‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 29 sur 116 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Tout le monde se tut et retint son haleine; mais on n'entendit au dehors que les mugissements du vent et le cliquetis de la pluie sur la toiture d'ardoise.

— Ce n'est rien, reprit Yvon après une pause ; j'avais cru pourtant reconnaître le tocsin que doivent sonner les gens du village quand ils verront les barques de SaintlUec s'approcher de File... mais il vente la peau du diable, et les païens ne viendront pas de sitdt... Passe-moi mon verre, Jean...

Et toi, Cadou, que nous chantes-tu donc là, mon gars?

— Une chanson nouvelle de M. Benoît, le clerc de M. Toussaint ; ça s'appelle la Roche- Tremblante; onne chante plus que cela à SaintlUec... Aussi, quoique la chose soit en français, c*est joliment tapé, allez...

£t il continua :

Lorsque Marthe la dévote

Se présenta, La roche, qui n^élait pas sotte,

D'abord trembla; Elle trembla, elle trembla.

Mais quand Rosine la cruelle Voulut aussi s^approcher d^elle, La roche ne s^ébranla pas, Elle ne trembla pas.

On répéta le refrain dans un formidable chœur, et Cadou, enchanté de son succès, allait entonner un troisième couplet, qui était au moins de la force des précédents, quand le majordome Conan entra comme un furieux dans la salle.

— Butors! coquins stupides! aVez-vous perdu la tète ? s'écria «t-il en les menaçant du poing ; à quoi pensez-vous donc de venir chanter de pareilles abominations dans le château de votre seigneur ?

— Écoutez donc, M. Conan, répondit Cadou en hochant la tête, il ne faut pas trop dire de mal de la chanson nouvelle; quoiqu'elle soit l'ouvrage d'un gratte-papier, elle en vaut bien une autre ! vous pouvez m'en croire.

— Mais, malheureux ! reprit Conan, ignores*tu que cette sotte rapsodie est précisément la cause de tous les dangers qui nous

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menacent en ce moment? Cette chanson niftudiie a été faite contre la petite Labarre quieo est gravement malade de chagrin^et sâ TieiUe folle de mère, pour $e venger de monseigneur, qu'elle accuse d'être l'auteur de ses malheurs et de sa honle, a soulevé contre nous tous les sacripants de laedte.,. Comme siM.de KLerdren pouvait empéeber la Pierre- Tremblante de rceonnaitre pour honnête et sage qui bon lui semble ! Ensuite monseigneur a voulu charitablement eaeher la faute de cette petite mijaurée par un adroit mensonge, mais on sait fort bien à quoi s'en tenir, car la roche ne s'est jamais trompée.

— Tiens ! dit un des assistants, ce n'est done pas parce que monseigneur est noble et ami du rm, qu'on lui en veut si fort ?

— Il y a de la politique et il y a autre ehose dans cette affaire, i«prit Conan ; mais si monseignetir, qui écrit là-haut dans sa chambre, avait entendu vos criaillerics de tout à l'heure, il ne vous les pardonnerait iamais.

108 LA ROGHE-TlUSMBLâlITB.

— Oui, dit Yvonne, la cuisinière, en secouant sa vieille tête couverte d'une mons** trueuse coiffe aux barbes pendantes, avec ça qu'il n'est pas prudent , dans les temps comme ceux où nous vivons, de tourner en dérision la Pierre-Tremblante de File de Locb... Gela pourrait porter malheur, et les signes funestes ne manquent déjà pas 1

— De quels signes parlez-vous, dame Yvonne ? demanda Cadou.

— D'autres que moi peuvent reccmnaitre que la pierre est fâchée, et c'est un mauvais présage...

— La pierre est fâchée ! répéta Oadou avec un scepticisme timide ; qu'est-ce que cela veut dire, dame Yvonne, s'il vous plait?

— Cela veut dire que ce monde est trop méchant pour que la sainte pierre de Loch continue à faire connaître les bons et les méchants, les sages et les pécheurs, comme par le passé... Il y a quelques jours le moindi^ effort suffisait pour l'agiter ; mais depuis que les bourgeois de Saint-IUec sont venus

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