CHAPITRE II
extraordinaire; pourquoi ne viendrait-on pas ici pour l'assassiner et brûler son château, comme on a fait là-bas à Karnac, chez le comte du Gouëdic, ou k Saint*Sornin chez la duchesse, ou à Dinan chez M. de Randal, le grand prévôt de la province?,..
L'interlocuteur répondit à voix basse, en ricanant ; mais la vive réplique de Gonan fit suffisamment comprendre de quelle nature avait été l'explication donnée par l'officier de la douane.
— La pauvreté démon maître! l'abaissement de sa famille ! Que signifie ceci , monsieur ? De par saint Michel, saint Golomban, saint Dourlon, saint Caradec et tous les autres saints de la paroisse ! voudriez-vous faire entendre que le seigneur actuel de ce fief est moins noble qu'aucun des plus grands seigneurs de la cour, que le roi et les princes eux-mêmes? Sa famille était déjà illustre bien avant la venue de Notre-Seigneur Jésus- Christ sur la terre, monsieur; je l'ai entendu <iî»o h l'ancien bailli, fort savant en généa-
63 LA ROCHE-TRKMBLÂNTE.
logîe... Quant k sa pauyretë, il est moins riche qu'il ne devrait l'être, je l'avoue ; mais s'il Dépossède plus aujourd'hui la baronnie de Kerdren , la châtellenie de Saint-Meen et le fief de Legonidec, croiriez- vous par hasard qu'il en vaut un fëtu de moins? Supposezvous son hospitalité moins franehe, son vin moins bon , ses serviteurs moins dévoués qu'au temps de ses pères?
Cet appel en ce qui concernait la chère exquise du petit manoir fut sans doute compris ; car on parut répliquer d'un ton plus doux et plus amical; mais quoi qu'on pût dire, la colère de Conan ne faisait que s'accroître.
— Votre protection! celle de madame Labarre ! reprit-il avec indignation, voili du nouveau! Et quel besoin monseigneur a-t-il de votre protection et de celle de personne?
Oui, je le sais ; vous, un officier du roi, vous qui devriez donner l'exemple de fobéissance aux lois, vous fréquentez un tas de vauriens qui vous bernent en faisant patriotiquement
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SOUS votre nez la coatrebande; je sais aussi que madame Labarre, à force de donner de l'argent aux coureurs de cabaret qui se vantent d'avoir éeumë la mer avec son mari, a trouvé beaucoup d'nmis dans cette canaille; mais qu'avons - nous besoin de mënager sa bande ou la vôtre? Qu'ils viennent, ces malfaiteurs, attaquer la personne ou les propriétés d'un seigneur de Rerdren ! Oui , dites-leur que je ne les crains pas ! dites-leur de venir... Je les défie !
En cet endroit de la discussion, quelqu'un s'interposa et on n'entendit plus que des criailleries confuses.
— A-t-il jamais existé un fou de cette force? reprit Alfred avec un sourire en s'adressant à la jeune fille ; le vieux coquin voudrait me faire égorger et dévaster ma propriété parce qu'il est de mode aujourd'hui de piller et d'assassiner les gentilshommes 1 Que dites-vous, Joséphine, de la manière dont mon pauvre Conan entend les privilèges de ma condition?
64 LA ROGHE-TBEIfBLÂlITE.
— Son dévouement peut les lui faire exagérer jusqu'au ridicule, dit mademoiselle Labarre qui, pendant cette pause, était parvenue à modérer son émotion; mais les devoirs que vous impose ce rang, M. Alfred, n'en sont pas moins sacrés ; ils vous interdisent surtout ce que l'on pourrait appeler une mésalliance.
— Une mésalliance ! s'écria Kerdren involontairement.
— N'était-ce pas là le projet que vous aviez conçu en me parlant de vos sentiments secrets? demanda la jeune fille en le regardant avec hardiesse.
Alfred parut mal à l'aise comme un coupable ; mais il se remit aussitôt.
— Joséphine, reprit-il vivement, je ne veux pas vous tromper ; mon nom ne m'appartient pas et je ne puis en disposer selon mon cœur... Mais ce qui m'appartient, c'est un amour profond, dévoué, sans réserve...
— Assez, monsieur, interrompit la jeune fille en essayant de dégager son bras, c'est