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sance, et son titre de veuve, devint aussitôt le point de mire de tous les jeunes seigneurs de la cour ; elle se nommait Inès d'Oroppza. A tant de titres a la faveur générale, vint se joindre encore celui de i'avoiiie (ie mademoiselle de Montpensier, l'héroïne de la Fronde; elle captiva l'amitié de la grande princesse, au point que celle-ci lui contia ses pensées les plus intimes, elle l'emmena dans un voyage qu'elle lit a travers la Normandie , jusqu'à son château d'Eu, où elle s'arrêta quelques jours.
Le lendemain de celte arrivée dans cette
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ville qui, (lécor(^e alors du litre de romtc^pairie, faisait j)artic de ses apanages. Mademoiselle se leva des le point du jour et fut éveiller lues pour lui faire admirer celte belle lerre que Louis XIV, exploitaiit lâchement l'amour de la pauvre priucesse pour le ducde Lauzuu, devait lui Cîîlorquer un jour avec une perfidie machiavélique. Inès s'habilla à la hâte, et, au bout d'une demi-heure, elles caracolaient toutes deuv sans autre escorte qu'un seul domestique, a travers les rues de la ville encore plongée dans le sommeil.
Arrivées sur les bords de la Bresle, les
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deux jeunes femmes suivirent celte rivière jusqu'au Tréport.
— Ma belle Inès, dit la princesse en cinglant l'air de sa houssine , maintenant que nous sommes en pleine campagne et que je ne crains pas de vous voir rebrousser chemin, dans un excès de pudeur exagéré, j*ai une confession k vous faire.
. — Une confession! dit Inès avec surprise.
— Oui, et qui plus est, un pardon a vous demander.
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— Un pardon! et pour qui donc?
— Pour moi.
^ Son AUesse est en humeur de plaisanter, ce matin.
— Non pas, ce n'est pas une plaisanterie, car j'ai un tort envers vous. Sachez donc que le jeune duc de Caumont raffolle de vous à tel point, qu'il nous a suivies a la piste depuis notre départ de Paris, sans jamais nous aborder, par respect pour mon incognito, et que le pauvre jeune homme, ne pouvant plus y tenir, est venu
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hier soir se jeter à mes pieds pour me supplier d'employer en sa faveur l'influence qu'il me croit sur votre esprit. J'ai voulu me soustraire à ses instances, mais, que voulez-vous? il paraissait si parfaitement épris, il me jurait avec un accent si sincère et des paroles si touchantes, qu'il n'avait plus qu'a mourir si vous refusiez d'accepter son cœur et sa main, que j'ai fini par me laisser fléchir, et en définitive je lui ai promis... Mais c'est la que ma confession devient difficile, et que j'ai hesoiu de réclamer toute votre indulgence.
Allez toujours, madame, dit Inès se
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prèlaiif a In plaisanterie, et nous verrons.
— Eh bien ! je lui ni promis qu'nii retour d'une proniennde où je vous enlraînerais ce matin, je m'arrangerais de manière à vouïi laisser seule sur les bords de la mer, et qu'alors il pourrait profiler de l'occasion pour vous déclarer son amour et vous
le taire agréer.
— Inès demeura quelque temps rêveuse, puis elle dit:
— Tenez, madame, j'ai sur Tamour des
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idées bien étranges; il me semble que nous sommes destinées d'avance a aimer tel ou tel homme, celui-là et non pas un autre ; et, conséquemment, j'ai la conviction que notre cœur doit tressaillir a l'approche de cet amant prédestiné, et nous le désigner clairement. Telle est mon opinion k ce sujet, et je suis bien décidée à n'avoir jamais pour époux que l'homme dont l'aspect me causera cette émotion spontanée, si toutefois je le rencontre.
— Ainsi, si le pauvre Caumont ne soulève pas en vous, dès le premier abord, ces transports romanesques...
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— Sa cause est perdue sans retour , répondit Inès d'un ton moitié plaisant, moitié sérieux.
— Il est vrai qu il aura pour lui le voisinage de la mer, qui prépare singulièrement le cœur aux émotions de cette nature.
— Si ce doit être lui je ne m'en défendrai pas.
Tout en devisant de la sorte elles arrivèrent au Tréport, qui peut être considéré comme le port d'Eu, n'en étant éloigné
que (le Iroisipinrls do liene. Ce pelilhoiirg maritime est^eftCi^isséentiM? lameret deux côles escarpées, dont l'une offre a son sommet: une chapelle gothique qu'on aperçoit de cinq a six lieues en mer. C'est au bas de celle-ci que s'arrêta la princesse.
— Nous allons mettre pied a terre ici, dil-eOe a Inès, et si vous êtes robuste a la fatigue, voici le moment de le prouver.
