ÉPILOGUE
Bien des années après les événements qui se sont déroulés sous les yeux du lecteur, nous retrouvons Charles de Navarre dans la ville d'Olite, fatigué, usé avant l'âge par la vie d'orgies et de
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débauches qui, de tout temps, avait été la sienne, et dont les excès n'avaient fait que s'accroître avec l'â^e, au lieu de diminuer, comme l'eiÀt exigé la raison.
Toujours avide de plaisirs quand tous les symptômes d'une vieillesse prématurée lui conseillaient d'y renoncer, Charles causait tristement avec son âme damnée, le sire de Thorak, et regrettait amèrement de voir ainsi disparaître une a une toutes les forces de la jeunesse.
— Hélas! disait-il, il y au monde une créature dont je sens cruellement l'absence a cette heure.
DIî N0HMAM3IR îl
— Quclffue jolie Cemnie, sire? ilil Tliorak en sourianl.
— C'est une femme, oui, répondit Charles ; mais la beauté n'est pas son mérite ; elle avait des qualités dont je ferais un tout autre cas a cette* heure que de la beauté la plus accomplie .
— Le nom de cette merveilleuse créature, sire?
— La iMaugrabine.
Thorak fronça légèrement le sourcil.
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— Oui, oui, dit Charles, je sais que tu 'âs contre elle une vieille rancune et que tu ne lui as jamais pardonné de l'avoir surpasse dans l'inlelli^ence des astres; mais moi, je te le répète, je la regrette sincèrement, et si je l'avais là, près de moi, comme autrefois, je suis sûr qu'elle saurait bien trouver dans le suc des plantes, dont elle connaissait si bien les propriétés, quelque philtre capable de me rendre mes forces si vite évanouies.
— Eh! mon Dieu, sire, il n'est pas be-^ soin pour cela de la Maugrabine.
— Tu vas me parler de toi, n'est-ce pas ?
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Mais je le préviens que, sous ce rapport surtout, tu m'inspires fort peu de confiance. Que tu déraisonnes tout a Ion aise sur les astres, le mal n'est pas grand et il n'en peut rien résulter de bien fâcheux ; mais que je remette ma santé, ma vie, entre les mains, c'est une folie autrement grare et que je ne commettrai jamais.
Si Votre Majesté eût daigné m'écouter jusqu'au bout, elle saurait que ce n'est pas de moi qu'il est question, mais d'une vieille qui depuis quelque temps a fait des cures merveilleuses dans la ville et les environs et qui répète a tous les gentils-
hommes auxquels elle a aiïaire qu'elle possède des recelles irifalllibles pour ren-
dre aux vieillards et aux malingres loules
les forces de la jeunesse.
— Ah! ah! fil Charles dont l'attention fut éveillée a ces paroles.
— A telles enseignes, reprit ïhorak, que je suis décide moi-môme h recourir a sa science pour une violente douleui; que j'éprouve dans la tôte depuis quelque temps et dont aucun médecin n'a pu me guérir.
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— Kl celle vieille, hi l'as vue? diMnnndîi le roi de plus en plus préoccupé de celle idée.
— Je l'ai vue autant (luoii peut voir
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— Si je croyais ! murmura Charles.
— Qui vous empêche d'essayer, sire; car pour Zarita, elle vous en veut trop de la mort de sa fille pour jamais revenir vous olîrir ses services, et d'ailleurs, si
LU uouriLU
jamais elle reparaissait, c'est la dernière personne à qui Votre Majesté devrait confier le soin si précieux de sa santé, car elle a juré de lirer vengeance de Gillette, et vous connaissez assez son caractère pour savoir que de sa part un pareil serment n'est pas une vaine parole.
— Bah! dit Charles en haussant les épaules, j'en ai tant vu de ces haines implacahks tomber devant l'or ou les dignités, que je ne crois plus qu'à deux sentiments, l'avarice et l'orgueil ; et je retrouverais Zarita que je la reprendrais a mon service sans licsilalion -et surtout sans
DE NORMANDrii ÔT»
crainte. Mais lu l'as dit, clic n'est plus la et il n'est pas probable que je la revoie jamais; j'ai bien envie de mettre a l'épreuve la science de ta juive.
— Voulez-vous que je l'envoie chercher, sire?
— Oui, fais-la venir.
— Je ne sais, mais j'ai le pressentiment qu'elle va me délivrer enfin de mes affreuses douleurs de tète et qu'elle satisfera complètement Votre Majesté.
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— Alors envoie-la donc quérir a Tins^ tant mêûie.
