‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 111 sur 116 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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époux, ils avaient un charmant enfant, plein de santé et d'espérance, héritier futur de leur nom et de leur fortune.

Et pendant que toutes ces richesses, tous ces honneurs, toute cette prospérité semblaient devoir enivrer Philippe , parti de si bas et arrivé si haut, au sein même de cet hôtel, asile continuel des fêtes, des plaisirs , des causeries joyeuses, vivait dans une solitude profonde un homme sombre, mystérieux, dont le nom et lé rang étaient un secret. Il habitait un petit appartement au second étage sur le jardin ; des persiennes épaisses, constamment fermées, n'y laissaient jamais pénétrer le grand jour. Là il occupait son temps avec des livres qu'on lui fournissait en abondance ; un vieux domestique était seul chargé de le servir, et gardait à son sujet le plus absolu silence. Chaque matin le comte, la comtesse, et même leur fils, le petit Alfred, allaient passer quelques instants près de l'inconnu. Ce mystère, après avoir pendant Ique temps fait le sujet des conversations

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dans les antichambres, avait fini par exciter la curiosité des personnes qui fréquentaient rhdtel. Mais le comte et la comtesse, aux questions qu'on leur adressait, répondaient d'une manière évasive. D'ailleurs, l'homme du second étage semblait libre de ses actions ; on s'empressait de satisfaire tous ses désirs aussitôt qu'ils étaient formés, et la bizarrerie de son humeur, seule, paraissait être la cause de cette lugubre claustration.

Un jour il devait y avoir grande réunion à l'hôtel. Au milieu de l'agitation et du désordre que nécessitaient les préparatifs de celte fête, rien n'indiquait que l'habitant du second étage prît part à l'empressement commun.

Retiré dans une chambre obscure où Fou pouvait à peine distinguer les objets, il restait à demi couché sur un canapé avec une sorte d'abattement maladif. Sa tête était appuyée sur sa main, son visage couvert par un vaste chapeau. A ses pieds, jouait un petit garçon pétulant et espiègle de la plus jolie figure du monde ; à quelques pas le comte Philippe ,

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assis dans ua fauteuil, regardait distraitement les espiègleries de son fils. Une conversation paisible semblait engagée entre ces deux hommes.

— Ainsi donc, Philippe, continua André (car on a sans doute deviné quel étail ce personnage étrange ), le livre que je viens de publier sous )e titre de : Lettres d'un Solitaire, a fait grand bruit dans le monde littéraire, et tous les bons esprits ont conçu la plus grande estime pour l'auteur anonyme de cet ouvrage?

— Oui, mon frère, le succès a dépassé toute espéranee. Chacun a trouvé quelque chose à louer. Les femmes admirent dans ces lettres la mélancolie qui y domine et sont disposées à aimer celui qui a si bien dépeint les souffrances de l'âme ; les savants s'extasient sur la quantité de tes connaissances, les philosophes sur la profondeur de tes idées... Frère, je te savais bon, juste, généreux, je ne te savais pas encore homme de science et 4e *-'-ît !

— Dis-tu vrai, Philippe? demanda André tremblant de joie.

— Je ne te trompe pas, Tengoucment s*en mêle ; ton livre est à la mode, et c'est justice. André, continua le comte avec chaleur, pourquoi ne profites-tu pas de cette occasion pour te présenter franchement au monde avec le prestige qui s'attache à l'homme de cœur et de pensée? J'ai souvent conté ton histoire; toujours on a plaint ton sort, toujours on a manifesté le plus vif intérêt pour ta position exceptionnelle. André, n'est-il pas temps de quitter ce genre de vie triste et solitaire que tu t'es volontairement imposé? Consens enfin à paraître dans la société, où tu dois briller par tes lumières et tes qualités précieuses Frère, aie le courage de tenter une expérience !

André secoua la tête.

— Non, Philippe, il est trop tard; cette expérience, j'en suis sûr, tournerait contre moi. Que veux-tu? j'ai maintenant accepté mon malheur comme une nécessité ; je n'ai plus

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