‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 17 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SOUS le sien^ mais il ne parlait pas, et la jeune fille, toute frémissante, tenait les yeux baissés. A deux pas en arrière, madame Labarre les suivait ; mais soit qu'elle ne fût pas fâchée des attentions particulières dont sa fille était l'objet de la part d'Alfred, soit qu'elle fut tout occupée du soin de se conduire dans cet obscur sentier, elle restait assez loin pour ne pas rendre complètement impossible une communication confidentielle entre les deux jeunes gens.

Quelques minutes s'écoulèrent ainsi avant qu'Alfred, un peu novice en amour, profitât de l'occasion favorable que le hasard lui ofirait.

Enfin, surmontant son émotion, il dit d'un ton de légèreté a£fectée, en employant le français, que la mère ne pouvait comprendre :

— Combien j'ai maudit, mademoiselle, ces importuns qui , depuis plusieurs heures, m'empêchent de vous parler en secret ! Cependant, c'était à vous seule que je pensais,

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c'était vous seule que j'aurais voulu combler d'attentions et d'égards... je vous dois tant de reconnaissance pour être venue ! Maintenant, je puis Fespércr, les paroles d'amour que j'ai osé vous adresser à notre dernière entrevue ont obtenu leur pardon... Vous êtes bonne autant que belle !

— Ne vous hâtez pas de chercher de pareils motifs à cette visite indispensable, balbutia la jeune fille timidement. Mon refus eût pu donner lieu à des interprétations méchantes ; d'ailleurs j'ai dû obéir à ma mère.

— Oh ! charmante Joséphine , pourquoi ne pas m'avoir laissé croire...?

— Eh bien ! reprit mademoiselle Labarre en affermissant sa voix, je vous avouerai la vérité ; j'ai obéi sans répugnance aux volontés de ma mère et aux convenances en venant ici, car j'avais quelque chose à vous dire, une prière à vous adresser.

— Une prière! vous? Oh ! parlez, parlez.

— Je voulais conjurer M, de Kerdren de réfléchir à l'immense distance qui le

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sépare d'une fille obscure et sans naissance, telle que moi, et le prier de cesser des assiduités qui peuvent éveiller la malignité.

Alfred resta un moment étourdi du coup.

— Ainsi donc, reprit-il enfin avec un accent oà la douleur se mêlait au dépit, vous ne m'aimez pas ?

Joséphine garda le silence.

— En efifel, continua Kerdren en s'animant, j'ai remarqué depuis longtemps les prévenances dont vous accablent ces deux scribes ridicules, le fils et le clerc de M. Toussaint... L'un des deux sans doute est parvenu...

— L'un me fait pitié, l'autre m'inspire de la crainte, répliqua mademoiselle Labarre avec vivacité. M. de Kerdren m'estime-t41 assez peu pour croire que je pourrais si mal placer mes préférences?

— £h bien , alors , quelque autre plus digne...

— Non, M. Alfred, répondit Joséphine ^«^ un soupir, personne ne m'a inspiré

les sentiments que vous supposez... Je crois même pouvoir avouer que si le ciel ne nous eût pas placés, vous et moi , si loin l'un de l'autre, dans des conditions si dilBFérentes , peut-être...

Elle s'arrêta comme eflfrayée elle-même de ce qu'elle venait de dire.

— De grâce, s'écria Alfred avec chaleur, achevez ! . .. Joséphine, n'y a-til en eflfet entre nous que des obstacles de rang et de naissance?

Nul ne sait quelle réponse allait laisser échapper mademoiselle Labarre, quand le bruit d'une violente discussion s'éleva derrière eux. C'étaient Gonan et l'oflScier de la douane, qui, en causant politique, s'étaient échauffés au point de produire une sorte de scandale.

— Et pourquoi monseigneur ne serait-il pas menacé, comme les autres gentilshommes, par ces scélérats qui veulent la destruction du royaume, l'extermination du roi et de la noblesse? s'écriait Gonan avec une véhémence

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