‹ La robe de chambre, ou, Les moeurs de ce temps làChapitre 3 sur 16 · LE DUC, LA COMTESSE, LA MARQUISE, LE COMTE · texte numérisé non relu

LE DUC, LA COMTESSE, LA MARQUISE, LE COMTE

LE COMTE, allant au-devant de ta Marquise. Ah, Madame, voilà une heureuse surprise.

LA MARQUISE

Est-ce que vous ne vous attendiez pas à ma visite?

LA COMTESSE

Monsieur le Duc nous l'avait fait espérer.

LA MARQUISE

Pliis-je passer un seul jour sans vous voir, xwv chère amie?.. N'êtes-vous pas confiée à mes soins et à mon expérience dans ce pays inconnu où j'ai promis de vous guider?

LA COMTESSE

Je vous remercie beaucoup, Madame ; mais vraiment vous arrivez à propos pour sauver Monsieur le Duc d'un pas bien dangereux.

LA MARQtlSE.

Qu'est-ce donc?

LA COMTESSE

Au chemin qu'il faisait, je ne sais pas trop où il aurait pu s'arrêter.

LA MARQUISE

Sait-on jamais où s'arrêtera Monsieur le Duc?

LE DUC, à la Comtesse.

Étiez-vous donc inquiète, Madame?

LA COMTESSE

Mais on parle morale, et vous commencez par congédier la raison ! . . Vous avouerez qu'il n'y avait pas !à de quoi être bien rassurée.

lO tu MIRQUISK.

Vous êtes donc une amie de la raison, charmante enfant?

Là. COMTESSE.

S'il n'y avait pas quelques bonnes gens pour l'accueillir, dites-moi où elle irait se réfugier par le temps qui court?

LA. MARQnSE.

Tout autre part que chez vous ; ou, du moins, ne lui donnez pas asile avant quarante ans d'ici.

tA. COMTESSE.

C'est bien tard.

LA. MARQmSE.

C'est encore trop tôt. . . Moi, je n'en veux entendre parler que dans soixante.

LA COMTESSE

Voilà une véritable antipathie.

LA MARQUISE

Telle que je vous demande grAce pour mes nerfs!. . Aussi bien, nous sommes, je crois, en majorité ici pour la mettre à ia porte.

LA COMTESSE, regardant son mari.

C'est possible.

LA MARQUISE, SOUrioilt.

C'est vrai. Ah ça, je venais vous parler du bal de la cour : aucun obstacle ne s'oppose sans doute à ce que vout y assistiez?

LE COMTE

Veuillez demander à ma femme, Madame la marquise.

LA MARQUISE

Bien parlé!. . {A la comtesse.) Que décidez-vous?

LA COMTESSE

J'y consens de grand cœur : je ne suis pas fâchée de prouver en passant que je ne suis pas si misantrope qu'on le pense.

LA MARQUISE

Misantrope !. . vous. . . avec des yeux comme ceux-là ! allons donc!

LE DUC

Ce serait être bien ingrate.

LA COMTESSE , à part.

Comme il me regarde !

LA MARQUISE

Eh bien, voilà qui est convenu : j'ai résolu aujourd'hui, ma toute belle , de vous consacrer une partie de l'après-dinée.

LA COMTESSE

J'en suis reconnaissante.

LK COMTE

Et moi, bien à plaindre, puisqu'il faut que jcperde quelquesuus des instansque vous voulez bien nous donner.

Li. MARQUISE.

Cornaient. . . vous allez sortir!. . lorsque j'entre à peine. . . C'est mal. Monsieur le Comte,

LE COMTE

Vous n'êtes pas généreuse. Madame... Pouvez-vous ignorer tout le plaisir qu'on éprouve à vous voir ?. . Mais, un cruel rendez-vous m'appelle chez monsieur le duc de St-Florentin, qui, dernièrement, a bien voulu me faire souvenir d'un service d'argent que mon oncle lui a rendu autrefois, et que je maudis, en ce moment, puisqu'il m'éloigne de vous. Que faire? un raiuislre de la maison du roi !. . Ces gens-là oublient plus aisément en service que les retards ! Si vous vouliez me laisser voir que vous prenez pitié de moi, en restant près de la Comtesse, je sei'uis heureux d'eu acquérir la preuve à mon retour.

LA MARQCISE.

Très volontiers.

LE Dcc, passant entre la comtesse et ta marquise.

En ce cas, Marquise, j'aurai Pbocneur de vous reprendre ici; je vais accompagner le cher Comte jusqu'à l'hôtel St-Florentin; nous avons à parler d'affaires.

LA MARQUISE

Ah!..

LE COMTE

Je suis à vos ordres.

LE DUC , d la comtesse.

Permettez-moi, Madame, de vous quitter sans vous faire me» adieux.

SCEIVE IV.

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