‹ La roche sanglanteChapitre 11 sur 14 · JI · texte numérisé non relu

JI

— Trêve de politesse, interrompit brusquement Raoul, car c'était bien lui, et livrez-moi la jeune femme k laquelle vous a\ez donné un refuge dans votre maison.

— Une jeune femmealaquelle j'ai donné un refuge, répéta la Maugrabine d'un air tout étonné, je ne sais ce que vous voulez dire.

— Je te dis, misérable vieille, s'écria Raoul avec fureur, qu'elle est ici et que je t'ordonne de me la rendre, car je suis son époux.

— Mon Dieu, messire, qui donc a pu vous dire qu'il y eût chez moi...

DU NOBM\X0Ili 141

— Ne cherche pas a me tromper, femme, c'est dan f^ereux, je te le jure, et c'est inutile, car je l'ai vue a la fenêtre de cette maison.

— Vous n'avez vu a la fenêtre que ma fille, messire ; ma Gillette que vous aurez prise pour celle que vous cherchez.

— Je te répète, femme , que je l'ai vue, vue de mes propres jeux ; et, si tu tiens a la vie, je t'engage a ne pas m'exaspérer par une plus longue résistance.

— Allons, je vois que tout ce que je pour-

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rais dire serait inutile, et que vous n*en croiriez pas d'autre témoignage que ie vôtre, entrez donc dans celte chambre, vous y verrez ma fille; cherchez ensuite par toute la maison et vous reconnaîtrez alors...

— C'est bon, je vais m*assurer par moimême...

Il s'élança dans la chambre de Gillette; il trouva la jeune fille, qui avait sans doute entendu toute cette scène, accoudée a cette même fenêtre, à laquelle il venait de voir Diane. Gillette se retourna a son entrée et à son aspect il demeura anéanti.

DU NOUMANÛIK H9

— C'est vrai, murmura-l-il, ce n'est pas elle.

Puis, passant lentement sa main sur son front :

— C'est étrange, dit-ii, c'était pourtant

tout son visage, son regard, sa clievelure ; oui, oui, c'était bien elle, et maintenant, mon Dieu! serait-ce encore une vision comme celle qui deux fois déjà... Mais non, non, c'était elle, je ne suis pas insensé , et je jurerais bien... Cependant l'autre avait tous les traits de celui dont je croyais m'ètre débarrassé pour toujours. Voyons, cherchons partoul.

150 LE UOililElV

— II chercha minulieusemenl dans la chambre; puis il visita une a une toutes les autres pièces, dont Zarita lui ouvrit Gomplaisamment les portes, et, reconnaissant enfin l'inutilité de ses recherches, il se laissa tomber sur un siège , anéanti, frappé de vertige et de terreur.

— C'est une illusion de l'enfer , murmura-t-il; oh ! le remords, le remords qui bouleverse l'âme et trouble les yeux, il ne me laissera donc pas un moment de relâche! Tout, depuis le jour funeste, dont le souvenir flamboie sans cesse dans mon esprit, tout m'apparaîl sous une forme fan-

DR NOUMAITDItt i5l

tastiqno et trompeuse qui égare a la fois ma raison et mes sens. Oh î j*cn deviendrai fou

— Qu'avez-vous donc, messire ? lui demanda Zarila d'un air plein d'intérêt.

— Que vous importe, répliqua brusquement Raoul.

Puis, fixant sur elle des yeux étincelants de cruauté :

— Tu es sûre qu'elle n'est pas ici ? lui diMI.

Jfi2 LE ROUTIER

«— Comment pouvez-vous conserver encore le moindre doute, messire?

— Je ne suis nullement convaincu, et j'ai bien envie de mettre le feu k cette maison pour savoir au juste... car enûn j'ai vu, je le répète que j'ai vu.

La Maugrabine se redressa de toute sa hauteur, et a son tour regardant fixement Raoul :

— Messire, lui dit-elle d'une voix grave et profonde, Dieu envoie parfois aux hommes des visions terribles, surnaturelles. Pourriez-vous répondre qull ne

VOUS en est jamais arrivé de semblables?

— Femme, que veux-tu dire ?que veuxtu dire? s'écria Raoul d'un ton qui tenait de la colère et de répouvante.

— Pourquoi cette surprise ? ne suis-je pas Zarita, Zarita laMaugrabine? L'avenir ne dévoile-t-il pas à mon esprit les impénétrables décrets ?

— Zarita la Maugrabine! j'ai déjà entendu prononcer ce nom ! tu es la sorcière de Charles de Navarre ? dit Raoul tout stupéfait.

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— Sans doute.

— Voilà qui est étrange.

— Pourquoi cela ?

— Parce qu'on me conduisait chez une nécromancienne , une femme inconnue, quand tout a coup j'aperçois Diane a une fenêtre de cette maison. Alors je quitte mon guide, je m'élance et j'arrive jusqu'ici sans savoir où j'étais entré.

— C'est chez moi surtout que tu dois l'attendre à voir des choses capables d'étonner ton esprit

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Raoul contempla un instant la Maugrabine en silence, puis il murmura presqu'à voix basse :

— Si j'osais !

— Qui l'empêche? dit Zarita.

— Lirais-tu donc dans ma pensée le désir qui me lente a cette heure? demanda vivement Raoul.

— Mon œil pénètre le travail de ta pensée aussi clairement qu'il voit les froncements de tes sourcils, et si tu veux une preuve...

150 LE IIOUTIKR

— Parle.

— Eb bien! tu voudrais interroger ma science mystérieuse et lu n'oses.

— Je n*ose ! s'écria Raoul avec indignation, aurais-tu l'audace de douter de mon courage ?

— Qu'est-ce que le courage? répliqua Zarita. Quel est l'h jmme qui peut se flatter de le posséder? Celui-là, je ne l'ai pas encore rencoi^tré, et pourtant j'ai vu des gens de tout âge, de tout état, de tout rang et de toute condition; j'ai vu des

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guerriers réputés braves el intrépide entre tous leurs compagnons , mais ceuxlà même qui se vantaient d'aiïronler la mort en souriant, je les ai vus pâlir en me présentant leur main ouverte, c'est pourquoi j'ai dit : Le vrai courage n'existe pas ici-bas, et je me suis senti le cœur plein de mépris et de pitié pour ceux qui excitaient l'admiration des hommes.

— Eh bien , prends ma main , dit Raoul, et tu verras si elle tremble dans la tienne, tu verras si mon front pâlit sous ton regard.

— De quel temps veux-tu que je te

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parle? du présent, de l'avenir ou du passé ?

— L'avenir? non, car je n*ai aucun moyen de vérifier la valeur de tes prO"^ phéties.

— Le passé alors ?

— Le passé et le présent ; surtout apprends moi, si tu le peux, ce qu'est deve- ^iiue ma femme et quel est celui qui est venu l'arracher violemment de ma maison.

— * Ecoute donc, je vais parler.

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