CHAPITRE V
La conquête économique de la Perse Méridionale.
Les mêmes inquiétudes et les mêmes craintes qui, au commencement du xix" siècle, furent le point de départ de l'action de l'Aagleterre sur la côte occidentale du golfe Persique et du golfe d'Oman l'amenèrent également à comprendre dans sa sphère d'attraction la rive orientale des deux golfes. Il ne suffisait pas en effet à la politique du gouvernement britannique de réunir dans un système d'alliance contre les entreprises de Napoléon les divers sultans d'Arabie et de garder les passages de la voie maritime de la mer Rouge et du golfe Persique, il fallait joindre à la coalition les Etats
dont le territoire commandant la rive orientale du bassin persique pouvait être emprunté comme lieu de passage par une armée venue de l'Ouest. Le danger d'une attaque sur l'Inde pouvait en effet provenir aussi bien d'une marche de l'armée française par la voie terrestre à travers les régions qui s'étendent de l'Euphratc à l'Indus, que d'une expédition par la voie de la mer Rouge ou de la mer Persique. Aussi le gouvernement britannique chercha-t-il à cette époque à associer à sa politique les Etats situés sur la rive orientale du golfe Persique et du golfe d'Oman, et tandis qu'il installait un résident à ftlascate, un autre à Bassora et qu'il nouait des relations d'amitié ayec Koweït, il résolut de s'assurer l'alliance de la Perse et des chefs du Béloutchistan.
Déjà le gouvernement français, prenant les devants, avait fait partir en 1796 pour la Perse la mission du naturaliste Olivier; à cet envoi le gouvernement britannique répondit par la mission de John Malcolm, qui fut assez heureux pour obtenir en 1801 de la cour de Téhéran un traité d'alliance perpétuelle contre la France; mais ce succès fut éphémère. La renommée de Bonaparte et la crainte des armées françaises dont la gloire emplissait le monde et frappait d'admiration l'Orient, l'emporta sur l'or et les efforts des Anglais. Le chah qui régnait alors, Feth Ali, déchirant de son propre mouvement le traité tout récent encore que lui
avait dicté John Malcolm, écrivit de sa main au Premier Consul pour lui demander son alliance et son amitié. Avant de répondre à cette ouverture par une ambassade officielle, Napoléon voulut qu'un aii^ent de confiance allât en Perse prendre des informations plus précises. Le comte Joubert fut choisi pour cette mission délicate, qui occupa les années 1803 et 1800, et qui fut suivie en 1807 de l'ambassade du général Gardanne, accompagné pour la circonstance d'un personnel choisi d'officiers et d'ingénieurs. Malheureusement la conclusion du traité de Tilsitt, en faisant de la France l'alliée de la Russie, alors ennemie de la Perse, vint rompre les négociations, Le général Gardanne dut partir, et l'Angleterre, qui avait désormais le champ libre devant elle, se hâta de profiter des nouvelles dispositions du chah pour envoyer à la cour de Téhéran la mission de sir Gore Ouseley, en même temps qu'elle chargeait le lieutenant Pottinger et les capitaines Grant et Christie d'explorer le sud de la Perse et le Béloutchistan. La chute de Napoléon vint bien débarrasser l'Angleterre de tout souci du côté de la France, mais ce fut pour la mettre en présence d'un rival plus redoutable encore, la Russie, parce que cette dernière puissance est à portée, par son voisinage et par les forces et les ressources dont elle dispose, d'exercer une action énergique stir la Perse. Vers le commencement du xix'= siècle, la politique des
