CHAPITRE PREMIER
comme Philippe, pour être le compagnon des études et des plaisirs de son fils, mais pour servir de scribe, tout jeune que j'étais encore, à son intendant. C'était presque de la domesticité, mais j'étais sûr de manger du pain.
« Philippe, comme je vous l'ai dit, était le compagnon, presque l'égal du jeune Henri de la Roche; cet enfant mourut dans un âge encore fort tendre. La comtesse était inconsolable, mais bientôt l'aifection qu'elle avait eue pour son fils se reporta sur mon frère, qui le lui rappelait sans cesse. On conserva à Philippe le méiue précepteur ; on se plut & orner son esprit de toutes les connaissances, de tous les talents. Sa mère adoptive le comblait de caresses ; elle était fièrc de ses perfections, de ses progrès, comme une véritable mère.
<( Pendant ce temps, moi, sombre et morose, je fuyais les regards, hostile à tous, même k mon frère. Cependant il avait obtenu •^'"T moi une grande faveur; c'était la pcr-
mission de partager les leçons de sciences et de langues qu'on lui donnait. L'étude devint pour moi, comme du temps de mon père, mon unique ressource, mon unique consolation ; je travaillais en silence et toujours seul, sans que personne se doutât des connaissances que j'avais acquises.
«( Cependant nous n étions plus des enfanta, et je voyais chaque jour mademoiselle de la Roche. C'était une belle et gracieuse jeune fille, douée de ees qualités brillantes qui excitent l'admiration jusqu'à l'enthousiasme, jusqu'à l'amour. Dans la retraite où je vivais, tout était parfumé de la poésie qu'elle répandait autour d'elle. Le jour, j'apercevais sa robe blanche dans le jardin, ou bien les accents de sa harpe, les accents de sa voix mélodieuse parvenaient jusqu'à moi dans ma petite chambre écartée... Je ne voyais qu'elle dans mes rêves ; sa pensée me poursuivait jusque dans mon sommeil. Je l'aimai ! oh !
je l'aimai comme un insensé. Moi, pauvre créature hideuse, j'osai regarder furtivement