‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 106 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

êtes ! C'est bien le moment d'aller vous promener sur la grève comme un contrebandier, quand je vous attends pour souper ! Est-ce que vous comptez ainsi toutes les nuits battre la campagne ? Je vous préviens que cela ne me plait pas, quoique, peut-être, ajouta-t-elle d'un ton plus bas, vous ayez raison de choisir pour sortir le temps de l'obscurité; au moins personne ne vous voit !

— Taisez- vous, Marianne^ taisez-vous, dit André d'un ton bref.

— Et si je ne veux pas me taire, moi !

s'écria la paysanne avec emportement. Vous savez bien parler le beau langage, mais vous ne me fermerez pas la bouche. Allez, allez, je suis assez malheureuse d'avoir épousé un homme comme vous, sans que vous m'empêchiez encore de me plaindre quand cela me convient ! Croyez-vous donc que j'aurais manqué d'épouseurs? J'avais d abord le petit Jean, le fils du pécheur, et puis encore Jérôme Dupré, le douanier, un joli garçon vraiment. •.

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— Silence, vous dîs-je ! répéta Andi*é d'un ton impérieux en invitant les étrangers h s'approcher.

Marianne n'était pas sans doute décidée à cesser de sitôt ses reproches; mais la présence de CCS deux personnes inconnues, que son mari introduisait dans la maison, lui coupa la parole. Elle ouvrit de grands yeux étonnés et obéit machinalement avec cette espèce d'ahurissement des campagnards pour tout ce qui est nouveau et inattendu.

La pièce où pénétrèrent les arrivants semblait servir de classe au maître d'école. Des bancs étaient disposés alentour, dominés par un immense fauteuil de bois qui avait sans doute appartenu aux prédécesseurs d'André. Dans le fond, une porte conduisait à la chambre h coucher ; à côté de cette porte quelques planches couvertes de livres choisis dénotaient dans le propriétaire de ce réduit des habitudes d'étude et de méditation. Au milieu de la pièce, une petite table sans nappe était garnie de deux assiettes de faïence et

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de deux couverts d'étain ; un pot de cidre, un pain rond, quelques poissonfs formaient le menu du repas destiné au maître d'école et k sa bruyante moitié*

Le comte et la comtesse de la Roéhe se laissèrent tomber sur des stégcs.

— Voyez-vous ces messieurs, Marianne? dit André en montrant à sa femme les deux étrangers ; ce sont d'anciens amis que j'ai retrouvés et que j*ai sauvés d'un grand danger. Ils peuvent être forcés de rester ici un jour ou deux, et il faut, entendez-vous bien? il faut que personne au mondé ne soupçonne leur présence ici.

~ Mais si Jérôme...

— Il fatut surtout que Jérôme le douanier ignore qu'il y a chez moi des étrangers. Ce serait un péché, un grand péché, Marianne, de le lui apprendre ; rappelez-vous cela.

La superstitieuse paysanne balbutia une sorte de promesse.

— Et maintenant, reprit-il, hâtez-vous *' *iùter quelque chose à votre souper, si

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c'est possible, et de faire un peu de feu.

Jamais vous n'avez trouvé une meilleure occasion de montrer du zèle et de l'activité.

En disant ces mots, il alla s'assurer que la porte extérieure était bien fermée, et revint s'asseoir à côté de Philippe et de Julie. Il leur jeta un regard triste et humilié ; cette femme semblait lui peser comme un remords.

Cependant Marianne, après avoir reçu ces différents ordres de son mari , ne semblait guère disposée à les exécuter. Le premier moment passé, Finstinct acariâtre et surtout l'avarice semblèrent l'emporter sur les recommandations de son mari.

— Ah çà ! André, vous voulez donc nourrir tous les gens que vous ramassez à droite et h gauche? reprit-elle avec colère. Chaque jour vous m'amenez quelqu'un : tantôt ce sont de pauvres naufragés, tantôt des mendiants, des gens qu'on ne connaît pas! Vous croyezvous assez riche pour faire ainsi le généreux? Vous devez savoir pourtant que l'école ne va pas. Vous prenez pour rien les enfants dont

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