‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 22 sur 116 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

vaît faire impression sur des espriU ci^^dules et peu éclairés.

— Mais, M. Toussaint, demanda timidement une petite brune h l'oeil vif, aux manières espiègles, si ce talisman est Tœuvre du démon, n'y a-t-il pas danger pour nos âmes, à nous autres bonnes chrétiennes, de tenter une pareille expérience?

— Je... je ne suis pas préparé à vous répondre à ce sujet, répliqua le tabellion déconcerté; je ne suis pas théologien... Cependant. ..

— Un pareil doute est une ofiense pour ma famille, s'écria Alfred de Kerdren avec ironie, et je ne souffrirai pas que l'on calomnie ainsi notre chère Roche-Tremblante...

Y songez-vous, mademoiselle? S'il y avait danger pour le salut à tenter l'épreuve, ma grand'mère et mes aïeules , pendant je ne sais combien de générations, seraient donc aujourd'hui en enfer, puisque le jour de leurs noces elles ont dû venir ici donner la — 'uve éclatante de leur sagesse? C'eût été

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dommage, en vérité, car vous avez pu voir, par nos portraits de famille, que là plupart étaient charmantes... Non, non, quoi qu'en puisse dire M. Toussaint ou tout autre, la Roche-Tremblan,te n'est pas œuvre diabolique... et soutenir une semblable opinion serait faire croii*e que l'on a ^es raisons pour redouter le résultat de l'expérience l

— Entendez-vous , mesdames? s'écria M. fienoit avec son sourire méchaut; sur ma parole, c'est un défi !

— Eh bien, nous l'acceptons, dit made<^ moiselle Toussaint d'un air de pruderie hautaine.

— Nous l'acceptons ! répétèrent les autres dames.

— Toutes? demanda Alfred.

— Toutes.

— Alors, tant pis pour celles qjui auront trop présumé d'ellçs-mémes ! répliqua Kerdren ; la roche n'est pas galante, je vous en avertis; mais je m'en lave les ip^us.

Ces paroles fure^A prononcées avec une

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gaieté factice et presque fiévreuse. Alfred, depuis sa conversation avec mademoiselle Labarre, n'avait plus celte aménité franche et naturelle d'auparavant. Ses mouvements élaienl saccadés, s^s joues rouges; sa voix était altérée. Évidemment il n'avait pu surmonter encore le sentiment d'humiliation et de colère qu'il avait éj^rouvé en voyant ses prétentions si durement repoussées par la jolie Joséphine.

Conan étAît enfin parvenu à faire tourner la def dans la serrure et à ébrartler la porte sur ses gonds criards. Aussitôt que le passage fnt librte, les hommes s'élancèrent dans l'enceinte; les femmes les suivirent lentement.

A mesure qu'elles franchissaient la grille, maitre Benoit, trompant pour un moment la surveillance du patron, semblait les reconnaître une à une, et compter ses victimes ; {dusieurs frissonnèrent en sentant ce regard ftôid et railleur attaché sur elles.

L'étroit espace où se pressaient les curieux était tapissé de plantes marines, et encombré,

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comme nous l'avons dit, de gros blocs de granit provenant sans doute de l'écroulement partiel de la falaise ; mais la roche merveilleuse était remarquable par sa position isolée au fond de cette espèce de gorge, par sa masse énorme et surtout par sa nature.

C'était une silice noirâtre, d'un grain dur et serré; on prétendait qu'à plus de vingt lieues de rilc de Locb, il n'existait pas de roche de cette espèce. 11 semblait pourtant impossible qu'aucun effort humain eut pu transporter un pareil monolithe au fond de ce défilé sans le secours des puissantes machines de l'industrie moderne. Il avait douze ou quinze pieds de long sur sept ou huit de large, et on évaluait son poids à quarante ou cinquante milliers. Mettre en mouvement ce colosse de pierre semblait être au-dessus d'un pouvoir même surnaturel.

Cependant Alfred, le sourire sur les lèvres, s'avança vers l'extrémité supérieure du rocher. Il sembla caresser un moment de la main sa surface polie; puis, pesant sans

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