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précipice que n'a pu franchir ce pauvre animal.
— Mais, ma mère, dit Raoul, aussi pâle et aussi tremblant que la marquise, pourquoi vous exposer à de pareils dangers?
— Je ne croyais pas le péril si grand, dit froidement Inès.
Madame de Ribérac se mit au lit en rentrant, et le lendemain, grâce aux soins qui lui furent prodigués, elle était entière-
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ment remise de celte violente commotion. Alors elle remit sur le tapis ses promenades matinales en pleine mer cl lirjil par en arranger une pour le lendemain, en lélea-tête avec Raoul, qui, cette fois, ne viaucun moyen de s'y soustraire sans manquer aux lois de la politesse et de Tliospitalité.
Mais un événement que nul n'avait prévu vint déranger tous les plans de la marquise. Vers le milieu du jour, un courrier du prince de Condé arriva à franc élrier au château de Tancarville, apportant au comte et au marquis les ordres les pln^
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pressants de revenir dans la capitale où l'on n'allendaitplusqueleiirarrivéeetcelle de quelques autres frondeurs pour commencer une nouvelle lutte contre le Mazarin. Les deux gentilshommes se fussent crus déshonorés s'ils eussent mis le moindre retard a se rendre à cet appel: ils partirent donc dès le lendemain. Raoul, Inès et la marquise quittèrent Tancarville avec eux, accompagnés de quelques serviteurs, parmi h^s^quels se trouvait le lidèle Pérez.
Un mois après leur arrivée a Paris, ils étaient appelés chez le prince, pour prendre leur posle dans un coup de main
qui devait être exécuté ce jour-lhcouli^e lu cour. Le comte de Tancarville, déjii couvert de sa cuirasse, allait partir, lorsqu'ou viut le prévenir que madame la comtesse désirait lui parler avant qu'il ne quittât rtiotel, il parut hésiter un instant, puis il lit un geste d'impatience et se rendit chez Inès en jurant entre ses dents.
Lorsqu'il entra dans son appartement en faisant craquer le parquet sous le poids de ses lourdes hottes, la comtesse se leva avec dignité et lui approcha un fauteuil près du sien ; mais le comte le repoussa du pied, et adressant hrusquement la parole h Inès :
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• — Madame, lui dit-il, je n'ai pas beaucoup de temps a employer en niaiseries ; parlez vite, car je suis pressé.
— Alors, monsieur, dit Inès, sans se laisser effrayer par ce ton brutal, je n'abuserai pas de votre patience. Voici en deux mots ce que j'ai a vous dire: depuis un mois que nous sommes a Paris, je n'ai pas dépasse le seuil de cette maison ; depuis un mois vous fermez impitoyablement votre porte k tous mes amis ; enfin, grâce a vous, je suis morte au monde, comme si les grilles d'un cloître ou la pierre d'un sépulcre s'étaient fermées sur
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moi; et non con lent (le inavoir réduite a cet affreux isolement, où mon àmc s'élcint peu a peu, vous allez jusqu'à me priver de la société de Uaoul, de Raoul que j'aime comme s'il eût puisé la vie dans mon sein. Eh bien! je suis lasse de cette existence, je suis lasse de vos infâmes procédés, et je vous ai fait appeler pour vous demander si vous voulez y mettre un terme.
— Vous eussiez pu vous éviter la peine de me déranger pour cela, répondit le comte, nos procédés resteront toujours les mêmes, et votre existence ne chan^^era pas. Tenez-vous cela pour dit une bonne
fois, et ne me fatiguez plus de vos plaintes.
— Prenez garde de me pousser a bout, monsieur le comte.
— N'essayez pas de la menace, dit le comte avec ironie; elle ne vous réussirait pas mieux que la prière. Ma volonté est immuable, rien ne pourra vous y soustraire, que ma mort. ~-
— Eh bien! nous verrons, répondit Inès en jetant un regard terrible sur le comte, qui s*éloigna sans daigner lui répondre.
Au même inslani, un homme 8'es((uiva (le ranlicliamhrej d'où il avait e^le^idy lacouversalion des deux e^poux, caché derrière un meuble; el au bout d'une heure^ ce même personnage sortit de riiotel à la faveur des ténèbres, couvert d'un costume d'artisan et armé d'un mousquet.