Thorak sortit pour aller faire exécuter cet ordre, et Charles resta seul a se pro-
mener de long en large dans la salle vaste
et sombre dont il avait fait sa chambre, et
où il se tenait fréquemment, en proie à une sombre mélancolie.
L'astrologue demeura longtemps absent, et Charles de Navarre, dont le naturel violent était rendu plus irritable encore par l'état de faiblesse et de malaise perpétuel où il était depuis quelques an-
DK NOKMA^^)I(^
noes, froiirait le sourcil cl frappail du pied avec impatience, lorsqu'enOn Thorak entra.
— Vous êtes resté bien longtemps, mcssire de Thorak, lui dit-il avec humeur, vous savez pourtant que je n'aime pas a rester seul.
— Sire, répondit Thorak, c'est que l'officier auquel j'ai été transmettre l'ordre de Votre Majesté, m'a dit que la vieille juive était précisément a cette heure assise sur les marches de votre palais, où elle se lient fort souvent, et je suis allé
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aussitôt lui dire moi-même de monter vous parler.
— Ah ! et elle est venue ?
— - Elle est là, dans la pièce à côté ; elle a montré une joie extrême à la seule pensée de .^donner ses soins à Votre Majesté.
— Je le crois, pardieu! bien; elle compte sur une bonne somme; je connais ces sortes de dévoûments. Qu'elle entre !
Thorak alla soulever une lourde tapisserie, et une vieille femme enlra.
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Ainsi que l'avait annonce rasirologue, ses vêlements et surtout les voiles blancs qui cachaient soigneusement son visage annonçaient clairement la religion a laquelle elle appartenait.
On ne voyait que ses grands yeu\ noirs qui semblaient vouloir dissimuler, sous les épais sourcils gris qui les abritaient, le feu sombre dont lame de cette femme était dévorée.
Elle entra d'un pas lent et solennel et s'arrêta a trois pas de Charles de Navarre, les bras croisés sur la poitrine, les regards fixés sur ceux du roi.
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— Tu es juive, lui demanda brusquement celui-ci après l'avoir considérée quelques instants en silence.
— Oui, répondit la vieille.
Cette voix, étouffée par les voiles qui enveloppaient la bouche, avait quelque chose de sépulcral qui fit tressaillir involontairement le roi et Thorak.
— Sais-tu ce que je veux de toi ? reprit Ciiarles.
— Je le sais.
Dli NOUMANDlli ^^
— El orois-lu pouvoir faire cesser les causes de l'eunui qui me ronge?
— J'en suis sûre.
Essaie donc et sois convaincue que
ma générosité...
— Quand j'aurai réussi, il sera temps de parier de la récompense.
— Quand veux-tu commencer ?
— Demain.
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— Tu n'as donc pas un philtre tout prêt ?
— Ah ! ce n'est pas de phi lire qu'il s'agit dans un cas aussi i^^rave.
— Explique-toi donc.
La juive irarda un instant le silence, comme absorbée dans de profondes réflexions.
— Tantôt, dit-elle enûn, j'apporterai ici > une bouteille pleine du liquide qui doit vous rendre la vigueur et la vie qui s'en vont de votre corps; c'est un mélange
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d'eau ardente et de certaines substances connues de moi seule, dont la vertu est infaillible. On imbibera de celle liqueur un drap entier dans lequel vous vous ferez soigneusement envelopper tout le corps.
Surtout recommandez que Ton vous serre fortement dans ce drap, que les bras elles jambes soient enveloppés comme le reste du corps, et que le drap soit solidement cousu aOn qu'aucun mouvement ne puisse le déranger, ce qui est très important.
— C'est bien, ce que lu ordonnes sera fait, dit Charles; mais quand te revcrrai-je ?
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r- Faites VOUS envelopper comme je vous le dis ce soir a onze heures ; a minuit je serai ici, et je vous ferai prendre quelques gouttes d'un cordial qui assurera votre guérison.
— Une seule fois sufiQra ?
— Oui, une seule fois. Adieu, sire.
— Adieu, juive, si je suis content de toi, je te donnerai plus d'or que lu n'en gagnes en dix années.
— Je sais tout ce qu'on peut attendre de
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votre iiiiini(iccnce, roi de Navarre. Allons, a (an loi.
— Et moi, demanda Tborak, pourras-tu me guérir aussi ?
— Vous, dit la juive en regardant fixement Thorak, ce sera encore plus facile; vos douleurs disparaîtront en moins de dix minutes pour ne jamais revenir, grâce a quel(|ues gouttes que je vous ferai prendre en revenant ce soir.
— Voila qui est vraiment merveilleux
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La juive sortit, lente et grave, comme elle était entrée.