Elle sautaà terre ainsi que la duclH*sse, et l eûtes deux, ayant remis leur cheval awtx mains du domestique qui les suivait,
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se mireni à i^i'a\ir l'escalier apro ci loiif» <iui coïKluit nu sommet de la eole.
— Ce chemin est bien rude, dit Mademoiselle, et cependant il est bien fréquenté. Les nunins du Tréport, avant de s'embarquer, le eravissenl pour aller implorerla proleclioii de la Vierge, l\ laquelle est dédiée la petite chapelle que nous allons trouver en haut de cette montée ; et, au retour de leurs voyages lointains, ils font encore ce pieux j>èlerinage pour venir la remercier de les avoir préservés de la mort.
Après une demi-heure de marche pé-
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nible, les deux jeu nés femmes arrivèrent, harassées de fatigue, au pied de la chapelle, qui est au point culminant de la
montagne.
Les détails curieux qui décorent le porche de celte chapelle, la douce figurine de la Vierge qui la surmonte, son isolement au sommet de cette montagne, d'où elle domine la mer et les pays environnants, oîi elle affronte les vents furieux qui la rongent et l'égrainent peu a peu, la bçlle teinte d'un brun doré que les siècles ont répandue sur sa surface, l'aspect de ces nombreux ex-voio^ qui rappellent la foi
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simple el un peu superlilieuse dont l'eiilourent les pauvres nialcluls forcés (!(^ braver les dauf^ers de la nier, loul se r<''imil pour donner a cepelil monument quelque chose d'imposant et de naïf a la fois, qui nous dispose à ouvrir notre âme aux pensées religieuses. Outre le courage qu'ils viennent y puiser pour se livrer à leur dangereuse profession, ce petit temple a encore un autre titre à la reconnaissance des marins ; sa chapelle est surmontée d'un clocher qui sert de phare aux vaisseaux venant de la haute mer.
Après une courte prière adressée menta-
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lemonl li la Vierge, la princesse el sou amie jetèrent les yeux sur l'immense panorama qu'elles dominaient de loutes parts, et cette dernière, qui le vojaitpor.r la première fois, ne put retenir un geste d'admiration tant ce spectacle était magnifique. D'un côté, la mer, déjà sillonnée au loin par quelques voiles matinales, blanches el transparentes comme les étoiles qui pâlissaient a l'horizon ; cette mer sans bornes, dont la majesté nous étonne toujours, et nous met sans cesse sur les lèvres ce cri sublime du psalmiste : /icce mare magnum! Puis, du côlé de la terre, entre deux, collines pittoresques, au centre d'un vallon frais et fertile, la ville d'Eu, avec
sa livirre Iimpi(l(% sos riiinls l'anhonr^'s, sa hcUc caliuMlrale ^olliiiiue, son chàlean seigneurial, sa porte romaine, la Porte (V Empire elles vestiges encore imposan Isde la sombre forteresse dont i'enceinle reçut jadis, pour deux causes l)ien diflérentes, deux liommes bien opposés de caractère, car c'est dans le même lieu que fut renfermé Cliarles-le-Simple, et que se firent les noces du duc Guillaume, le fier conquérant de l'Angleterre, le terrible vainqueur d'Iïastings.
— Et là-bas, dit la princesse a Inès, celle tour que vous voyez surgir du sein
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des values , c'est la tour de Douvres ; celle longue traînée de brume ce sont les côtes d'Angleterre, noire éternelle ennemie. Ce voisinage a été funeste autrefois à mon bon comté, en l'exposant sans cesse aux excursions de ces maudits insulaires, qui ont fini par détruire entièrement sa prospérité. Il est vrai que Louis XI protégea un jour cette pauvre ville d'Eu, mais a sa manière, car cet excellent roi avait des façons d'agir qui n'appartenaient qu'a lui. Ayant été prévenu que le monarque anglais méditait une descente en Nor^iandie, et qu'il menaçait notamment la ville d'Eu, il donna ordre au maréchal de Gamaches de soustraire sa bonne ville aux
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fureurs de reniiemi... en la réduisant en cendres, ce <|u'exécula poncluellemenl le marécJial. Je nie demande ce que les Anglais auraient pu faire de pire. Grâce a cette mesure de précaulion. Eu n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut autrefois.
Dieppe a hérite de son induslrie, et sa splendeur est passée pour ne plus revenir.
— Savez-vous, madame, dit Inès en jetant un regard effrayé sur la roche étroite et dévastée oîi elle se promenait avec la princesse, sa vez-vous que cet endroit n'est nullement rassurant?
