CHAPITRE III
— Vas-y, petite, dit la veuve avec autorité; vas-y et fais-les taire.
Joséphine s'était levée au premier appel de son nom ; mais, malgré Tordre précis de sa mère, elle hésitait encore ; cette démarche lui paraissait ridicule et inconvenante.
— Soit! dit elle enfin a demi-voix, puisque tout le monde s'y soumet... me voici...
Et elle s'avança lentement vers le poste indiqué en face du rocher.
On fit silence et on n'entendit plus, un moment, que le bruit de la cascade ou les cris des oiseaux de mer qui regagnaient la terre aux approches du soir. La jeune fille, les yeux baissés, avait pourtant un air d'assurance modeste. Retirant sa main blanche et potelée d'une élégante mitaine de soie, elle pesa de tout son poids sur la roche... La roche resta immobile.
Tous ceux qui venaient de voir la pierre incessamment balancée au plus léger effort , ne pouvaient croire d'abord k cette fixité cnfiîte. Joséphine pâlit; mais elle revint à la
charge, et ses dents se serrèrent tandis qu'elle tâchait d'imprimer au bloc Fébranlenient habituel. .. Même résultat négatif et désespérant!
On échangea des signes moqueurs.
— Personne ne peut-il gêner les mouvements de la pierre? demanda le tabellion ; que tout le monde se tienne éloigné... peutêtre quelque gravier s'est-il glissé par-dessous.
Mais rien en apparence n'empêchait le roc d osciller comme auparavant.
— C'est bizarre! grommelaient les hommes.
— Qui s'en serait douté? chuchotaient les femmes.
Madame Labarre s'était approchée de sa fille avec impatience.
— Eh bien, sotte, dit-elle, tu ne sais pas t'y prendre!... Tiens, comme ceci.
Et elle voulut répéter l'oscillation qu'elle avait produite un instant auparavant ; mais la pierre semblait maintenant incrustée dans le sol.