— Eh bien 5 sire, dit alors Thorak, je ne sais si mes pressentiments me trompent, mais je crois qu'il y a plus de science dans la tête de cette juive que dans celle de la Maugrabine, et, pour mon compte, elle m'inspire la plus grande confiance.
Le soir, a onze heures, Tordonnance de la juive était exécutée de point en point, et Charles de Navarre était étendu sur son lit, enveloppé et cousu dans un drap en-
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lièremenl imbibé de la liqueur apportée par la vieille.
On eût (lit un mort dans son linceul.
Thorak était près de lui et tous deux attendaient ave une égale impatience l'arrivée de la juive.
— Thorak, dit Charles à l'astrologue, j'ai accordé peut-être un peu trop facilement ma confiance a cette femme, dont rien me prouve la fidélité ; je veux prendre mes précautions dans le cas oiielle viendrait a moi, envoyée par quelque ennemi.
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— Que faut-il faire, sire?
— Tu iras au-devant d'elle et avant qu'elle ne pénètre dans cette chambre, tu y rentreras par la porte dérobée, connus de toi seul, et te tiendras caché la, dans cette encoignure, derrière cette draperie qui te dérobera complètement a ses regards.
— C'est entendu, sire.
— Et au premier mot que je prononcera, si besoin csl, lu paraîtras aussitôt.
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— Gomplcz sur moi, sire; mais ce sera une précaution superflue, j'en sais certain, et je parierais bien que c'est un hasard providentiel qui a envoyé celte femme vers Votre Majesté.
— Je l'espère comme loi. Mais voici l'heure, elle ne peut larder maintcnanl ; vas a sa rencoiilre,
Thorak sortit.
Dix minutes après, il rentrait se cacher derrière la tapisserie que lui avait indiquée le roi de Navarre, et au bout d'un inslant la vieille juive entrait.
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Elle s'approcha en silence du roi de Navarre, et l'examina ailentivement pour s'assurer que l'on s'était rigoureusement conformé k ses recommandations.
— Eh bien ! juive, est-ce bien cela? lui demanda Charles.
— Oui, oui, mes intentions ont été fort bien comprises, répondit la vieille.
— Alors, fais-moi prendre ce cordial dont tu attends de si heureux effets.
^ — Vous ne pouvez le prendre que dans
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un instant, dit la juive; mais pour vous faire prendre patience, sire, je vais vous conter une histoire qui, je l'espère, vous intéressera vivement.
— Est-elle gaie ton histoire? demanda brusquement Charles.
— Pour moi, oui, mais je ne sais si mon
goût sera le vôtre.
— Dis-la toujours; quand elle m'ennuiera, je t'arrêterai.
— Cette histoire remonte loin de la,
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sire, elle s'est passée à une époque où vous aviez la force et la jeunesse en par-
tage.
— Après?
— Cette histoire est celle d'une femme qui fut arrêtée un jour et amenée devant vous comme coupable d'avoir empoisonne son mari.
— J'ai vu passer devant moi lan-t de crimes de toute nature depuis que je règne snr la Navarre, répondit Charles, que
ccIui-Ià se CAonloiulilans Jiia ïndmoirnavcc loiis les autres.
— Celle femme, sire, avait commis ce crime pour en éviter un plus odieux, plus exécrable encore : son mari homme brutal et dépravé, avait juré de posséder, fut-ce parla violence, la fille qu'elle avait eue d'un premier mariaire.
— Attendez donc, dit Charles de Navarre, il y a bien des années de cela, mais je crois me rappeler que celte femme...
— Celle femu.e, reprit la vieille en s'a-
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niniant peua peu, est celle a laquelle vous avez (lit, sire : « Ou je te ferai pendre comme empoisonneuse, ou tu mettras ta science funeste au service de mes haines et de mes vengeances; » et comme elle était mère, comme elle voulait vivre a tout prix pour le bonheur de son enfant, elle accepta le marché infâme qui lui était offert.
— Mais cette femme, murmura Charles en tressaillant sous Tenveloppe qui emprisonnait ses membres, c'était la Maugrabine!
— Oui, roi do Navarre, c'était la Mau-
Dr. NOînlAM)!!'! 0.>
i^rabinc, la IMaiii^rabine qui se fut vouée aux. feux de IViifer pour épargner une larme a sou eiifaul! oui, Chailes-le-Mauyais, c'était la mère de l'iuuoceule colombe que tu as souillée dans une beure de caprice royal et qui est allée noyer sa honte dans les eaux de la Seine le jour ou elle s'aperçut que ce nom du capitaine Vargas était le masque sous lequel se cachait le plus lâche et le plus odieux des princes. Mais ce jour-la, on te l'a dit sans doute, roi de Navarre, Zarita la IMaugrabine fit le serment solennel de faire tomber sur la tête une terrible vengeance, et tu as eu tort de mépriser cette menace, car le jour est venu oîi elle va l'exécuter, sans
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que toute la puissance puisse y mettre ojjslacle.