Dès que le comte eût quitté Thôlel, fnès appela sa camériste, et lui ordonna de tout préparer pour un long voyage; puis elle écrivit cette lettre pour Raoul:
. « Mon cher entant, » Il est au-dessus de mes forces de sup-
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porter plus longtemps ce que j'endure ici, et quant au serment que vous me faites de me délivrer de cette tyrannie, je vous prie de l'oublier, puisque vous ne pouvez l'accomplir sans être coupable envers l'auteur de vos jours; qu'il soit anéanti dans votre cœur comme la lettre qui le contenait et que je brûle en ce moment. Mademoiselle, instruite de ma destinée, m'a fait proposer secrètement de me donner un asile dans son château d*Eu; j'ai accepté et je pars aujourd'hui. Adieu, gardez ce secret et attendons des temps meilleurs.
> I?ÏÈS DE TaNCARVILLE.
> Vous aurez toujours de mes nouvelles
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par Pr'rez, qui vous remellra celle lellre. »
La comtesse fit demander Pérez, mats il fut impossible de le trouver, et cependant personne ne l'avait vu sortir de l'hôtel; elle se décida donc a partir sans lui avoir donné, au sujet de Raoul, quelques instructions qu'elle eiit voulu lui communiquer verbalement. Mais, comme elle était occupée a ranger, dans un petit coffret, quelques objets précieux, qu'elle voulait emporter avec elle, sa camériste entra tout a coup et vint lui annoncer, pale d'épouvante, que toutes les rues étaient barricadées, que la mousquetade éclatait de
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loiiles'parls, el (fu'il était impossible fie songer a qui lier Paris dans un pareil moment. La comtesse, redoutant moins les danjrers de l'émeute que l'affreux caractère de son époux, était décidée a tout braver pour s'éloigner de la capitale, lorsqu'une violente décharge, partie sous ses fenc^tres, lui prouva qu'il fallait décidément renoncer à quitter son hôtel. Elle se résigna au parti que lui commandait la prudence, espérant que le calme se rétablirait et lui permettrait enfin de mettre son projet a exécution. Mais toute la journée et toute la nuit se passèrent eh escarmouches, et la tranquillité ne se rétablit dunsParis qu'aux premières lueurs du jour:
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Alors il tHail Irop lard pour fuir, le romie ne pomail larder a rentrer; Inès vit que roccasion était nianquée, et se décida a en attendre une autre.
Mais, outre ces préoccupations personnelles, une liorrihle inquiétude la tortura toute la nuil. Elle son<rea a Raoul, l'enfant de son cœur, h Raoul qui, sans doute, jeté dans cette terrible mêlée, pouvait lui être rapporté, d'un moment a l'autre, mort ou blessé. A celte affreuse pensée, la pauvre Inès se sentait devenir folle ; à chaque coup de feu qui frappait son oreille, son cœur bondissait dans sa poitrine et son
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sang se glaçait dans ses veines, car, chaque fois, il lui semblait voir Raoul tomber couvert de sang.
Brisée par la violence de ces émotions, elle était accoudée, pâle et sans force, a Tune des fenêtres qui donnaient sur la cour de son hôtel, lorsque quatre soldais accompagés d'un gentilhomme, entrèrent portant sur leurs épaules un cadavre recouvert d'un manteau.
Inès jeta le nom de Raoul dans un cri d'agonie, s'élança dans l'escalier comme
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une insensée, au risque de se briser la têle contre les degrés de pierre, ci arriva dans la cour^ éperdue, a moitié morte.
— Raoul ! Raoul ! s'écria-t-elle avec un accent si poignant que les soldats en tressaillirent.
Elle jeta loin d'elle le manteau qui couvrait le cadavre pour embrasser encore une fois son enfant cbéri ; mais quelle fut sa stupéfaction, lorsqu'elle vit, au lieu de la belle figure de Raoul, les traits durs et faroucbes du comte.
— xMadauie, lui dit le genlilhomnie, M. le prince de Coudé m'a chargé de vous exprimer toute la part qu'il prend au malheur qui vous Trappe aujourd'hui, malheur d'autant plus déplorable que le nohîe comte a été frappé longtemps après que le combat avait cessé. Cette circonstance, jointe au sang froid et a l'habileté dont a fait preuve son meurtrier en l'atteignant au milieu du front, ne laisse pas douter un instant que sa mort ne soit le fruit d'une vengeance particulière.
Quelques heures après cet événement, quand la nuit fut revenue, Pérez rentra furtivement k Tholel, vêtu eu artisan, un mouîjquet a la main.