tsars cherchait, elle aussi, à ouvrir à l'influence russe cet Etat, et employait, pour y parvenir, le seul procédé qu'elle connût alors, la méthode de coercition et de conquête. Les luttes entre la Russie et la Perse étaient fréquentes, et celle-ci devait payer chaque fois les frais de la guerre par des pertes de territoire et des contributions d'argent; lambeaux par lambeaux les tsars arrachaient aux souverains persans des fragments de leur domaine. En vain, le fondateur de la dynastie actuelle, Agha Mohammed, avait-il transporté la cour d'Ispahan à Téhéran d'où il se croyait plus à même de surveiller la Russie, lui-même devait céder en 1797 la partie du Daghestan au nord du Kour; en 1813 Feth Ali perdit le reste du Daghestan et le Chirwan ; en 1828, les khanats d'Erivan et de Nakhitchewan furent également enlevés cà la Perse, qui dut encore payer une forte contribution d'argent. Après chaque guerre, le chah se trouvait de moins en moins maître d'orienter sa politique dans un sens défavorable aux intérêts russes, et il était à craindre que la Perse ne tombât complètement sous l'influence ou la domination de la Russie, quand l'Angleterre, craignant de voir sa rivale devenir maîtresse de la côte de l'Iran et dominer l'entrée du détroit d'Ormuz, réussit à conclure en 1834 avec la Russie un accord par lequel les deux puissances contractantes s'engageaient à maintenir la Perse comme Etat indépendant. Alors assuré qu'aucun coup de
force, qu'aucune surprise extérieure ne viendraient porter atteinte à la situation politique de la Perse, le gouvernement britannique se mit à entreprendre la conquête économique du pays, en faisant porter ses efforts surtout sur les régions de la Perse qui étaient le plus accessibles à son action et dont la possession importait le plus à la défense de l'Inde, c'est-à-dire sur la Perse Méridionale qui touche au golfe Persique et à la mer d'Oman. C'est ainsi qu'en 1833, un an seulement après l'arrangement anglo-russe, le gouvernement britannique se fit reconnaître le droit de visite sur les navires persans. Dans le même ordre d'idées fut décidée l'expédition anglaise de l'Euplirate qui, sous la conduite du colonel Chesnay, remonta, en 1836, le cours du Karoun, affluent de ce fleuve, reconnaissance qui fut renouvelée plus tard par le lieutenant Selby. Le major Rawlinson, de 1836 à 1838, explora les parties septentrionales et découvrit la célèbre inscription cunéiforme de Bahistoun tracée sur le rocher au temps du premier Darius, et où le texte est répété dans les trois langues principales de l'ancien empire Achéménide. Cinq ans plus tard fut constituée la fameuse commission d'arbitrage, connue sous le nom de commission des limites, mi-partie anglaise, mi-partie russe, laquelle, chargée de fixer les points en litige de la frontière turco-persane, source de contestations perpétuelles, apporta un contingent précieux à l'étude du sud-
ouest de l'Iran. En même temps l'activité inlassable (le l'Angleterre se portait sur les Etats limitrophes qui s'interposaient entre la Perse et l'Inde : l'Afghanistan et le Béloutchistan. C'est à cette époque que remonte la première expédition angkiise dans l'Afghanistan et l'installation d'un résident anglais à Kaboul. L'armée anglaise fut anéantie, il est vrai, le résident massacré, et l'Afghanistan recouvra son indépendance, mais il en fut autrement pour le Béloutchistan. Un petit corps d'armée de 1 260 hommes ayant fait son apparition devant Kélat, la capitale du pays, le souverain baloutche signa un traité par lequel il dut se déclarer vassal soumis, jurer de se laisser toujours guider par les bons offices de l'agent politique anghiis résidant à sa cour, concéder au gouvernement britannique le droit de placer des garnisons dans toutes les villes du Béloutchistan où il serait jugé convenable, promettre sa coopération subordonnée en toute circonstance, enfin accepter le subside annuel qui le transformait en un simple fonctionnaire de l'Etat voisin.
Ainsi le Béloutchistan perdit son indépendance et gravita désormais dans l'orbite de l'empire indien et, comme conséquence, les limites de cet empire furent reportées des bords de l'Indus à la frontière persane, englobant ainsi tout le littoral baloutche sur le golfe d'Oman, jusqu'à l'embouchure de la rivière Dacht.