Puis arrachant violemment les voiles qui cachaient son visage, la juive montra aux yeux stupéfaits du roi de Navarre, les traits somhres et les yeux enflammés de la
Maugrahine.
— Et maintenant, roi de Navarre, s'écria-t-elle d'une voix retentissante, à mon lourde te faire souffrir, a mon tour de te voirie tordre dans les tortures, de te re-
garder grincer comme un damné.
— Et quoi osl donc ton projet, cliore Mauirrabinc? demanda Charles avec un saniifroid ironique.
-— Mon projet!... Charles-le-Mauvais, répondit Zarita, je vais te le dire ! Sais-tu que l'eau ardente dont j'ai fait imbiber le drap qui t'enveloppe s'enflamme au simple contact du feu?
— Je sais cela, répondit Charles.
- Coû)prends-tu que, cousu comme ta
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l'es dans ce linceul, tu ne peux faire un mouvement pour le défendre ?
— Je comprends fort bien cela, chère
Maugrabine.
— Alors, lu comprendras aussi le délicieux spectacle que je me prépare quand je te dirai que je vais prendre cette lumière, l'approcher de ce drap et te regarder flamber et craquer comme une branche de sapin sec.
Et en parlant ainsi, elle avançait la main vers la lumière.
DU NOUMANDIU 57
— Fn vtTito, ma pauvre Maup^rabine, tu as une bien pauvre opinion de ma cervelle, lu me crois bien naïf et bien confiant, si tu supposes que je vais me laisser griller ainsi par une vieille femme, après avoir fait trembler des rois et des nations entières au seul bruit de mon nom.
Puis tournant la tète du côté de la tapisserie derrière laquelle Thorak venait de se cacher.
llolaî Thorak! a moi, s'ccrla-t-il 5
58 Lie Koirni'.iî
tombe sur cette vieille diablesse et jetle-la h terre d'un coup de poignard.
Un long et sinistre ricanement répondit seul a la voix de Charles.
C'était Zarita qui riait en regardanne roi de Navarre.
— Thorak! hola î Thorakî répéta Charles d'une voix formidable.
Alors Zarita se dirigea vers la tapisserie et la tirantbrusquemenl :
dî: NOivaiANDiK ril)
— Tenez, dil-elle, voilii voire ïhorak ; regardez-le, c^o tlii^nie ami, qui a eu l'imprudence d'avaler tout U l'heure quelques gouttes de liqueur de mon invention ; ne fait-il pas la une belle figure ?
Thorak, collé contre le mur, était raidc comme une statue de pierre, les yeux horriblement dilatés, la bouche ouverte et les traits tout contofsionnés.
— Vous voyez, dit Zarita, mort empoisonné ! Lui aussi avait méprisé ma vengeance.
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Charles de Navarre devint alTreuscment pale a l'aspect de ce cadavre et a la pensée du sort qui lui était réservé.
— Ah! ah! lui dit Zarita qui le couvait du regard ; tu conif .rends enfin que le ciel est las de tes crimes et que sa colère va tomber sur toi, terrible et impitoyable. Allons, roi de Navarre, es-tu prêt; je vais te donner un avant-goiit des supplices qui t'attendent au fond des enfers.
Elle s'approcha de lui, sa lumière a la
DIC NOKMANDIli: GI
main, les Irails si cffrayanls, le regard si sombre et si lerrible, que Charles se vil perdu sans retour.
— Zarila, Zarita, balIniUa-t-il, grâce ! fais-moi grâce et je te couvrirai d'or.
— On sait ce que vaut la parole du roi de Navarre, répondit Zarila avec un sourire infernal.
Elle ap|)rorlia la lumière h quelques
\.v iiorTf; n
pouces (lu (Irnp, en coiileniplaiil; Charles et jouissant de l'angoisse qui détl^urait ses traits.
Puis tout a coup une flamme jaillit, bleuâtre et rapide comme l'éclair.
Au même instant un cri terrible se fit entendre.
Puis ce fut un épouvantable spectacle, une forme vague, indistincte se tordant au milieu d'une ilamme dont les langues ardentes la fouillaient en tous sens.
ni'. NOR .1 AMni-
Zarila conlciiipla son ouvraiie pi'iulaiit un iijslanl; puis elle sortil calme, impassible, et ujurmurant tout bas ces mois :
— Gillette est vengée!
INES D'OROPËZA