CHAPITRE m
— Laissez faire mademoiselle ! s'écria Alfred d'un ton sarcastique;si quelqu'un peut émouvoir les rochers, c'est elle sans aucun doute !
Joséphinejeta autour d'elle un regard d'angoisse; la raillerie et la joie méchante se trahissaient sur les visages. Aussi, appuyant ses deux mains à la fois sur la roche, réunitelle ses forces dans un suprême élan... Rien ne bougea.
— Tu m'as donc déshonorée ! s'écria la mère en levant la main sur elle.
Joséphine poussa un cri, et le front baigné d'une sueur glacée, tomba évanouie entre les bras des dames qui l'entouraient.
Cet événement jeta le trouble et la confusion dans la compagnie. Les femmes s'empressaient d'un air de pitié hypocrite autour de la jeune fille inanimée ; les hommes ne riaient plus.
— Pauvre petite ! disait l'un, prendre tant à cœur une semblable bagatelle!
Voyez-vous, la sournoise? murmu-
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raient d'autres ; fiez-vous donc aux airs de sainte nitouche !
Au milieu de l'agitation générait' . la contenance d'Alfred de Kerdren ë -emapquable. Il tremblait et balbutiait,*, il. , gard était égaré : on eut dit d'un hom ' /ient de commettre un crime. AussiUr : Joséphine rouvrit les yeux, il s'avança\û.jr1nilieu du cercle, et il dit d'une voîx assez haute pour dominer le bruit des conversations par-^ ticulières :
— Mes amis, mes chers voisins, écoutesmoi, je vous prie... N'interprétez pas légèrement ce qui vient de se passer ici... Je suis seul coupable ; j'ai voulu faire une plaisanterie, et j'en déplore sincèrement les oonséquences sérieuses. Au moyen d'un secret connu de moi seul, et qui m'a été révélé par mon oncle le vidame, il m'est facile d'immo* biliser tout à coup la Pierre-Tremblant«. Il n'y a aucune sorcellerie dans cette affaire ; que toutes les personnes qui ont déjà mis la roche en mouvement tentent maintenant
GBAPITRB ». 91
Texpërience , dles verront leurs efforts inutiles. Je le dëdare donc, afin que Ton ne tire de mon ét< 'ie aucune conséquence fâ-
ciieu» ^ tre d'une sage et charmante peri t(f^ . t moi, moi seul, qui ai tout
fait .pplie humblement madame La-
ban demoiselle Joséphine de me par-
donnei ^a fautes
Cet aveu si franc, si généreux, qui avait dû tant coûter à l'orgueil du jeune gentilhomme, fut accudili par le silence de Tétonnement et de l'incrédulité.
— Bien imaginé! disait le tabdlion i l'oreille d'un de ses voisins ; que pensez-vous du moyen employé par M. de Kerdren pour sauvw l'honneyr d'une fille compromise?
C'est vraiment un procédé ingénieux et délicat !
Cette opinion fut, à quelques modifications (Nrès, celle du reste de la société ; on fut convaincu qu'Alfred avait improvisé un mensonge, dans le but louable de détourner la ^ tte et le ridicule qui allaient rejaillir sur
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mademoiselle Labarre. Mais on se garda bien de laisser voir cette pensée, et Kerdren crut avoir persuadé ses hôtes.
Pendant qu'il parlait, la jeune fille, relevant pcniblenicnt la tête, avait attaché sur lui un regard empreint de reproche et de douleur. La mère n'avait pas compris d'abord les paroles d'Alfred qui s'était exprimé en français, et elle l'avait écouté d'un air sombre, bouche béante. Une amie complaisante lui transmit les explications du seigneur de Loch. A peine madame Labarre eut-elle compris de quoi il s'agissait, qu'elle se leva comme une furie :
— Vous avez fait cela, jeune homme? ditelle dans son patois bas breton, aussi rauque et aussi dur que le choc des galets les uns contre les autres, quand ils sont ballottés par l'Océan irrité ; vous avez pris Thonneur de ma fille pour objet de vos plaisanteries et de vos risées? Que les anges du ciel et les démons de l'enfer vous en punissent !
Alfred baissa le front devant cette colère