégique, commerciale et financière.
Sans doute, jusque vers 1894, l' Allemagne n'a pas semblé beaucoup souffrir de sa dépendance télégraphique vis-à-vis de l'Angleterre : les deux nations étaient alors amies. Les sujets de la reine Victoria commençaient bien à s'inquiéter de la croissance industrielle et commerciale de leurs cousins du continent ; cependant
l'heure des rivalités malveillantes n'était pas encore venue : l'Allemagne ne se défiait point du messa(];er anglais.
Mais pangermanisme et panbritannisme ne peuvent bientôt plus cacher l'un ses ambitions et l'autre ses soupçons. Les progrès de l'un semblent une menace pour l'hégémonie de l'autre. Une méfiance, tantôt arrogante et tantôt souriante, va séparer désormais les deux peuples : vers 1894, l'Allemagne décide de donner congé au messager anglais. Elle dresse donc le plan d'un réseau national de câbles sousmarins, grâce auquel elle sera liée directement à ses groupements d'émigrés installés aux Etats-Unis, au lîrésil et aussi dans l'Empire ottoman et à ses colons disséminés dans ses c[uatre colonies africaines.
Depuis 1894, le plan s'est étendu, l'Allemagne ayant acquis ou conquis des colonies dans l'Océan Pacifique : en 1898, elle prend à bail pour quatre-vingt-dix-neuf
ans la baie de Kiao- Tclieoii ; au commencement de 1899, elle achète à l'Espagne, pour 25 millions de pesetas, les Garolines et les Mariannes ; à la fin de cette môme année, elle règle avec l'Angleterre et les États-Unis les conditions de son établissement définitif aux Samoa, et, avec l'Angleterre seule, la délimitation de l'arcbipel Bismarck. L'exécution de son vaste projet télégraphique va se heurter à de grandes difficultés ; avec une inlassable obstination, elle s'efforcera de les surmonter, et si elle ne le peut immédiatement toute seule, elle fera appel aux Danois, aux Hollandais, aux Américains, aux Français eux-mêmes pour qu'ils l'aident tous, sinon à établir des cables allemands, tout au moins à affranchir les communications allemandes de la tvitelle et de la censure britanniques.
Pour exécuter ce plan, c'est-à-dire pour obtenir des peuples étrangers les droits d'atterrissement et pour fonder des sociétés de fabrication et d'exploitation de câbles, l'Administration allemande s'est servie, comme intermédiaire, d'une vieille maison de métallurgie de Miiliieim-sur- Rbin, dont la raison sociale est actuellement : FeLten und Guilleaunie Carlsiverk, Actiengesellscliaft.
Fondée en 1826, à Cologne, par Jcan- Tbéodore Felten et son gendre, Fran( ois- Cbarles Guilleaume, cette société avait commencé en 1853 à fabriquer des câbles télégrapbi([ues. Un descendant des fondateurs, F.-C. Guilleaume, créa, en 187i, à
Miilheim, le ^^rand établissement qui couvre actuellement, avec toutes ses installations annexes, plus de trente-quatre hectares. La maison Felten et Guilleaume a pris une grande importance depuis une vingtaine d'années : son capital-actions atteint aujourd'hui 55 millions de marks et elle a émis des obligations pour 25 millions de marks (1) ,
Cette Compagnie a joué, à peu près officiellement, dans la constitution du réseau sous-marin germanique, un rôle ana-
(1) Ces 80 millions de marks n'ont pas été entièrement consacrés à des installations industrielles; d'après le bilan de la Société arrêté le 31 décembre 1913, les valeurs qu'elle avait en portefeuille à cette date atteignaient 44580 040 marks. Ce portefeuille contenait, entre autres titres, des actions de trois compagnies allemande» exploitant des télégraphes sous-marins : la Deutscli-Niedeildn^ dische^ V Osteuj opàische et la Deutsch^Sitcl amerikanische ; il renfermait aussi la moitié des actions de la Compagnie de fabrication de cables die ^orddciitsche Seehaheliverhe^ A, G., de Nordenham.
La maison Felten et Guilleaume possédait récemment toutes les actions (940 000 francs) de la Société anonyme d'électricité Lahmeyer, à Lille.
logue à celui que jouèrent, à titre privé, les grandes sociétés de construction anglaises : la Maintenance^ V India Rubber, Siemens brotliers, fV. T. Henley, etc..
dans la formation du réseau britannique.
Elle fut vraiment le représentant des intérêts politiques et commerciaux de l'Empire : c'est à elle que l'Administration impériale a accordé les concessions en territoire allemand et c'est avec elle que l'Espagne, le Portugal, les États-Unis, les Pays-Bas, etc.. ont traité.
Pour la seconder dans sa mission, qui était surtout d'ordre politique et financier, la maison Felten et Guilleaume avait besoin d'un auxiliaire tecbnique. En effet, lorsque vers 18941' Allemagne décida l'organisation d'un réseau télégraphique purement allemand, elle ne possédait pas d'usine assez bien outillée pour fabriquer des câbles ; elle n'avait même pas un seul bon navire câblier pour les immerger ou les réparer.
