CHAPITRE IL
en temps de côté, comme pour chercher un complice , témoignait que le clerc chanson* nier ne tarderait pas à prendre sa revanche du mortel ennui qui lui était infligé.
Les autres hommes de la troupe, pour la plupart petits propriétaires et rentiers, ne méritent pas une mention particulière, sauf l'officier de la douane de Saint-IIlec. C'était un beau garçon, à longues moustaches, roide et gourmé dans son uniforme yert et jaune.
Il passait pour un forcené partisan des idées nouvelles, et il déclamait en toute occasion contre les abus de la tyrannie. Un douanier démocrate n'était pas chose fort ordinaire à cette époque, aussi celui-ci était-il cité comme une curiosité du pays. Il avait pris pour la circonstance une mine réservée, protestation muette contre sa démarche de politesse et de courtoisie envers le jeune seigneur de File de Loch.
Parmi les dames on remarquait mademoiselle Toussaint, la sœur du tabellion, vieille fille de quarante ans, acariâtre, bavarde,
paraissant perpétuellement en colère de n'avoir pu trouver de mari. Puis trois ou quatre demoiselles ou jeunes femmes plus ou moins insignifiantes, toutes flanquées deleurs mères, bourgeoises curieuses et dénigrantes. Mais au milieu de cet escadron féminin , celles que l'œil ardent d'Alfred de Kerdren chercha d'abord furent madame et mademoiselle Labarre, la fille et la veuve de ce corsaire du pays, qui s'était fait redouter dans la guerre de l'indépendance de l'Amérique, et avait prélevé une fortune considérable sur le commerce de l'Angleterre.
La mère, Bretonne de vieille roche, ne différait guère, par son costume et ses manières communes, des paysannes des environs. Elle avait un esprit maussade, asservi à tous les préjugés mesquins du temps et de la localité. Elle se faisait gloire de ne parler et de ne comprendre que le brezounecq ; et si autrefois son mari, dont la volonté était passablement despotique, n'eût pas décidé que leur fille unique serait mise en pension dans un