CHAPITRE Vm. 2â
Alfred lui tendit la main.
— Pardonne-moi, mon bon Gonan, ditil avec affection ; mais je voulais épargner à mes amis le spectacle de mon abaissement , et passer inaperçu sur mes anciens domaines sans éveiller ni regrets ni pitié ; Dieu ne Ta pas permis !
— Ah ! monseigneur , c'était bien mal !
mais , comme vous le dites, Dieu ne l'a pas permis; et peut-être n'est-ce pas sans raisons qu'il vous a conduit au château de Loch !
Alfred était rêveur.
— Conan, demanda-t-il après un moment de silence , tu ne m'as pas tout dit...
Qui donc a veillé sur moi , la nuit dernière, pendant le terrible accès qui vient de me quitter?
— Mais, Yvonne et moi , monseigneur, répliqua le vieillard avec embarras.
— Et personne plus?
— Nous sommes les seuls habitants du
— C'est bizarre... Il me semblait pourtant avoir entrevu , à cette place où tu es maintenant 9 une femme d'une beauté ravissante , dont Taspect me pénétrait de bien-être et de joie. J'ai cru toucher sa main satinée , respirer sa pure haleine... Une fois même, pendant que nous étions tous les deux dans l'obscurité et que je la sentais près de moi sans la voir, il m'a semblé que des lèvres brûlantes effleuraient mon front...
— Comme le mal bouleverse notre pauvre cerveau! balbutia Conan.
— Allons ! allons ! je me serai trompé , reprit Alfred en soupirant ; cette apparition charmante , ces soins attentifs , ce chaste baiser, tout cela est un songe absurde...
Comment supposer qu'une personne morte depuis tant d'années...? C'est ma conscience qui est troublée , ajouta-t-il ; ces séduisantes images me sont envoyées pour rendre mon expiation plus complète et plus poignante !
Il reprit, après une nouvelle pause ;