Nous verrons plus loin que le premier câble allemand posé depuis l'adoption de la politique nouvelle fut celui qui joignit Borkum, près d'Emden, à Vigo, en 1897; le second, celui qui réunit Borkum à New- York, en 1900; l'un mesurait 2078 kilomètres, l'autre 7 935 kilomètres. Tous deux furent fabriqués et posés par la grande compagnie anglaise Telegraph Construction and Maintenance Co. Mais, ayant adopté, en matière de télégrapjjie sous-marine, une politique nationale et quasi antibritannique, l'Allemagne ne pouvait tolérer longtemps cette sorte de subordination vis-à-vis de l'industrie anglaise.
Le 27 mai 1899, la maison Felten et Guilleaume fonda, à Cologne, avec le concours de la Deutscli-J tlantisclie TelegrapliengeseLlscliaft, compagnie tout récemment constituée par elle pour exploiter les câbles allemands de l'Atlantique Nord,
une société anonyme dont la tâche spéciale devait être la fabrication, la pose et la réparation des câbles du réseau sousmarin allemand. La raison sociale de la compagnie nouvelle était Norddeutsclie Seekabelwerke, A. G. (1). Le capital primitif, fixé d'abord à deux millions de marks, fut porté à six par l'Assemblée générale du 30 juin 1902. La maison Felten et Guilleaume en détient la moitié ; l'autre appartient à la Deutscli-Atlantisclie.
Les Norddeutsclie Seekabehverke, qui possèdent trois navires câbliers, le Stephan, le Von Podbielski et le Grossherzog von Oldenburg , ont fabriqué et posé, depuis la fin de 1900, tous les câbles mis en service par les Compagnies allemandes, soit près de 30000 kilomètres. Ils ont, en outre, travaillé pour les nations et les compagnies ayant des relations cordiales
(1) Fabrique de câbles sous-marins de l'Allemagne du Nord, société par actions.
avec r Allemagne. C'est ainsi qu'ils ont fabriqué et posé, en 1901, le câble (;erniano- anglais Borkuni-Bacton ; en 1906, le câble germano-norvégien Cuxhaven- Arendal; en 1907, le câble de Rôdvig (île Setland) à Liban et à Saint-Pétersbourg, appartenant à la Grande Compagnie des Télégraphes du Nord (danoise); en 1909 et 1912, les câbles dont l'Autriche avait besoin le long de la côte de Dalmatie; en 1912, le câble Panama-San Elena (Equateur) pour la Compagnie américaine Central and Sout/t American Telegrapli Co, etc.
Enfin, ce sont les Norddeutsclie Seekabelwerke qui ont immergé, en 1912, le câble Monrovia-Conakry (Guinée française) et le câble Monrovia-Grand Bassam, pour le compte de la Sont II American Cable Co, société anglaise de nom, mais qui, en fait, était sous la maîtrise absolue de l'Administration française, comme je l'expliquerai plus loin.
Outre cette société industrielle pour la fabrication, la pose et la réparation des câbles, la maison Felten et Guilleaume a fondé, avec le concours de banquiers, les quatre sociétés qui exploitent aujourd'hui les diverses parties du réseau sous-marin allemand : 1° la Deutscli-Attantisclie Telegrapliengesellscliaft qui exploite les câbles de l'Atlantique Nord; 2" la Deutsch-Sûdamerikanisclie Telegrap/ienj/esellsc/iaft qui exploite ceux de l'Atlantique Sud; 3° la Deutscli-NiederLànclisclie TelegrapliengeselLscliaft, société mi-allemande, mi-hollandaise, qui assure les communications de l'Océan Pacifique; 4° ï Osteurojmisclie Tetegrapliengesellscliaft, à qui appartient le câble allemand de la mer Noire, entre la Boumanie et Constantinople. Tous les câbles allemands d'intérêt international (1) sont ainsi entre les mains des filiales de la
(1) Sur le sens que je donne à l'expression « câbles d'intérêt international » , voir la note de la page 1.
maison Felten et Guilleaume. Ne font exception que les deux câbles posés, en 1900, en Chine, lors de l'insurrection des Boxers (Tsinjjtau à Chefoo, Tsingtau à Shanghaï), et le câble Greetsiel-lk'est qui fut immergé en octobre 1911; ces trois câbles sont exploités en régie par l'Administration impériale.
La maison Felten et Guilleaume, les Norddeutsche Seehabelwerke et les quatre compagnies exploitantes sont restées étroitement unies entre elles, ainsi qu'en témoigne la composition de leurs conseils d'administration. MM. Wilh. Farwick, Max von Guilleaume et Louis Ilagen sont membres des conseils des six sociétés; MM. D. Ilœter, Emile von Oppenheim, Paul Schwabacli sont administrateurs des quatre sociétés d'exploitation, etc..
M. O. Stœcker est directeur de trois de ces sociétés, etc. . . Un autre trait de l'union de ces diverses entreprises entre
elles est la communauté de leurs relations avec la A. Schaoffliausen'sclier Bank- Verein : M. Farwick est un des directeurs de cette banque; MM. Louis Hagen, Max von Guilleaume, Émile von Oppenheim sont membres du conseil d'administration.
Banque, société de construction, sociétés d'exploitation ont toutes leur siège social à Cologne.
Tels sont les divers instruments dont l'Administration impériale s'est servie pour réaliser son plan télégrapbique. Considérons maintenant l'œuvre accomplie.