‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 16 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

— Soyez les bienvenus, messieurs, dit Alfred d'un ton cordial en s'incllnant; et TOUS, mesdames, je vous remercie de la faveur que vous m'accordez, et dont je sens tout le prix.

En même temps il embrassa les dames les unes après les autres, comme l'y autorisaient les usages du temps, effleurant légèrement les joues vieilles et ridées , s'arrétant plus longtemps sur les joues vermeilles et fraîches. Il termina par Joséphine Labarre et murmura à son oreille :

— Charmante ! vous m'avez donc pardonné l'audace insigne que j'ai de vous aimer et d'avoir osé vous le dire?

Joséphine rougit ; mais M. Toussaint, qui adressait en ce moment au maître du château un long et prétentieux compliment préparé pour la circonstance, détourna l'attention, et la compagnie entra dans le salon afin de se reposer un instant.

Alfred soutint la conversation avec une .ce et une affabilité qu'on n'aurait pu

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attendre d'un jeune homme si léger; chaque assistant obtint de lui une marque particulière d'attention, un mot flatteur. Aussi, tous étaient-ils enchantés de son accueil quand on se leva pour aller visiter les monuments de l'île de Loch.

Au moment où l'on traversait la cour, Conan parut , l'air digne et majestueux. Il avait ajouté à son costume habituel une longue rapière assez semblable à une broche à rôtir, et il la portait avec la fierté d'un majordome de bonne maison. Après s'être incliné profondément, il alla se poster à dix pas derrière son maître, en silence.

Nous n'entrerons pas dans le détail de ce qui se passa pendant une partie de cette journée. Nous ferons grâce au lecteur des dissertations savantes de M. Toussaint sur les alignements de men-hirSy sur les lichavens, les gal-gals ou barrows qui étaient épars dans l'île de Loch, et qui reçurent successivement la visite de la compagnie. Excepté son fils qui Fécoutait et son clerc Benoit qui

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avait l'air de l'ëcouter, l'antiquaire de Saintniec ne trouvait plus d'auditeurs complais sants. On préférait se presser autour du mattre du domaine, dont la gaieté et l'entrain ravissaient tout le monde. La plupart des visiteurs, les dames surtout, eussent bien voulu tenter d'abord la fameuse expérience de la Roche-Tremblante ; mais, sur la propo> sition d'Alfred, on avait remis la partie à la fin de la journée, après le repas, ou, comme il disait, la colhtion qu'il comptait offrir à ses hôtes.

Le temps se passa donc agréablement. A la suite d'une charmante promenade sur les grèves et les bruyères de Tîle de Loch, on se réunit autour d'une table fort bien servie par les soins de Conan, et l'excellent vin, tiré des caves du vidame , acheva de porter au comble la bonne humeur des convives. Aussi lorsqu'il fallut se lever pour se rendre à la Roche-Tremblante , certains invités, y compris le savant tabellion lui-même, ne se sen- ^ * it-ils pas solides sur leurs jambes.

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Plusieurs fois, pendant le cours de la journée, Alfred avait essayé de se rapprocher de Joséphine pour lui parler en particulier ; mais Tattention exclusive dont il était l'objet l'avait toujours empêché d'y réussir. Aussi fut-ce avec une joie extrême qu'en sortant du château, il vit la société se fractionner par petits groupes et même par couples, passablement distants les uns des autres. Pour comble de bonheur, la jeune fille était seule avec sa mère, et quand il vint o£frirson bras, il fut accepté.

Le vent s'était apaisé, comme il arrive parfois aux approches du soir, et le soleil s'abaissait lentement vers un horizon rouge de feu avant de s'enfoncer dans les eaux verdâtres et encore agitées de l'Océan. Alfred se dirigeait, à travers les plantations , vers la région la plus solitaire de l'ile. Le frôlement des herbes flétries sous les pas des promeneurs favorisait le mystère des conversations intimes. Kerdren pressait doucement contre sa poitrine le bras de Joséphine passé

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