CHAPITRE HL
si légitime. Cependant il exprima Tespoir que sa faute n'aurait aucun résultat fâcheux, tous les assistants étant convaincus qu'il s'agissait uniquement d'une jonglerie sans portée.
— Oui, en effet, dit madame Labarre en jetant autour d'elle un regard haineux, ils se taisent maintenant... Mais demain, ce soir, les vipères recommenceront à siffler... On versera le venin et la bave sur la mère et la fille ; on s'acharnera sur elles, on les déchirera sans pitié... Âh! jeune homme, qui nous avez condamnées k ce supplice, puisse l'enfer vous le rendre ! Vous avez été fier et insolent dans la prospérité, puissiez- vous à votre tour tomber si bas, devenir si misérable, que vous soyez un objet de compassion pour les mendiants eux-mêmes! £n ce moment encore, vous êtes riche et puissant, mais votre heure est venue... La malédiction d'une mère vous portera malheur !
La vieille femme, drapée dans sa mante noire, en face de la pierre druidique, le
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' yrmge enflajaimé, fe geste menaçant, rappelait les sombres prétresses de Tentâtes dont, après quinze siècles, elle parlait encore le langage. Il y avait quelque chose de surnaturel et de fatal dans ses imprécations : les assistants se sentaient le cœur serré comme s'ils venaient d'entendre une prophétie.
Sans s'inquiéter de l'impression qu'elle avait produite, madame Labarre revint à Joséphine, qu'elle souleva avec facilité.
— Viens , petite, dit-elle d'un ton farouche ; si tu ne peux marcher, je te porterai... Ne restons pas ici, où l'on nous insulte! Ah ! si ton père vivait encore!... Mais nous n'en serons pas moins vengées. Viens !
— Madame Labarre, dit Alfred d'un ton suppliant, souffrez du moins que votre fille essaye encore une fois de mettre en mouvement la Roche-Tremblante. Dans son intérêt, dans le vôtre, il est important...
— Laissez-nous , interrompit l'implacable Bretonne ; nous avons assez de vos railleries et de vos maléfices.
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Elle entraîna sa fille qui chancelait ; toutes les deux franchirent la grille et se dirigèrent fers le village où les attendaient les barques.
La compagnie était atterrée du résultat de cette scène; Alfred le prcniiel* recouvra sa présence d'esprit.
— Suivons-les; ne les laissons pas partir ainsi! s'écrla-t-il avec désespoir; mes bons voisins, aidez-moi à apaiser le ressentiment de cette pauvre femme... Que mademoiselle Labarre tente de nouveau rexpérience! la roche remuera... Elle remuera, je le prO'mets!
Il s'élança pour rejoindre la mère et la fille qui venaient de traverser le petit ruisseau sur un pont fait d'un tronc d'arbre, et s'éloignaient de toute leur vitesse. Grâce à la faiblesse de Joséphine, il n'eut pas de peine à les atteindre. Mais à ses instances, à ses supplications, madame Labarre ne répondit que par un silence méprisant.
— Joséphine, chère Joséphine, reprit
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Alfred en français, puis-je espérer queVocis du moins...?
La jeune fille tourna la tête, et fixant sur lui ses beaux yeux pleins de larmes, elle lui dit dans la même langue :
— Alfred, je vous aimais et tous m'avea perdue!
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IM CHATIMBItT.
Dans la soirée du dixième jour qui suivit ces ëvëoements, une tempête affreuse s'était déchaînée sur les côtes de Bretagne. La nuit était noire et profonde; la pluie, fouettée par un terrible vent du nord-ouest, tombait par torrents ; la mer battait en mugissant la petite île de Loch, comme si elle eût voulu envahir, dans un transport de colère, cette étroite ''*•*'•"« de terre soustraite jusque-là à son
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empire. Autour du manoir les éléments faisaient rage ; les chênes robustes de Tavenue ployaient sous Feffort des rafales ; et ce bruit immense , épouvantable , continuel , semblait être pour la vieille habitation un présage de ruine et de destruction prochaines.
Le château cependant, à cette heure avancée, n'avait pas l'aspect de solitude et d'abandon qui lui était habituel. Des lumières brillaient à toutes ses croisées ; des flocons de fumée, aussitôt balayés par le vent, s'échappaient de toutes ses hautes cheminées de pierre. Des éclats de voix se faisaient entendre par moments au dehors par-dessus le vacarme de la tempête. A l'intérieur régnait une animation extraordinaire ; des paysans armés allaient et venaient avec leurs lourds sabots sur les dalles sonores. De temps en temps une fenêtre s'ouvrait discrètement, et une figure aux longs cheveux, au large eba^ peau, s'avançait avec précaution pour scruter les profondeurs de cette nuit orageuse.