A la même époque, la plus grande partie du littoral persan lui-même tomba aux mains d'un prince soumis à l'influence anglaise. Seyd-Said, sultan de31ascate, ayant déclaré la guerre au chah, s'empara des îles d'Ormuz, de Laredj, de Kischm et d'Hendjam, occupa les ports de Bender-Abbas et de Lindje et conquit toute la côte persane sur une étendue de 800 kilomètres depuis l'embouchure de la rivière Dacht jusqu'au cap Bostonnah. Pour comble de malheur la Perse vit, à la même époque, une autre fraction importante de la côte persique, du cap Bostonnah à la pointe deNabend, se soustraire à sa domination. Une colonie d'Arabes du Nedjed, venue au courant du siècle à la suite de l'extension de l'empire wahabite s'établir sur la côte orientale du golfe, profita de sa faiblesse et des embarras du chah pour refuser de reconnaître son autorité et se plaça sous la souveraineté du sultan arabe du Xedjed. 11 ne resta plus alors à la Perse que la faible étendue de côtes comprise entre la pointe du Nabend et l'embouchure du Chatt-el- Arab. Encore quelques années plus tard faillit-elle la perdre et fut-elle sur le point de se voir privée de tout accès à la mer. En 1837, le chah et l'émir d'Afghanistan étaient en lutte pour la possession d'Hérat, et les troupes persanes assiégeaient la ville que défendaient les troupes de l'émir appuyé par le gouvernement anglo-indien. Pour opérer une diversion, la flotte britannique vint faire une démonstra-
tion dans le golfe Persique et attaquer la partie du littoral dépendant encore de la Perse. La ville de Mohammerah, sur le fleuve Karoun, fut bombardée, l'île de Kharag occupée; un corps de troupes anj^lo-indiennes débarqua dans la presqu'île de Réchire et s'empara de Bender-Bouchire. A ce moment, il eût été possible à l'Angleterre de porter les dépendances de l'Inde de la rivière Dacht à FEuplirate et de clore ainsi à son profit la question du golfe Persique. La Russie, qui sortait affaiblie de la guerre de Grimée et qui entendait pratiquer une politique de recueillement, ne se fût pas jetée sans doute dans une nouvelle aventure pour empêcher l'occupation permanente de Bouchire. Cependant le Foreign-Offîce, craignant que l'occupation du littoral persique ne fût onéreuse pour les finances de l'Inde et ne devînt par la suite une source de complications, ne le fit point et., à la paix, restitua à la Perse les îles du golfe ainsi que Mohammerah et Bouchire. Ici encore nous devons relever dans l'histoire coloniale de l'Angleterre au xix^ siècle une nouvelle application des doctrines de l'Ecole de Manchester, hostile à toute extension coloniale considérée comme pouvant causer plus d'ennuis que rapporter de profits.
L'occasion perdue ne s'est plus retrouvée depuis, et même à partir de cette époque, des modifications territoriales se sont produites sur la côte orientale du golfe Persique, lesquelles ont été plutôt défa-
vorables aux intérêts anglais. En effet, la partie de cette côte qui obéissait à son fidèle allié le sultan de Mascate et qu'on pouvait à ce titre considérer comme entrée en quelque sorte dans la sphère d'influence anglaise, a depuis 18o7 changé de maître. Sous la domination de l'Oman, cet ancien territoire persan était parvenu à un haut degré de prospérité. Grâce à la politique tolérante et libérale de l'Oman, qui avait remplacé l'esprit étroit de l'ancienne administration persane, un grand nombre de commerçants étrangers, partis non seulement de Bahréïn, de l'Hasa, de Bassora, mais des contrées plus lointaines de l'Hindoustan et du Béloutchistan, étaient venus s'y fixer, Bender-Abbas était devenu un entrepôt commercial considérable. Lindje déclaré port libre et exempté de toute exaction douanière vit son importance s'accoître à un point tel que l'étendue qu'elle avait sous l'administration persane quadrupla. Du côté de la terre arrivaient dans ces ports les marchandises de Schiraz et d'Ispahan, d'Hérat, du Khorassan et de la Tartarie; du côté de la mer les articles du Caire, de Zanzibar et de Bombay; on rencontrait dans les rues des matelots de tous pays. Palgrave, qui visita la contrée en 1863, fut frappé de la quantité de bâtiments de toutes sortes : schooners, cutters, boutres, vaisseaux marchands, bateaux de pêche, qui remplissaient ces ports. Malgré l'éloignement de ces villes séparées du reste de l'Oman par la
nappe d'eau du golfe Persique et isolées en pleine terre persane, les sultans de Mascate n'avaient pas élevé de fortifications ni placé de garnison pour y maintenir leur autorité contre les entreprises de la Perse : l'attachement des habitants et la marine de l'Oman suffisaient. « Mes meilleures fortifications contre les ennemis sont les murailles de bois », disait Seyd-Saïd, faisant allusion à ses vaisseaux. Mais après la scission de l'empire d'Oman et surtout après la vente de la flotte par Thoweyni, cet État ne put plus conserver ses précieuses acquisitions de la côte iranienne. La Perse reprit avec Lindje et Bender- Abbas toutes les villes de la rive orientale du golfe, depuis la frontière maritime du Béloutchistan jusqu'au cap Bostonnah. Les îles situées dans le golfe furent également enlevées à la faiblesse de l'Oman. Seules, de toutes ses anciennes possessions de la rive orientale, les villes de Djask et de Guador restèrent au sultan de Mascate.
