K NORMANDIE
dans la santé de sa mère, et soupçonnant qu'il provenait de quelque douleur morale, la suppliait souvent de lui dire la douleur qui consumait sa vie. Inès lui répondait toujours d'une manière évasive, et ne lui faisait jamais la confidence qu'il rétlamait.
Un jour qu'ils se promenaient tous deux. le long de la rade du Tréport, Raoul s'arrêta tout a coup, et un sourire mélancolique passa sur ses lèvres décolorées.
Je me souviens qu'il y a deux ans,
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dit-il a Inès, quelques mois avant mon départ de Tancarville pour Paris, je vins me promener sur ce rivage, comme aujourd'bui ; mais alors j'étais un enfant, aucun souci n'attristait ma pensée, un rien me rendait heureux; j'étais fier d'un beau cheval qui m'emporlait comme le vent d'orage, en broyant sous son fer le pavé silencieux du ïréport ; j'étais fier de mes petites moustaches noires et de mes larges bottes, et de mon pourpoint de satin bleu, et de la belle plume rouge qui flottait sur mon chapeau ; et dans la joie de mon orgueil, j'excitais de toutes mes forces l'ardeur de mon coursier, le laissant aller au gré de son caprice, pourvu