CHAPITRE H
couvent de Dinan , la pauvre enfant eût été également étrangère au langage de la mère patrie. En raison de ces défauts, la veuve du corsaire était assez mal vue dans la société de Saint-Illec; sans la protection toute spéciale du tabellion qui était chargé des affaires de madame Labarre, et qui, disait-on, caressait en secret une idée de mariage entre son fils et la fille de sa cliente, ou Teût volontiers délaissée, malgré ses grandes richesses. Ces défauts pourtant ne devaient pas être attribués à un mauvais cœur ; on pouvait même citer d'elle beaucoup de traits d'humanité.
Ainsi il y avait dans les petits ports de pécheurs des alentours plusieurs centaines de chenapans, qui, se vantant, à tort ou à raison , d'avoir fait partie de l'équipage de son mari, lui extorquaient chaque année le plus clair de son revenu. Jamais madame Labarre n'avait refusé un secours à ceux qui invoquaient de semblables droits à sa faveur. De la sorte, autant elle inspirait de répulsion ^ la bourgeoisie , autant elle était aimée
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et prônée dans la classe populaire où elle répandait de si constants et de si aveugles bienfaits.
Ce type, assez peu attrayant, de la vieille race bas bretonne , faisait ressortir encore davantage les perfections de mademoiselle Joséphine Labarre. Mince, élancée, l'œil velouté, le teint rose, la bouche souriante, cette jeune fille avait une grâce et une dignité pleines de charmes. Elle avait reçu une éducation soignée au couvent, dont elle était sor* tie depuis une année h peine ; on prétendait notamment qu'il était impossible de trouver dans la province entière une musicienne aussi distinguée, une voix aussi ravissante. Mais les qualités et les talents de cette belle personne étaient soigneusement cachés sous une réserve extrême ; soit timidité naturelle , soit sentiment d'une position fausse, Joséphine paraissait toujours soumise à une contrainte pénible. Madame Labarre, en effet, ne veillait pas sur elle avec cette tendresse attentive et délicate d'une mère intelligente ; on eût dit plutôt