Rentrée en possession de la côte qui était tombée au pouvoir de l'Oman, la Perse eut également le bonheur de reprendre cette autre partie de son littoral, du cap Bostonnah au cap Nabend, qu'avaient conquise les Wahabites du Nedjed, et de la sorte fut remis sous sa domination tout le littoral depuis la frontière du Béloutchistan jusqu'à l'embouchure du Chatt-el-Arab. Ce littoral est resté depuis persan. Mais si l'Angleterre n'a pas su ou
voulu se rendre en temps opportun la maîtresse politique de toute la côte orientale du golfe Persique, elle n'a du moins rien négligé, il faut le reconnaître, pour faire la conquête économique de la région ; elle s'est efforcée d'atteindre ce but avec une ténacité qui n'a jamais faibli et une vigilance sans cesse en éveil, et l'on pourrait même dire que dans l'œuvre de l'annexion économique, elle est plus avancée sur la côte de l'Iran que sur la côte d'Arabie . Tout d'abord elle a commencé par rattacher la côte méridionale de la Perse à rinde par une ligne de câbles sous-marins, qui touche à Guador, Djask, Bender-Abbas, Lindje, Bouchire. Dans ces villes, la station télégraphique est comme une ville à part, pourvue do son personnel et de ses moyens de défense; les murailles sont percées de meurtrières et les râteliers pleins d'armes; des détachements de troupes protègent en outre le personnel et assurent sa sécurité. Dans l'intérieur de la Perse, diverses lignes télégraphiques terrestres sont aussi entre des mains anglaises. C'est ainsi que le réseau entre Bouchire et Téhéran appartient à V Indo-European Telegraph Companij ainsi que celui qui va de Téhéran à Djoulfa sur la frontière russe de l'Aderbaidjan et celui qui existe entre Téhéran et Méched.
En 1902, une nouvelle convention anglo-persane vient d'être conclue pour l'établissement d'un réseau télégraphique entre l'Europe et l'Inde. Aux
termes de cette convention, la Perse doit construire sous la direction des Anglais, une triple ligne télégraphique de Kachan, au midi de Téhéran, à la frontière du Béloutchistan par Yezd et Kirman. Les frais d'établissement, les réparations et les appointements des gardes sont à la charge de la Grande-Bretagne qui acquiert ainsi, au centre de la Perse, des installations et des agents.
La construction des routes et des chemins de fer a été menée de front avec l'établissement des lignes télégraphiques. Sous Nasser-Eddin, une société anglaise s'était fait accorder le monopole du service avec fourgon de la route de Téhéran à Koum et la concession d'une route carrossable de Téhéran à Ahouvaz, sur le Karoun. Cette société, il est vrai, prévoyant que la route ne paierait pas, a abandonné cette concession, mais ce déboire a été compensé par l'ouverture de la route de Noucki à Méched par le Séïstan, laquelle, pour la plus grande partie de son parcours, emprunte les régions annexées ou protégées par l'empire britannique. Un consul anglais a été installé à Nasterabad au point où le chemin pénètre en territoire persan. On a creusé des puits, construit des caravansérails pour encourager le trafic. La route à peine terminée, le gouvernement anglo-indien a décidé la construction d'une ligne de chemin de fer de 130 kilomètres de long, de Quetta à Nouchki, laquelle sera l'amorce du futur chemin de fer entre
l'Inde, la Perse et la Turquie. Cette ligne d'une importance capitale doit aboutir plus tard en effet dans les États du chah, et, prolongée en Turquie d'Asie, devra se souder aux chemins de fer d'Anatolie.