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— Je ne vous conseillerais pasd*y venir dans un lenips d'orale, répondit Mademoiselle; il suffirait d'un coup de vent pour vous emporter au milieu des vai^iies et ii serait diiïicile de vous rattraper aux braiielics, car la falaise tombe à pic dans la mer. Ce serait un saut de deux cents pieds, rien que cela.
Inès recula brusquement, tremblante d'eiïroi ii celle pensée. L'] princesse se mit a rire.
— Je crois ne pas nous hViVii de peine
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en voiLs i)ro[M)Sim{ Cu' relouruei-, lui clilell(\
— Franchement, répondit [nés, je voudrais (Irjii èlreau has de la montagne; je vous avoue que je suis d'un caractère très peureux.
Mademoiselle se mil à descendre l'escalier étroit et irrégulier, dont les marches rahoteuses meurtrissaient ses pieds délicats.
Viiî y- î di! ^Mc a [ r^s qu' l.i "'livait
non sans maudire intérieurement Touvrier maladroit qui avait taillé ces deg^rés, je devine ce qui vous attire au bas de la
montagne,
C'est la peur, dit Inès.
C'est l'amour, reprit la princesse.
— L'amour?
— Ou du moins quelque chose d'approchant, car je parierais que ce n'est pas sans quelque émotion que vous songez a
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votre rencontre avec mon jeune protégé.
— Un peu de curiosité, peut-être.
— Allons, franchement, comment êtesvous disposée a son égard ?
— Eh bien , franchement , pas trop mal.
— Tant mieux; le veuvage me paraît une triste chose.
— Mais non, dit Inès en souriant.
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— Toujours seule!
— C'esl vrai, mais toujours libre!
— Est-ce qu'il n'y a pas moyen de recueillir l'avantage de la liberté sans la tristesse et l'isolement ?
— Oui, en abusant de la liberté.
— Vous m'effrayez presque, dit la princesse avecun sourire mélancolique, comme si elle eût pressenti en ce moment sa destinée future. Mais nous voici enfin arrivées au lorn o de rms faliiii^r^s ; je relo'irnc
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«TU rhàloaii tandis que vous irez proiiionor vus iiKHlilalioiis sur le bord do la mer eu allendanl l'adoralcur que le hasard doit vous envoNer.
Elles s'élaiicèreul toules deux a cheval, el Inès se dirii^ea vers la mer après avoir vu la princesse reprendre la roule d'Eu.
Elle avait traversé au i as le l'ourg du Tréport. el arrivait en face de la rade, lors(|u'elle vit passer devant elle, avec une telle rapidité qu'elle aperçut ses traits
conni.e (m» voit iiî» ériair jnillli- e( dlsî'^-
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raîlre dans un ciel orageux, un jeune genlilhomme monté sur un cheval plein de feu, qu'il dirigeait avec autant d'habileté que d'audace. Il s'enfonça brusquement dans les rues du Tréport, dont^ le pavé résonna sous le fer de son cheval, et, au bout de dix minutes, Inès le vit reparaître a trois quarts de lieues de là, franchir au galop la colline escarpée que couronne la vaste forêt d'Eu, et disparaître à travers le bois.
Éblouie et comme fascinée par cette rapide vision, Inès resta longtemps immobile a la même place et les yeux tournés
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vers le même point. Peut-être ne fut-elle pas sortie de sitôt de la stupeur où elle était plongée, et dont elle n'avait pas la conscience, si une voix inconnue, retentissant tout à coup a son oreille, ne Tcut tirée de cette espèce de léthargie morale.
Elle se retourna et se trouva face à face avec un jeune cavalier d'une figure pale et mélancolique.
— Qui êtes-vous? que voulez-vous? lui demanda-t-elle.
Le jeune homme se troubla et balbutia
quelques mois ininleHigiliies, parmi lesquels elle put compreiRlre seulement qu'il éiail duc de Caumoiil.
— Ah! je me rappelle, dit Inès. Eli bien! monsieur le duc, je suis désolée de vous alïliger, mais je ne puis que vous engager a porter ailleurs des sentiments qu'il m'est impossible d'accepter, quoique j'en apprécie tout l'bonneur. Si celte pensée peut vous co.QSoler, je veux bien vous alfirmer ici qu'aucun de vos rivaux ne sera plus heureux que vous, et que je suis bien décidée à. resler toujours veuve, a moins qu'il ne survienne un de ces hasards ini-
prrvus (jiii hoiiloverseni nos plans l('s mieux arrèl(''S. I]l mainlonani, monsioiir Je (lue, pardonnez-moi si je vous (luille un peu brusquement, vous devez comprendre qu'un plus lonir entrelien, après une telle explication, ne saurait élre que pénjl)le et embarrassant pour nous deux.
l'Tlle le salua à ces mots, et partit.