‹ La roche sanglante (volume 2)Chapitre 18 sur 21 · CHAPITRE S1\1EIVIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE S1\1EIVIE

Deux ans après cet événement, la comtesse et Raoul de Tancarville habitaient le château d'Eu.

11 eût été difficile alors de reconnaître ce petit Raoul frais et rose que les dames

2lt6 LE KOUTIKll

de la cour, deux ans auparavant, s'arrachaient comme un charmant joujou, tant était grand le changement qui, eu cet espace de temps, s'était opéré dans sa personne. Un sentiment profond et persistant était entré en lui et décomposait rapidement tout son être ; son front était devenu terne et soucieux, sa démarche languissante, ses traits horriblement pâles; son regard toujours fixe et dévorant. Les médecins, ne comprenant rien a sa maladie, lui avaient ordonné l'air de la caujpagne, et c'est pour cela qu'il habitait en ce moment le châleau d'Eu, après avoir passé quelque temps a Tancarville, dont le séjour lui était devenu loul a coup antipa-

Ihiqiic. Mais dopiiis nu nn qiril nvail (piilh^ Paris, son élal no faisait qu'empirer, cl Ton pouvait calculer déjà les mois qui lui restaient encore a vivre, si quelque miracle ne venait ranimer son àme près dé s'éteindre.

Inès lui prodiguait tous les soins d'une mère; mais, par une étrange fatalité, le mal qui minait lesjoues de Raoul semblait la consumer elle-même. Les svmptômes étaient pareils, c'était la même pâleur, le même affaissement, le même regard fixe et brûlant. Cependant elle n'avait rien perdu de cette beauté réputée sans égale

24R LI*: ROllTIKR

au sein d'une cour oîi les jolies femmes n'étaient pas rares; le charme de sa personne était toujours aussi irrésistible, il n'avait fait que changer de nature. Sa physionomie avait l'expression austère et mélancolique 'd'une femme qui souflVe et qui ne vit que dans sa souffrance ; ses yeux noirs, la profondeur et la fixité contemplative d'une âme habituée a garder en elle-même et a sonder ses propres abîmes.

Inès ne demandait jamais a Raoul le secret de sa maladie ; elle le connaissait ; mais Raoul, ne sachant a quoi attribuer le dépérissementqu'il remarquait avec effroi

Page 1