‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 41 sur 116 · CHAPITRE T · texte numérisé non relu

CHAPITRE T

DOS terres!... Us ont voulu tout mettre en rapport, comme ils disent, les avares! Tenez, voici la Lande-Rouge , qu'ils ont changée en prairie ; là-bas, sur votre gauche, ils ont encore défriché une belle bruyère où Ton voyait en toutes saisons ces anneaux magiques qui sont produits, dit<on, par les pieds des fées, quand elles viennent la nuit danser en rond, et ils y ont semé du maïs... Et la Fosse- Grande, ce vaste marais si plein d'oiseaux d'eau, où notre jeune seigneur aimait tant à chasser, et où, dans les nuits calmes, on entendait mugir le héron, comme la beugle de Saint-Goulman, ils l'ont comblée pour y établir une chènevière. Je vous dis qu'ils auraient cultivéjusqu'à la cour d'honneur, s'ils l'avaient osé... Quant au château, je conviens qu'il a été fort bien réparé, et il en avait besoin. Si vous voyiez les meubles qu'ils ont mis dans le salon de réception, au lieu des vieux et respectables meubles de chêne noir qui furent volés ou brûlés au départ de monseigneur !... ï^*»« meubles tout dorés , mon garçon , avec

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des étoffes de soie ii grandes fleurs, et c'est peuUâtre pour humilier rancienne famille qui se contentait des autres!

Le bonhomme, emporte par le plaisir de conter, manie si fréquente cheE les vieillai^s qui vivent dans la solitude, avait oublié à qai il parlait. Le voyageur, néanmoins, écoutait avec un vif intérêt ces détails oiseux en apparHice.

— Et votre maitre, qui est-il? Vous ne m'avez pas encore nommé le nouveau propriétaire de l'Ile de Loch.

Conau sourit avec ironie.

— Le maitre actuel de l'ile de Loch, mon garçon ? reprit-il ; ah ! ah ! vous êtes curieux de savoir qui a pu acquérir le domaine des nobles seigneurs de Kerdren, qui a dérriché ces landes et ces bruyères, qui a construit ces belles fermes là-bas au bord de la mer, qui a réparé le manoir et l'a encombré de

. pour le rendre sans doute y a de quoi, en effet 'et vous tonné, vous qui arrivez de

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rétraDger et qui ne savez pas comment les thoBes se passent en France aujourd'hui !

Le voyageur secoua tristement la tête, comme pour faire entendre que rien ne pouvait rétonner.

— Vou3 supposiez peut-être, continua Conan du même ton sarcastique, que ce maître opulent est un comte , un duc , un aQei«[i gouverneur de province?... Rien de tout cela, mon garçon, le temps n'est plus & la noblesse... Le seigneur de l'ile de Loch est un pauvre petit légiste, un scribe de village, aux doigts crochus et tacliés d'encre : c'est le citoyen Toussaint, le tabellion de Saint-IUec!

£t il sourit de nouveau.

-^ Toussaint ! répéta l'inconnu.

— Oui , .Toussaint , cet ancien clerc de procureur qui dut sa charge aux bienfaits de feu M. le vidame de Kerdren, ce Toussaint qui avait usurpé la confiance de la famille et que mon maitre lui-*méme, en partant pour rémigration, avait nommé son mandataire ; c'est l^i qui s'es^ porté acquéreur ^ à vil prix^

de rîle de Loch, lorsqu'elle a été vendue comme propriété nationale pendant la terreur ; c'est lui qui a opéré ici tant de changements merveilleux ; c'est lui qui s'empare des dépouilles de l'illustre maison dont il a été le serviteur... A la vérité, comme il est habile, il parait presque honteux de cette insolente prospérité ; et il a insinué à diverses personnes, à moi en particulier, qu'en faisant de pareilles acquisitions, il agissait pour le compte d'un autre... Mais on ne l'a pas cru , et tout le monde est resté convaincu que le tabellion Toussaint avait péché en eau trouble... Ah! mon ami^ pour son salut, il eût mieux fait d'employer son temps à lire des histoires en latin sur les vieilles pierres de l'ile, comme autrefois !

— Eh bien ! et vous, Gonan, demanda le voyageur, comment avez-vous été traité par M. Toussaint ?

— Pas mal, mon garçon, répliqua le bonhomme d'un air de regret, et c'est là la diablerie... J'enrage de ne pouvoir rien lui

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