Il n'est pas jusqu'à la circulation fiduciaire et aux richesses minières sur lesquelles les Anglais n'aient voulu mettre la main. En 1888, ils ont réussi à obtenir de Nasser-Eddin l'autorisation pour une société, la « Nouvelle banque orientale de Londres », d'émettre des billets de banque et de faire des opérations financières en créant des succursales dans les principales villes de la Perse, à Ispahan, Schiras, Tauris, Méched, Bouchire. L'année suivante, le baron J. de Reuter obtenait la création de la Banque impériale de Perse à laquelle était octroyé le droit exclusif d'exploiter les mines de fer, de cuivre, de mercure, de pétrole, de manganèse, de borax non encore concédées. JNasser-Eddin avait aussi donné aux Anglais la régie des tabacs, mais devant la vive opposition que souleva cette mesure parmi ses sujets, il dut opérer le retrait de cette concession, moyennant le paiement d'une indemnité de 12 millions 500 000 francs à la compagnie dépossédée. Ce fut la Banque impériale de Perse qui fournit la somme nécessaire à cet effet. Depuis quatorze ans, la Banque impériale, qui a fusionné avec la nouvelle Banque orientale de Londres, fonctionne d'une
manière satisfaisante, étend ses afl'aires, donne des bénéfices et est pour l'Angleterre un instrument utile et fécond.
Enfin, c'est à l'initiative anglaise qu'il faut attribuer en 1888 l'ouverture du lleuve Karoun au commerce. Formé des torrents de la Susiane au Nord et du l^ouristan, le Karoun est un magnifique cours d'eau qui se dirige du Nord-Est au Sud- Ouest pour se jeter dans le Chatt-el-Arab, près de Mohammerah, à distance à peu près égale de Bassora et de la mer. La vallée du Karoun que traverse le fleuve a une importance commerciale considérable, car elle est la grande voie d'accès au plateau de l'Iran pour le transport des marchandises expédiées par le golfe Persique. Le fleuve que les bateaux à vapeur peuvent remonter jusqu'à 250 kilomètres de son embouchure est la vraie voie commerciale de la Perse, la route de l'avenir, et celle que suit dès maintenant le courant du trafic pour pénétrer au cœur de l'Iran. Ce trafic est actuellement presque tout entier dans les mains des Anglais qui, après avoir fait ouvrir au commerce international cette voie commode et sûre, restent à peu près les seuls à l'utiliser.
Aussi bien le pavillon britannique a presque monopolisé à son profit le mouvement commercial dans le golfe Persique et dans la mer d'Oman. Entre le détroit d'Ormuz et l'embouchure du Chattel-Arab, quarante navires contre un batten^
pavillon britannique. En 1900, sur un total de 2 873 000 livres sterling- représentant la valeur des importations du golfe Persique, 366 000 livres seulement représentaient la part des autres pays. La part de l'Allemagne ne s'est élevée qu'à 23 000 livres, celle de la Russie qu'à 372 livres sterling, d'après les rapports du consul anglais. La proportion est à peu près la même pour le chiffre des exportations qui se sont élevées à 2 087 000 livres sterling et qui ont eu pour destination surtout Londres et Bombay. Une ligne de navigation, la. Britisltliidia Company, met en communication Bombay et les principales escales du golfe, qu'elle dessert toutes les semaines. En outre, deux fois par mois des cargoboats venant d'Angleterre, visitent Mascate, Bender-Abbas, Bouchire. Cinq agents politiques ayant leur résidence à Mascate, Koweït, aux îles Barhéïn, à Bouchire et depuis 1901 à Bender-Abbas, veillent aux intérêts anglais. Le plus élevé d'entre eux, ayant rang de consul général, est le résident de Bouchire; audessous de lui, les quatre autres constituent comme un état-major. Le résident de Bouchire est considéré comme le véritable maître dans ces parages ; c'est « le roi du golfe Persique », comme le nomment depuis vingt ans les riverains. Une flotte de trois avisos est à sa disposition et transmet ses ordres et ses instructions sur tous les points du littoral. A la moindre émotion, sur les cotes arabique et persane, leurs canons apparaissent. Une
garde spéciale, tirée de l'armée des Indes, rehausse son prestige. Une garnison de cipayes de l'Inde occupe la ville de Djask, à l'entrée du détroit d'Ormuz. Y a-t-il lieu de s'étonner si dans de telles conditions on a appelé le golfe Persique un lac anglais et si d'aucuns ont trouvé cette appellation justifiée autant du moins qu'on puisse considérer un golfe comme un lac?